La Confession d'un enfant du siècle, Alfred de Musset, 1836 : résumé et pistes d'analyse

Présentation de l'oeuvre

La Confession d'un enfant du siècle, paru en 1836, naît sous la plume d'Alfred de Musset. Il le présente comme un roman, mais c'est également l'occasion pour l'écrivain d'un témoignage autobiographique. De fait, le roman se révèle être adressé à Georges Sand, amante d'Alfred de Musset entre 1833 et 1835. Dans une lettre de 1834, il lui annonce sa volonté de raconter, sous forme romanesque, leur aventure sentimentale. Il y mélange donc des considérations d'ordre historique, comme veut le suggérer la formule enfant du siècle, en dépeignant l'état d'esprit propre à sa génération, et ses errements sentimentaux, provoqués par sa rupture avec l'écrivaine.

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Résumé du roman

Le roman est composé de cinq parties.

Partie I

Le lecteur découvre Octave, âgé de 19 ans, qui se trouve plongé dans un profond désespoir lorsqu'il apprend que sa maîtresse le trompe avec l'un de ses amis. Un duel entre les deux hommes s'ensuite, au cours duquel il est blessé. Mais il l'est moralement aussi : son amie était sa vie. Alors, lorsque Desgenais, l'un de ses amis, l'invite à profiter de la vie plutôt que de se morfondre, il le désapprouve. Il ne veut pas se faire libertin et oublier son amante dans les bras d'autres femmes. Tandis qu'il se promène, Octave tombe sur Madame Levasseur, qui est une amie de celle qu'il a aimée. Ils mangent ensemble et partagent leur tristesse. Mais, lorsqu'il l'embrasse, il se rend compte qu'avoir témoigné de leur douleur n'était qu'une manière de se séduire ; et cet éclair de lucidité provoque sa fuite. Plutôt que de lire les livres promouvant le libertinage qu'il reçoit, il se tourne vers la Bible ; mais, là non plus, il ne trouve aucune aide. Il préfère plutôt gaspiller ses nuits sous l'appartement de son ancienne maîtresse, assis sur un banc à boire de l'alcool. Ses errances l'emmènent enfin dans un cabaret, dans lequel une femme l'aborde et le console. Grisé par l'alcool, il lui trouve une ressemblance avec celle qui occupe encore toutes ses pensées et se laisse aller aux excès.

Quel est le lieu de l'intrigue de Confession d'un enfant du siècle ? Paris, l'un des lieux de résidence d'Octave

Partie II

Octave se réveille difficilement. Toujours aussi désemparé, il pense même à se suicider. Néanmoins, Desgenais arrive à point nommer pour l'en empêcher. Mais il lui annonce une chose qui ne l'aide pas : son ancienne amante enchaînait les conquêtes. Cela lui a d'ailleurs valu une scène en public, de la part de l'une d'elles. Sa honte et son désespoir le laissent suivre son ami dans ses entreprises libertines. Les deux hommes se retrouvent chez Desgenais pour qu'Octave assiste à l'un de ces orgies. Mais ce dernier ne voit dans cette débauche que le malheur de ceux qui s'y adonnent : le plaisir les fuit toujours, et c'est la raison pour laquelle leur excès n'a pas de fin. Octave mène maintenant cette vie faite d'oisiveté, de fêtes et de séduction ; mais il ne parvient pas à dépasser son mal-être et, envers et contre tout, il se lasse de cette superficialité. Il confie à Desgenais que cette dépravation lui donne un sentiment d'horreur. La partie se termine sur l'annonce faite par un domestique de la mort prochaine de son père.

Partie III

Lorsqu'Octave arrive au chevet de son père, il est trop tard : l'homme est déjà mort. Cela lui est très difficile à supporter mais cette épreuve marque la fin de sa débauche. Il part de Paris pour s'installer dans la demeure de son père. Il y mène alors une vie solitaire, à l'image de celle du défunt, et ne fréquente personne hormis Larive, le domestique de la maison. Au cours d'une visite de charité, il rencontre Brigitte Pierson, qui est une veuve dévote d'une trentaine d'années. Elle consacre son temps aux soins d'une amie malade, dont la lente guérison la ravit. Octave et Brigitte, malgré une nette différence d'âge et des divergences politiques, deviennent de plus en plus proches. Lors d'une de leurs fréquentes rencontre, Octave se confie sur ses turpitudes amoureuses, sans lui avouer rien de ses sentiments qui commencent à naître pour cette femme. Et lors d'une nouvelle soirée, elle lui assène qu'il n'obtiendra jamais rien d'autre que son amitié ; si cela ne lui convient pas, alors il doit partir. Seul dans sa maison, Octave envisage de partir effectivement ; seulement, il ne sait où aller. Bientôt, il reçoit une lettre de Brigitte : elle lui fait part de ses regrets à propos de la divergence de leurs sentiments. En conséquence, elle souhaite le voir partir ; mais, à la place, il prend plutôt la direction de sa maison. Elle le reçoit, mais le repousse - prétextant qu'elle a besoin d'un temps de réflexion. Enfin, durant une promenade à cheval, Octave lui avoue explicitement ses feux : à cette faveur, il découvre qu'elle aussi l'aime. Les voilà heureux, vivant d'exquis moments de bonheurs.

Partie IV

Pourtant, au bout de deux jours, Octave nourrit des soupçons sur sa nouvelle amante. Il s'inquiète notamment des liens qui l'unissent à Monsieur de Dalens. Mais lorsqu'il en parle avec Brigitte, il se rend compte que l'expérience de libertinage a alteré son esprit. Brigitte lui pardonne et l'invite à partager ses doutes futurs. Néanmoins, lassé par la tranquillité de leur relation, Octave vit plutôt mal sa vie conjuguale. Il entreprend alors de faire la cour à Madame Daniel, une proche de Brigitte. Il s'ensuivra une dispute. Octave finit par apprendre que son amante a également souffert d'un adultère, jadis. Le héros se trouve rassuré et conforté dans son amour par cette révélation. Mais la mort de la tante de Brigitte vient troubler la nouvelle paix : Brigitte souhaite quitter Octave ainsi que la région, heurtée par les commérages. De nombreuses discussions entre les amants la font changer d'avis ; mais les ragots ne cessent pas, et ils influencent de plus en plus le coeur de leur relation. En outre, Octave se révèle incapable de croire à l'amour de sa maîtresse. Cela entraine de nombreuses disputes, de plus en plus violentes. Il se montre également méchant à son égard. Octave découvre bientôt le testament de Brigitte, où il est écrit que sa belle mettra fin à ses jours dès l'instant où elle cessera de l'aimer. Il envisage de la quitter, en lui volant de poison qu'elle possède, pour éviter le drame. Mais finalement, portés par l'espoir de mettre un terme à leurs querelles, ils décident de partir ensemble en voyage, pour s'installer à Paris.

Partie V

A Paris, leur projet de voyage est déjoué par la venue de Monsieur Smith, un ami d'enfance de Brigitte, qui semble amoureux d'elle. En plus d'empêcher leur voyage, sa présence révèle une nouvelle fois la jalousie maladive d'Octave. De fait, Henri Smith trouble l'esprit de Brigitte. Et, pour ne rien arranger, il lui communique des lettres qui lui apprennent que, si jamais elle partait avec Octave, elle serait reniée par sa propre famille. Les deux se trouvent extrêmement mal en point, ce qui intrigue Octave. Complétement déchiré par sa jalousie, l'amant entreprend de tuer son amante - meurtre après lequel il se prévoit de se suicider - et se retrouve le couteau à la main, au-dessus d'une Brigitte endormie. Mais au moment de l'acte, il aperçoit « entre les deux seins blancs un petit crucifix d’ébène » et renonce à son projet.

Comment Octave trouve son salut ? C'est la vue d'un crucifix qui arrête Octave dans sa pulsion meurtrière

Il trouve finalement une lettre dans laquelle Brigitte avoue son amour à Smith, mais condamne leur union par loyauté envers Octave. Alors Octave se soumet à leur amour et s'efface :

« Vous aurez un meilleur amant, vous n’aurez pas un meilleur frère. »

Ainsi, Octave renonce à elle et la donne à Smith, en remerciant alors Dieu d'avoir permis que :

« de trois êtres qui avaient souffert par sa faute, il ne restât qu’un malheureux. »

Pistes d'analyse

Un tableau de la Restauration

« Alors, sur ce monde en ruines, s’assit une jeunesse soucieuse. »

(I, 3)

A la suite de la chute de Napoléon, ce sont les désillusions de toute une génération qui s'imposent. Au regard du passé si glorieux, le présent apparaît terne et l'avenir bien sombre. La jeunesse est incapable de s'emporter pour des projets enthousiasmants. Le XIXème siècle est celui de la modernité, fils dégradé de la Révolution et de la matérialité : il n'y a plus d'idéal, ni politique, ni religieux. 

Une confession originale

Le sujet pourrait paraître banal : combien d'autres jeunes hommes de dix-neuf ans ont souffert de l'adultère d'une femme menteuse ?! Mais l'originalité du récit réside dans le fait que cette souffrance affecte toute son âme, laquelle est affaiblie par les circonstances historiques : le narrateur n'a d'autre voie de salut que l'amour, puisque sa génération n'a aucun idéal auquel s'accrocher. Octave se condamne ainsi à la souffrance et inflige à l'être aimé ses propres tortures. Brigitte offre certes l'espoir d'un redressement moral. Mais elle ne peut rien contre le doute qui dévore Octave :

« Comme tous ceux qui doutent, je m’attachais à la lettre morte et je disséquais ce que j’aimais. »

Le narrateur, doutant constamment, est ainsi toujours en quête d'un savoir sur autrui, comme s'il était un « espion de Dieu » ; et sa recherche sans fin a pour but de découvrir la souillure, qu'il croit omniprésente.

Un tiraillement qui rend le bonheur impossible

Ce roman donne à voir le chemin d'un romantique qui prend conscience de la réalité politique (ou sociale) de l'homme. C'est ainsi l'intégration dans une société qui importe, avant toute considération naturelle. Octave vit dans un monde désacralisé, sans idéal, où il ne trouve que des divisions : entre les sexes, entre l'individu et le collectif, entre l'idéal et la réalité, entre la morale et l'action, entre les mots et l'intérieur...

Mais aussi...

D'autres points, sur la vie d'Alfred de Musset et sur son roman La Confession d'un enfant du siècle, méritent d'être soulignés ici :

  • Son père meurt, emporté par l'épidémie du choléra en avril 1832.
  • Tout ce qu'il publie entre l'hiver 1832 et l'été 1834 dit quelque chose de la misère de l'homme face au néant.
  • Il souhaite écrire l'expérience qu'il vit autrement qu'en vers. Il écrit donc une confession, une sorte de roman intime, forme à la mode au début de la monarchie de Juillet.
  • C'est le récit de l'expérience d'un homme, une quête métaphysique animée par deux interrogations insolubles : Qui suis-je ? Que sais-je ? Il cherche par là à trouver une vérité consolatrice au-dessus du bien et du mal
  • Cette oeuvre se situe entre la fiction et l'autobiographie.
  • Thèmes principaux : la trahison, l'ennui, la débauche et la passion.
  • En avril 1834, dans une lettre, Musset évoque à Sand son projet d'écrire leur histoire, afin qu'il soit guéri. Il souhaite donc qu'elle lui restitue ses lettres, afin de s'en servir pour enrichir son roman.

Par quoi Musset a-t-il été inspirée pour Lorenzaccio ? Portrait de George Sand (1804-1876), par Charles Louis Gratia, vers 1835

  • Après la mort de Musset, Sand arrangea les lettres afin qu'elles correspondent mieux à la fiction, sans que cela lui nuise à elle.
  • Il superpose dans son récit des personnages de papier à des personnes réelles.
  • Dans son récit, Musset adopte un ton moraliste.
  • Sand l'avait déjà inspiré pour écrire Le Roman par lettres, à l'automne 1833. Cependant, celui-ci est resté à l'état d'ébauche.
  • Dans son roman est présent de nombreuses références à la littérature occidentale.
  • Musset n'apprécie pas la démarche et le projet de Rousseau par rapport aux Confessions.
  • Ce roman complexifie et redéfinit la notion de « mal du siècle ».
  • C'est un roman d'époque : il y peint la société de son temps en rapport avec la monarchie de Juillet et s'espérance soulevée par les Trois Glorieuses.
  • Lorsque ce roman fut publié, Sand affirme qu'il est « magnifique ».
  • Musset y place dans son roman ses propres failles : jalousie, inquiétude maladive & instablité.
  • En ne tuant pas son personnage, Musset l'oblige à rester dans sa douleur.
  • Tentative d'inventer une nouvelle religion, celle de l'amour, mais qui ne dure pas éternellement (seulement quelques semaines, avec Brigitte).
  • « Homme du siècle » = Napoléon => « Enfant du siècle » = Musset : la génération héritière d'un fardeau mortifière.
  • Avec ce roman, Musset tourne le dos à toutes les utopies spirituelles.
  • En s'inspirant de sa propre expérience, Musset relate sans son roman trois ans de la vie d'un jeune homme. Tout au long du livre, son personnage connait deux états : Octave le débauché puis Octave l'amoureux. Cet équilibre en deux parties explique donc l'arrivée tardive de l'héroïne dans la 3ème partie et la disparition antérieure et successive de deux personnages féminins.
  • Dans certains épisodes de son roman, Musset retranscrit l'élan lyrique de sa versification.
  • C'est le lyrisme noir de Musset (// blasphème) qui donne le souffle à son roman.
  • L'obscurité domine l'ensemble du récit. Sa nuit transfigurée représente les mauvais rêves, les idées ténébreuses, les fantômes d'amour qui le poursuivent sans ses demi-sommeils et ses insomnies.
  • Lorsque la lumière fait son apparition, même légèrement, il est question de révélation amoureuse. Cependant, dans le dernier chapitre, le soleil qu'Octave observe est un soleil de mort.
  • Dans son roman, Musset ne fait preuve que de pessimisme et inscrit la mort partout. Il y dévoile les différents visages d'Octave.
  • La mort dans le récit du père d'Octave correspond dans la vie réelle à la perte de Napoléon, la figure paternelle de substitution et dernier emblème de l'héroïsme militaire. Ces deux morts sont toutes deux marques d'un profond changement. Chaque expérience douloureuse dans le roman rappelle la mort de l'Empereur.
  • Dans le récit, Mercanson incarne la mort de la foi.
  • Après la mort du père, Musset décrit les méfaits de la débauche au travers d'un succession de rencontres. La jeune prosituée rencontrée dans le cabaret incarne la maladie du siècle et provoque en Octave le frisson de mort.
  • Brigitte devient un cadavre aux yeux de son amant et la scène se transforme en veillée mortuaire. Les pulsions meurtrières d'Octave se réveillent envers elle, stoppées par l'incroyable apparition d'un Christ à l'image poético-funèbre.
  • La mort du père, situé au centre du roman et constituant une des rares péripéties, annonce un bouleversement et un changement : Octave quitte la ville pour s'installer en campagne et les dialogues s'estompent et laissent place aux scènes et à des descriptions relevant du pathétique.
  • La troisième partie est un temps mort, une méditation sur le lien entre vivants et défunts : après la mort de son père, Octave vit chez lui et va jusqu'à porter ses vêtements : c'est l'incarnation du père par le fils. Ses fantasmes de débauché s'évanouïssent pour laisser place à l'apaisement.
  • Troisième partie = hymne à l'amour, harmonie retrouvée après une lutte, et euphorie avant la chute.
  • Dans ce récit, l'imaginaire de Musset se répartie en trois inconnues : l'énigme de la mort, le charme de l'amour et le mystère de l'Incarnation.
  • Musset brosse le tableau des vanités de son siècle et de tous les siècles : la perte des valeurs, l'absurdité de la condition humaine et l'échec inévitable de l'amour.

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Nathan

Ancien étudiant de classe préparatoire b/l (que je recommande à tous les élèves avides de savoir, qui nous lisent ici) et passionné par la littérature, me voilà maintenant auto-entrepreneur pour mêler des activités professionnelles concrètes au sein du monde de l'entreprise, et étudiant en Master de Littératures Comparées pour garder les pieds dans le rêve des mots.

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