Corrigé 2009 Section ES-S       Epreuve anticipée de Français

De toute évidence, ce sujet de bac n'était pas évident!

Je vous propose dans ces lignes quelques éléments de réponse. N'oubliez pas que ce n'est pas un corrigé-type et que des variantes sont possibles sans pour autant être mauvaises (heureusement que toutes les copies ne sont pas identiques, imaginez l'ennui le cas échéant!) Par ailleurs, la longueur est importante dans votre copie. Acceptez  toutefois que j'aie ici voulu donner le maximum d'informations dans un texte sans doute plus long que celui qui est exigé de vous à l'examen.

Question d'ensemble

Quelles attitudes de spectateur ces textes proposent-ils?

Tous ces textes appartiennent au genre théâtral. Plus encore, ils commentent tous à leur manière une pièce de théâtre: une autre que celle qui est jouée ou celle qui va venir. Dans l'une d'entre elles, on assiste à une pièce dans la pièce (mise en abyme): c'est le cas de la pièce de Rostand. Le contexte devient plus complexe encore dans la pièce de Molière puisque des personnages de la pièce commentent le contenu d'une autre pièce de Molière représentée prétendument quatre jours auparavant. Dans les deux derniers extraits, on assiste à une présentation de ce qui va suivre.

Il faut dans un premier temps remarquer que la temporalité n'est pas la même d'un extrait à l'autre. Dans la pièce de Molière, il s'agit d'un commentaire a posteriori de la pièce, une fois ladite pièce jouée et vue. dans la pièce de Rostand on assiste aux quelques minutes qui précèdent la pièce, du point de vue de la salle. Enfin dans les deux autres extraits, de Claudel et d'Anouilh, c'est un personnage qui vient présenter le contenu de la pièce ou simplement donner un avertissement. Ces différents contextes de réalisation vont orienter les attitudes des spectateurs.

Le regard retrospectif que fait porter Molière à ses personnages à propos d'une de ses pièces est intéressant. Ces personnages jouent le rôle de spectateurs d'une pièce qui s'est déroulée quatre jours auparavant. ils échangent les opinions sur le contenu de la pièce. Les deux principaux personnages Dorante et le Marquis ne partagent pas les mêmes opinions. Tous deux sont toutefois mis dans la position de celui qui juge, c'est-à-dire qui porte un jugement de valeur sur une oeuvre. Si le jugement du marquis est dur, il est aussi semble-t-il assez injustifié. Les arguments donnés sont pauvres (peu convaincants et peu nombreux) : la salle a ri donc le spectacle est détestable. Or Dorante, qui lui a apprécié la pièce (ce qu'il a autant le droit de dire que l'inverse!) conteste ce jugement infondé, non parce qu'il n'est pas de cet avis mais précisémenent parce que ce jugement est infondé. Il définit à la fin de l'extrait les qualités d'un bon juge en termes artisitiques: se départir des préjugés, d'une complaisance trop facile ou d'un excès de délicatesse.

Le texte B nous invite à nous mettre dans un contexte de salle de théâtre et ce doublement: comme spectateurs d'une pièce (Cyrano de Bergerac) mais aussi comme spectateurs de spectateurs attendant le lever de rideau dans l'Hotel de Bourgogne. Cette vision speculaire nous donne à voir notre propre comportement en qualité de spectateur. C'est l'effervescence qui règne dans cette salle. Les spectateurs sont impatients que la  pièce commence. De plus, ils semblent aussi intéressés par le spectacle de la salle elle-même et des éventuelles personalités présentes pour assister à la pièce. Le silence fait suite à un bourhaha. Autre élément important: les classes sociales sont mêlées (page, bourgeois et cardinal) à l'image de la pièce de Molière à propos de laquelle le Marquis disait que le parterre riait.

Les textes C et D offrent des présentations des pièces à venir. Mais ces présentations sont déjà la pièce elle-même. L'annoncier et le prologue ont des rôles similaires. Tous deux essayent de capter l'attention des spectateurs en présentant les personnages et l'intrigue dans le cas de la pièce d' Anouilh ou en analysant les éléments du décor dans celle de Claudel. Cette technique est comparable à ce que les classiques appelaient la captatio benevolentiae . Ces deux personnages s'adressent directement aux spectateurs: "fixons, je vous prie, mes frères" (texte C) "Ces personnages vont vous jouer" (texte D). Des conseils sont même prodigués par l'annoncier pour permettre aux specateurs de mieux s'approrier le texte, voire d'influencer leur jugement "c'est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau". Ces spectateurs sont même un peu infantilisés "ecoutez bien, ne toussez pas". Dans le texte d'Anouilh, le prologue avertit le spectateur et lui fait prendre conscience des enjeux de la pièce: "nous qui n'avons pas à mourrir ce soir". Ces spectateurs en savent davantage que les personnages eux-mêmes et sont donc placés dans une position de force: "il [Hémon] ne savait pas qu'il ne devait jamais exister de mari d'Antigone".

Les spectateurs sont donc tour à tour juges et instruments, en position de force bien qu'impuissants à faire changer le cours des choses et spectateurs d'eux-mêmes.

 

 

 

 

 

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