Texte: Pierre Loti, Fantôme d'Orient, Folio n° 2058, p. 247-251

I- Question

Qu'est-ce qui selon Pierre Loti relève dans cette œuvre du souvenir, de la transposition et de l'invention ?

[Avant toute chose il faut s'assurer de comprendre chacun des termes:

- le souvenir: réminiscence de ce que l'on a vu ou vécu

- la transposition: ce sont les modifications faites pour modifier la réalité, cela paraît vécu mais ne l'est pas comme c'est raconté.

- l'invention: fiction pure, produit de l'imagination de l'auteur.]

Au brouillon, en guise de préparation à la réponse, nous pouvons faire un tableau:

RelationsPassagesCommentaires
Souvenir« L'impression (…) retrouvée d'un rayon de lune de mai sur cette campagne pierreuse de Salonique »l. 20-21

« étranges chocs de rappel » l. 28

« Nos derniers jours d'Eyoub » l. 32

La lecture des paysages alors décrits provoque le souvenir des impressions alors ressenties.

Seuls les souvenirs peuvent ainsi conduire à éprouver des sentiments vécus.

C'est le départ de Stamboul, moment clé de ce voyage puisqu'il signifie la séparation des amants. Ce départ continuera de hanter l'auteur longtemps, en rêve.

Transposition« Aziyadé, le nom d'une femme turque inventé par moi pour remplacer le véritable qui était plus joli et plus doux mais que je ne voulais pas dire »l. 6-7

« ceux où j'avais arrangé, changé les faits avec plus ou moins de maladresse » l. 30-31

L'auteur a modifié le nom de la jeune femme dont il fut vraiment amoureux, sans doute pour la protéger d'éventuelles représailles.

Pour « les besoins du livre », l'auteur a modifié quelques éléments : sur un fond e vérité, il a étayé des éléments nouveaux ou modifiés: les sentiments éprouvés à les lire ne sont pas les mêmes que ceux éprouvés à lire les souvenirs authentiques.

Invention« à la fin, tout ce passage imaginaire d'Azraël que j'avais ajouté » l. 35, « bien qu'il soit inventé »l. 38Cela concerne le dénouement de leur histoire, issue que l'auteur souhaite heureuse en dépit de la réalité: cela correspond davantage à ses souhaits et l'émeut.

 En relisant avec nostalgie le petit livre jadis écrit, Loti parvient à distinguer ce qui à l'époque relevait du vécu (et constitue désormais un souvenir), ce qui connut par lui une modification ( l'auteur se souvient alors des raisons qui l'ont motivé) et ce qui enfin est une part de pure fiction, invention destinée à combler un vide narratif pour clore l'histoire ou permettre la réalisation d'un fantasme.

[compte-rendu des éléments du tableau]

 Les trois dimensions sont exploitées dans le texte et attestent de la richesse d'une œuvre autobiographique destinée à dire le vrai mais aussi nécessairement mâtinée d'éléments fictifs qui font rêver l'auteur lui-même.

Notons enfin que les trois pans de la création autobiographique (souvenir, transposition, et invention) ne provoquent pas rétroactivement les mêmes impressions. Si les souvenirs continuent d'émouvoir, c'est que les impressions éprouvées au moment des faits n'étaient pas factices. Le souvenir est aussi une mémoire des émotions . Avec les images et les noms, les émotions resurgissent.

La transposition laisse le souvenir des raisons qui ont motivé ces changements mais n'entraîne pas d'émotion particulière.

L'invention en revanche peut, si elle sublime un fait dont la réalité ne satisfait pas le narrateur-auteur, susciter une vive émotion: celle du désir ancien que cette situation fût réelle.

II- Sujets d'écriture

1) Commentaire.

 Quelques axes suggérés:

  • Description d'une ville fantomatique ( diversité, étrangeté…)
  • La puissance du rêve (récurrent, vivant…)
  • Une quête illusoire (vaincre le temps, l'absence…)

2) Dissertation.

 Voir les éléments apportés dans le traitement de la question.

Attention le sujet traitera des œuvres biographiques et non seulement des œuvres autobiographiques!!

I- Le souci du dire vrai anime normalement les auteurs d'œuvre biographique

            1) faire une peinture fidèle de soi (Montaigne)

            2) se raconter sans fausse pudeur (Rousseau)

            3) exercer sur soi un regard critique (Sartre)

II- mais dire le vrai n'est pas toujours possible

            1) une part de subjectivité nuit au vrai

            2) cela demande un effort parfois douloureux

            3) il peut arriver que le vérité représente un danger (Loti, extrait)

III- ne peut-on pas alors tolérer quelques imperfections

            1) une mémoire peu fidèle peut être compensée par quelques inventions

            2) certaines nécessités imposent des modifications (politiques)

  3) le livre étant destiné à être lu, ne faut-il pas l'agrémenter pour le plaisir des  lecteurs?

3) Invention.

[A faire:

- tenir compte de la situation de communication: vous êtes Pierre Loti, écrivez une page de votre journal, après votre retour de Stamboul.

- n'indiquez pas l'année mais le jour, comme l'on peut le faire lorsque l'on rédige quotidiennement un journal.]

Le 12 octobre,

Me voici de nouveau sur le bateau et je ne peux m'empêcher de repenser à ce premier départ voilà maintenant  dix ans, alors que je quittais celle je nommai Aziyadé, éperdu d'amour mais contraint de fuir ce pays. Rien n'a changé finalement depuis cette époque. Mes souvenirs me sont revenus intacts et si les rues ont été quelque peu modifiées, j'ai en revanche tout retrouvé de l'atmosphère qui régnait dans cette ville quand la femme que j'aimais s'y promenait à mon bras.  Mais si j'ai bien retrouvé la magie de Stamboul, la magicienne ne m'a donné aucun indice sur ce qu'était devenue celle qui m'a conduit à revenir sur ces terres lointaines. Le cœur serré, j'errai dans les passages sombres que fréquentaient certains de ses frères mais aucun visage ne m'a guidé vers elle. Aucune âme connue n'a égayé mon séjour. La demeure familiale située non loin des portes de la ville est intacte mais la famille qui y loge ne m'a été d'aucun secours.  Ma quête est vaine et même la mort semble se jouer de moi: rien ne rappelle ici la présence d'une femme que j'ai aimée et qui hante encore aujourd'hui mes rêves exotiques. Pourtant comme j'ai souhaité la revoir un instant, reconnaître dans les traits d'une femme vieillissante celle qui sut jadis me rendre ivre de bonheur, me faisant oublier le danger de notre amour! Hélas, cela ne restera, à l'image du dénouement que je m'étais inventé alors, qu'une fantasmagorie.

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Mathieu

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