Objet d'étude : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde

Texte A - Victor Hugo, Les Misérables, 4ème partie, livre 12, 1862
Texte B - Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, troisième partie, I, 1869
Texte C – Emile Zola, La Fortune des Rougon, chapitre I, 1871

Question

I - Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :

Quelles visions du peuple les trois extraits du corpus donnent-ils ?

 

Les trois textes du corpus évoquent trois moments importants de l’Histoire du XIX° siècle où le peuple joue un rôle central : l’insurrection de juin 1832 contre la monarchie de juillet ( Les Misérables), La Révolution de 1848 qui aboutit à l’abdication de Louis-Philippe (L’Education Sentimentale) et le coup d’état du 2 décembre 1851 par Louis Napoléon Bonaparte (La Fortune des Rougon). Il s’agira de montrer comment le narrateur voit ce peuple dans les trois extraits.

Le point commun : un peuple en action, décidé la remporter la victoire contre le gouvernement en place.

Les différences : Un héros seul, Gavroche/ une foule chez Zola et Flaubert.

Une différence de registres : épique chez Zola, réaliste et comique chez Flaubert, comique et dans une certaine mesure épique chez Victor Hugo.

Il faudra montrer cependant que le texte de Flaubert est particulier : ce sont Frédéric et Hussonnet qui regardent le peuple comme s’ils étaient au spectacle.

C’est également le seul texte où le peuple est perçu péjorativement par Hussonnet.

 

II - Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants :

Commentaire ou dissertation

1)    Commentaire :

Vous commenterez le texte C : La Fortune des Rougon d’Emile Zola.

 

INTRODUCTION :

 

Emile Zola a voulu dans les vingt volumes du cycle des Rougon-Macquart, peindre la société sous le second empire à travers l’histoire d’une famille. Dans le premier volume, La Fortune des Rougon publié en 1871, il évoque le coup d’état du 2 décembre 1851, organisé par Louis-Napoléon Bonaparte et ses conséquences . De nombreux soulèvements populaires ont lieu , notamment en Provence. Notre texte évoque  une de ces insurrections républicaines dans les environs de la ville de Plassans . Zola y décrit dans un cadre naturel,  l’avancée de milliers d’hommes, déterminés et combatifs. Il faudra s’intéresser à la manière dont l’auteur réussit à magnifier cet épisode et à lui donner une certaine grandeur .

Nous verrons dans un premier temps comment l’avancée de « la bande » se déroule sous le signe d’un chant de colère avant de considérer la transfiguration épique de l’épisode.

 

 

I)                   Un chant de colère

 

A)    Du silence au chant

 

« La bande » constituée de milliers d’hommes commence sa marche « dans la paix morte et glacée de l’horizon ». Le terme « paix » associé aux deux adjectifs qualificatifs « morte » et « glacée » évoque un paysage silencieux et sans vie. L’auteur va donc décrire cette marche en amplifiant le bruit des insurgés qui va donner vie à la nature. Ainsi « les chants » qui (enflent), lignes 4 et 5 vont se préciser pour devenir « un éclat assourdissant » : la Marseillaise.

 

B)    Du chant au rugissement

 

Au fur et à mesure de l’avancée de la bande, le chant prend de l’ampleur jusqu’à devenir « un rugissement populaire ». La dimension animale déjà présente dans l’adjectif « monstrueuse » qualifiant le terme « trompettes » se précise ici. Le chant se mue en cris féroces tels ceux du lion en colère.

 

C)    Un spectacle total

 

Le chant lexical de la musique et du bruit en général est omniprésent dans ce texte. En dehors des chants qui animent les hommes, la présence de trompettes ou de tambours dans des constructions comparatives (lignes 7 et 9) donnent une dimension spectaculaire à la scène. « Le large amphithéâtre » où se déroule l’action associé au participe présent « acclamant » (L 15) évoque un spectacle plus qu’une simple révolte. Les voix émanant des différents lieux (horizons, rochers, pièces de terre labourées, bouquets d’arbres, broussailles), donnent l’impression d’un chant en canon où le refrain est repris de manière décalée.

 

Si la marche des insurgés s’entend plus qu’elle ne se voie, l’auteur va plus loin en transfigurant la scène de manière épique.

 

 

II)                Une transfiguration épique

 

A)    La description des insurgés

Dès le début du texte le terme « bande » au singulier donne au groupe humain une dimension de force et d’unité.Les adjectifs qualificatifs « superbe » « irrésistible » ainsi que l’adverbe « terriblement » dans la même phrase insistent de manière hyperboliques sur l’admiration voire la peur que peuvent susciter ces milliers d’hommes avançant de manière déterminée et prêts à se battre.

 

B)    La personnification de la nature

 

« La campagne endormie s’éveilla en sursaut », « la campagne … criait vengeance ». Ces deux phrases montrent comment la campagne, à l’image des insurgés devient actrice de la révolte.

Nous comprenons grâce au mot « échos » à la ligne 10, que même si l’auteur dote la campagne d’ « entrailles » tel un être humain, ce sont bien les chants des hommes qui par échos se répètent.

 

C)    L’alliance entre les hommes et les éléments

 

Tous les éléments sont convoqués pour donner à cette scène sa dimension épique. La métaphore du torrent (l’eau) au début du texte, la présence du ciel à la ligne 6 (l’air),  les pièces de terre labourées (la terre), voire le feu « notes ardentes » ligne 10. La nature toute entière s’allie à l’homme dans ce combat grandiose : la série de compléments circonstanciels de lieux d’où émanent les chants (bouts d’horizons.. )

Montre que toute la nature est mobilisée.

A trois reprises l’auteur avec les termes « semblent », « comme » et « parussent » montre bien qu’il s’agit d’une transfiguration de la réalité. La vision d’ « un peuple invisible et innombrable acclamant les insurgés » ligne 15, donne plus de force à la vision épique . Les adjectifs s’opposent apparemment, invisible et innombrable mais amplifient surtout la masse des hommes cachés et que l’on peut seulement imaginer.

 

CONCLUSION :

Nous avons évoqué la manière originale dont Zola évoque l’insurrection républicaine qui ouvre La Fortune des Rougon : une vision épique au son d’un chant révolutionnaire . Loin de s’attacher uniquement à la dimension réaliste d’un fait historique, l’auteur choisit en effet de le mettre en scène afin de le magnifier et de frapper l’esprit du lecteur.Opposant farouche à celui qui va mettre en place le second empire, Zola tente de hisser au rang de héros ,le peuple qui s’attaque à plus fort que lui avec fougue et détermination.

 

 

2)    Dissertation :

Un philosophe a déclaré qu’il avait beaucoup plus appris sur l’économie et la politique
dans les romans de Balzac qu’en lisant les économistes et les historiens. Dans quelle
mesure la lecture des romans permet-elle de connaître une période historique et une
société ?
Vous rédigerez un développement structuré, qui s’appuiera sur les textes du corpus,
les romans que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.

 

INTRODUCTION :

Le roman a longtemps été l’objet de critiques dans le monde littéraire : trop frivole, peu réaliste et même immoral. C’est en se servant de la réalité comme matériau romanesque que les romanciers du XIX° siècle ont donné a ce genre méprisé ses lettres de noblesse . Le roman, plus proche de la réalité devient même un moyen de connaissance dans divers domaines. Un philosophe n’a-t-il pas déclaré « qu’il avait beaucoup plus appris sur l’économie et la politique dans les romans de Balzac qu’en lisant les économistes et les historiens » ? Le roman serait donc le lieu privilégié pour connaître la société d’une époque et son histoire ? Il faudra donc se demander comment la lecture de romans est en mesure de  donner accès à des connaissances d’ordre historique et social.

Nous verrons tout d’abord que le cadre et les personnages réalistes permettent aux romanciers d’évoquer une période historique et sa société avec plus de vérité et d’intérêt. Nous nous intéresserons ensuite à la dimension didactique que peuvent prendre certains romans avant de montrer que souvent le roman présente une vision complexe du monde et devient donc propice à la réflexion .

 

I)                   Un cadre et des personnages réalistes

 

A)    L’Histoire

 

De nombreux romans ont pour cadre une période historique : l’insurrection républicaine de 1832 dans les Misérables, la révolution de 1848 dans l’Education Sentimentale ou le coup d’état de 1851 de louis Napoléon Bonaparte dans La Fortune des Rougon. Au lieu d’une série de dates et d’évènements, le lecteur assiste in « medias res » aux évènements

 

B)    La société

 

La connaissance d’une société , de sa composition et de son fonctionnement est plus aisée à à appréhender à travers une intrigue. Dans l’Assommoir de Zola , le monde des ouvriers de Paris est minutieusement évoqué à travers l’histoire de Gervaise, une blanchisseuse.

 

C)    Les personnages fictifs et historiques

 

Le personnage de roman est l’élément clef pour connaître une période historique .

En effet , le romancier peut mêler des personnages ayant existé tel Napoléon dans La Charteuse de Parme de Stendhal et des personnages fictifs tel Fabrice Del Dongo, admirateur de l’empereur dans le même roman.

 

II)                Un parti pris didactique

 

A)    Le roman : lieu de connaissance

 

Les romans de Balzac et de Zola ont nécessité de nombreuses recherches de la part de leurs auteurs. Ainsi, le lecteur a une source sûre de connaissances au sein des romans réalistes ou naturalistes.

CF aussi Malraux La Condition Humaine (révolution communiste de shangai)

 

B)    Le roman : lieu d’une prise de position

 

Pour évoquer une période historique ou une société, l auteur ne peut faire l’économie de sa propre opinion. Quatre-vingt Treize de Victor Hugo est une critique de la terreur après la révolution française.

III)             Une vision complexe du monde

 

A)    L’Histoire en question

 

Au delà des opinions politiques et des prises de position, il arrive que le romancier, avec l’aide de ses personnages brouille les pistes. Frédéric dans L’Education Sentimentale considère le peuple qui saccage les Tuileries comme sublime , Ce n’est pas le cas de son ami Hussonnet pour qui le peuple « pue ».

 

B)    La société en question

 

La société, composé d’hommes et de femmes appartenant à différentes classes sociales peut être objet de questionnement pus que de connaissances. Ainsi dans Bel Ami de Maupassant, l’auteur décrit les rouages du journalisme et évoque des scandales financiers et politiques qui se sont réellement déroulés mais il fait surtout réfléchir à l’ascension sociale de Duroy .

 

C)    Une réflexion sur le monde

 

Quelques fois c’est la réflexion sur l’homme et le monde qui prend le dessus sur la simple connaissance. Camus La Peste.

 

CONCLUSION :

 

Si l’on peut effectivement apprendre beaucoup en lisant des romans à propos d’une période historique et de sa société, il s’agit souvent d’une recomposition de l’auteur avec ses idées et sa propre vision du monde. Le lecteur, plongé dans cette période doit donc au delà des simples connaissances et éventuellement du point de vue subjectif de l’auteur réfléchir par lui même et s’approprier le roman en quelque sorte.

 

 

3)    Invention :

Rentrée chez elle, la femme aux bandeaux (texte B, lignes 33-34) raconte à sa famille
la prise des Tuileries à laquelle elle a participé.
Vous exprimerez ses émotions et ses sentiments.
Vous veillerez à mêler description et narration.

 

Situation d’énonciation : la femme aux bandeaux (NB : les bandeaux sont des cheveux, donc elle s’applique de la pommade sur les cheveux) va utiliser la première personne du singulier.

Pour la narration : passé composé (surtout pas de passé simple !)

Pour la description : l’imparfait.

Niveau de langue : c’est une femme du peuple, il faudra donc jouer là-dessus et montrer qu’elle ne connaît pas tous les termes pour désigner le mobilier, les draperies…

En ce qui concerne les émotions de la femme, ne pas oublier qu’elle investit la chambre de la Reine et s’assoit peut-être sur le tabouret de la coiffeuse royale : elle est fière, surexcitée de remplacer la reine.

Elle est sûrement impressionnée de tant de richesses aux murs, aux plafonds…

Elle est enfin heureuse que le peuple ait pu investir un haut lieu du pouvoir royal !

Il était possible et même judicieux d’user du registre comique dans cet écrit d’invention.

NB : le libellé n’indique pas que la famille intervient dans le discours de la femme.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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