Sujet : Comment Rousseau parvient-il à nous faire partager sa peur et ses émotions à travers l’extrait « la chasse aux pommes » raconté comme une épopée et  tiré des confessions ?

Introduction

Comment Rousseau parvient il à nous faire partager sa peur et ses émotions à travers « la chasse aux pommes », extrait des confessions, œuvre autobiographique de l’auteur écrite en partie pour justifier une critique de Voltaire qui répandait des calomnies au sujet de l’écrivain. Nous tenterons d’élucider cette problématique en deux temps, en premier lieu nous exposerons le récit changé en épopée puis dans une seconde partie en quoi la morale nous transmet le potentiel essentiel des émotions et des peurs de Rousseau qui nous raconte cet épisode alors qu’il est en apprentissage à Genève sous la forme d’un registre épique et parodique.

Développement

I - le récit sous la forme d’une épopée

Nous savons le talent rousseauiste pour transformer un simple récit en épopée attrayante et pleine de rebondissements, nous donnerons comme définition de l’épopée, un long poème  imprégné de merveilleux afin de grandir les exploits  et les aventures du héros, en fait il métamorphose son récit tout à fait banal en récit homérique, par conséquent héroïque, il utilise pour cela différents moyens comme par exemple l’usage du récit autobiographique comme récit rétrospectif en prose et pose une situation initiale au présent de l’autobiographie avec un présent d’écriture qui fait le lien présent passé. La notion de passé est importante tout au long des confessions, nous y trouvons de nombreux retour en particulier dans le passé de narration avec le passé simple et l’imparfait. Concernant les temps, nous pouvons préciser que le récit s’ouvre au passé et se poursuit au présent de narration avec une abondance des verbes d’action comme « allongeais, tirais, menais », les figures de rhétorique jouent un rôle essentiel également, en effet les énumérations à elles seules contribuent à donner une impression d’accélération et d’actions successives. Rousseau s’applique à relater un  épisode très banal, une simple chasse aux pommes alors qu’il était encore enfant, en effet il essaie tant bien que mal de voler une pomme pour évoquer son goût de l’aventure par le champ lexical de la chasse, la broche, arme du héros. Nous avons ainsi une véritable mise en scène extrêmement bien orchestrée au point que la pomme elle-même est personnifiée dans le but d’être assimilée au mythe de l’Eden, paradis terrestre et symbole de la religion judéo chrétienne.

II - un récit épique qui nous transmet les émotions et les peurs de Rousseau

Par le biais de cette transposition du récit d’un vol de pommes tout à fait anodin en épopée incroyable, Rousseau parvient à nous transmettre ses émotions et ses peurs. Cette communication des sentiments rend l’épisode plus incroyable encore du fait de cette connotation affective qui déborde le récit héroïque du narrateur héros. Nous avons dès lors un paradoxe important qui met en avant le double regard à la fois humoristique et douloureux accentuant l’aspect ironique par des antiphrases. Le vocabulaire contribue à cette impression, « frémir, rire », les sentiments passés sont alors présents, le rousseau victime du passé n’est plus le Rousseau qui raconte dans l’instant présent, il a pris le recul suffisant pour pouvoir en rire des années plus tard. Nous constatons que les sentiments sont aussi mis en avant  par des indices de mouvement qui amplifient le rythme, le suspens est ainsi rendu à sa juste valeur tout en soulignant l’agilité et la douleur du narrateur devenu héros et victime à la fois. Le récit toujours très vivant se poursuit de manière très scandé par une ponctuation abondante et une énumération qui en accentue la vivacité, « monte, allonge, pique ». Rousseau enfant est en proie à la peur car il redoute la colère de son maître, nous le voyons à la fin du récit. La plume lui en tombe des mains. . Le présent de narration montre le choc de l’émotion. Son maître est comparé au dragon du jardin des Hespérides dans la mythologie grecque. C’est une métonymie. Le serpent qui représente un modèle réduit du dragon, les incite à manger la pomme qui correspond à la tentation et qui conduit à la faute. Elle est donc devenue le symbole chrétien du mal qui deviendra plus tard la base de l’expression « avoir un pépin ». Une tentation mise en avant par le champ lexical du crime, Rousseau est face à sa conscience, le champ lexical reflète sa culpabilité. Nous avons trois tentatives et trois échecs qui le plongent dans un sentiment de solitude. C’est pourquoi il instaure une complicité avec le lecteur, « lecteur pitoyable », « qui dira ma douleur ». Nous avons une comparaison avec la quête du graal que l’on n’arrive pas à atteindre, elle est pourtant si proche; nous pouvons également mettre en avant la comparaison à Hercule, fils de Zeus et d’une mortelle relativement au mythe du jardin des Hespérides, Hercule est soumis à deux travaux, l’un d’eux consiste à voler une pomme d’or dans le jardin des Hespérides, et garder un dragon, ce qui explique le registre épique de ce texte.

Conclusion

Rousseau en tant qu’enfant conclut de cet épisode qu’il peut commettre des fautes tant qu’il n’est pas battu pour celles-ci; la punition aboutit à un effet pervers au lieu d’arrêter de voler, il continue et se sent même autorisé à le faire. On peut comparer ce passage à celui du ruban volé, il sera donc menteur et voleur.  Cet extrait est avant tout autobiographique, les aveux de Rousseau ont pour but délibérer sa conscience de toute culpabilité, par conséquent l’intérêt de ce texte est de mettre en avant la fonction cathartique de l’écriture, les mots libèrent des maux.

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Mathieu

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