Introduction

  • Le mot apologue vient du grec « apologos » signifiant « langage sous le langage » et est, au sens plus large, un synonyme de fables. Par ailleurs, « apo » signifie détourner.

          Ce mot désigne toutes formes de récits allégoriques.

  • Un apologue est un court récit allégorique en vers ou en prose racontant une histoire qui comporte un enseignement. Il peut revêtir différentes formes que nous étudierons plus tard.
  • Voici une citation de Jean de La Fontaine résumant parfaitement la définition de l'apologue. Elle est tirée du Premier Recueil rédigé en 1668 :

« L'apologue est composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le Corps, l'autre l' Ame. Le Corps est la fable ; l' Ame, la moralité. »

·        Dans un premier temps, nous verrons l'histoire de ce genre puis, dans une deuxième partie, le Corps de l'apologue et enfin son Ame.

I L'histoire de l'apologue

  • Dans l' Antiquité :

Tout d'abord, on attribue l'apologue au philosophe grec, Platon (qui vécut au V ème s . av. JC).

L' Antiquité connut deux sortes d'apologue : la fable et la parabole.

La fable se présente alors sous deux formes :

-         celles en prose, du grec Esope ( VIe s. av. JC) : Fables

-         et celles en vers du latin Phèdre (Ier s. ap.  JC) : il en écrit environ 135, dont 47 prennent leur sujet à celles d' Esope.

Les premières utilisent le plus souvent des animaux, à la place des personnages.

On attribue des fables à l'indien Pilpay, auteur sans doute légendaire qui aurait vécu au III ème s.

La deuxièmes sortes d'apologue est la parabole : c'est un récit allégorique bref qui propose un enseignement religieux. On trouve donc ce genre d'apologue surtout dans la Bible.

  • A l'époque classique ( XVII ème s.)

Pendant le Moyen Age, l'apologue est délaissé, au profit du fabliau, qui est un petit récit en vers, à caractère satirique). Cependant, Marie de France (1154-1189) pratique le genre de la fable pour écrire Isopet.

Mais, pendant l'époque classique et avec le durcissement de la censure, l'apologue connaît un franc succès, notamment la fable, grâce au maître du genre, Jean De la Fontaine, qui écrit trois recueils en 1668, 1678 et 1694.

  • Et ensuite…

Au XVIII ème siècle, l'écrivain Florian compose aussi quelques fables (comme Le Crocodile et l'Esturgeon et L'éducation du Lion). Cependant, ce genre a atteint son sommet avec La Fontaine, il s'éteint donc peu à peu au XVIII ème siècle.

V. Hugo ou T. Corbière s'inspirent de ses fables pour en faire des parodies. Au XX ème siècle, Jean Anouilh reprend quelques fables de La Fontaine et les adapte, notamment « La Cigale », « Le chêne et le roseau » dans son recueil Fables (1961).

II Le Corps de l'apologue

  • Définition générale

L'apologue est un court récit allégorique, en vers ou en prose, qui met en scène des animaux, des végétaux, parfois des humains ou même des notions et dont le lecteur peut en tirer une leçon morale, un enseignement. Une allégorie consiste à exprimer une idée abstraite sous une forme concrète (une colombe pour la paix…). L'apologue se lit donc à deux niveaux : l'histoire en elle-même et l'enseignement qu'il faut en tirer.

  • Des formes d'apologues variées

-         La fable : court récit de fiction écrit en vers ou en prose dont le but est de faire passer un enseignement de façon accessible et claire. Elle met en scène  des animaux qui parlent et se comportent comme des êtres humains. Le lecteur ne se sent donc pas visé, il réagit avec impartialité avant  de comprendre que la morale le concerne également.

  Jean de La Fontaine Fables

  Jean Anouilh Fables (1967)

-         Le conte philosophique : ce genre a été porté par Voltaire au XVIII ème s. Il propose un mélange de conte traditionnel et de réflexions philosophiques. Il rapporte les péripéties de personnages, leurs voyages, rencontres et leur découverte des mœurs, des injustices et de la cruauté de notre monde. La morale peut être implicite ou explicite (formulée clairement par l'auteur). Voltaire les appelait « petits morceaux de philosophie allégorique ».

Certains auteurs modernes ont réussi à adapter le conte philosophique au roman :

Le Petit Prince de St-Exupéry (1943)

L'alchimiste de Paolo Coelho (1994)

Zadig (1747)

Candide (1759) de Voltaire

-         L'utopie : vient du grec « ou » (négation) et « topos » (lieu) et signifie « lieu qui n'existe pas ». C'est un récit qui décrit une société (souvent insulaire) imaginaire et idéal, reposant sur des valeurs de paix, de justice et d'égalité. Sa fonction est de mettre en évidence les travers de la société : elle a donc une portée critique implicite.

     Utopia de Thomas More (1526)

     Le meilleur des mondes de Huxley (1932)

-         Les exempla (exemplum au singulier) : ce sont des contes animaliers qui accompagnent les prêches des prêtres du Moyen Age. Par le moyen d'une anecdote, elle illustre des comportements ou des attitudes à imiter. Le faits rapportés par l'exemplum sont historiques et considérés comme tels.

-         Les fabliaux : petits récits en octosyllabe qui mettent en scène des humains, des saints ou des diables. Ils ont un caractère satirique.

Rutebeuf

Philippe de Beaumanoir

On peut aussi noter la présence d'apologue par image. Il y a notamment la gravure, qui accompagnait les fables, l'allégorie, très fréquente dans la peinture classique. Elle s'inspire des intentions pédagogiques et moralisantes de l'apologue.

·        Caractéristiques

-         L'apologue fait parti du genre argumentatif, il y a donc une thèse soutenue, qui peut être implicite ou explicite.

-         L'apologue est un court récit, il excède rarement 30 lignes ou vers.

-         Il s'agit d'un récit, où le discours narratif domine. Les temps utilisés sont, le plus souvent : le passé simple, le présent de narration. Les connecteurs temporels, les verbes d'action sont nombreux.

-         L'apologue est un récit allégorique : le lecteur doit opérer une transposition entre l'image et sa signification. Par exemple, dans les fables de La Fontaine, le lion représente la force royal.

-         L'apologue recourt au discours direct, ce qui le rend plaisant et permet de mieux caractériser les personnages.

-         L'apologue a une visée didactique et utilise donc les registres didactique, polémique et parfois comique.

III L'Ame de l'apologue

·        Fonction de l'apologue

-         Au XVII et XVIII ème s., les auteurs sont obligés d'utiliser une argumentation implicite afin de déjouer la censure exercée par le pouvoir. En effet, il est plu simple de représenter Louis XIV sous les traits d'un lion autoritaire qu'en le critiquant ouvertement. Cependant, les censeurs étaient instruits, alors comment ne se rendaient-ils pas compte que l'apologue présentait une critique du pouvoir ?

-         L'apologue, n'étant pas une argumentation classique, a l'avantage de divertir le lecteur. En effet, l'univers de l'histoire est plein de fantaisie, il s'agit d'une narration est vivante et dynamique (grâce au discours direct et à l'usage de la parole, notamment pour les animaux), c'est donc un genre attractif pour le lecteur.

-         L'apologue instruit le lecteur puisqu'il délivre une morale, un enseignement. Il a donc une visée didactique.

-         Il critique, le plus souvent le pouvoir, les mœurs de la société tout en déjouant la censure. Il a donc une visée critique.

-         Ces deux visées se complètent parfaitement car le lecteur retient d'autant mieux la portée critique et didactique du texte car il l'associe à une histoire amusante.

·        Déjouer les difficultés de l'apologue

La critique et la morale sont plus ou moins explicite d'un apologue à l'autre. Il demande donc de la part du lecteur un double niveau de lecture . Au premier degré, il présente l'histoire en elle même et au second degré, le lecteur doit s'interroger « quelle est la valeur symbolique ? », « Quel enseignement puis-je en tirer ? ». L'intelligence du lecteur est donc solicitée.

La Fontaine énonce clairement la morale à la fin de ses fables.

La Petite digression de Voltaire est un conte philosophique qui demande une interprétation de la part du lecteur, il s'agit en fait d'une critique de l'intolérance religieuse.

Les auteurs prennent donc le risque de ne pas être compris car un lecteur non averti peut se contenter de lire l'apologue sans en saisir le sens caché.

·        L'apologue est-il accessible aux enfants ?

Oui car :

-         Il raconte des histoires plaisantes, mettant en scène des animaux qui parle.

-         Il est bref.

Non car :

-         Il a un sens moral.

-         Son message est caché sous une allégorie qu'il faut trouver.

-         Il manie une langue littéraire travaillée (vers, métaphore, allégorie, comparaison…)

Exemples d'apologue :

Contes de Perrault (1697)

Les lettres persanes de Montesquieu (1721)

Voyages de Gulliver de Swift (1726)

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Mathieu

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