Baccalauréat général, session 2007, série L

Objet d'étude : le biographique

Sujet Bac fr 2007 L.doc

Textes : Colette, Sido

Albert Cohen, le Livre de ma mère

Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée

Les questions

I-                   Question d'ensemble : Montrez ce qui peut justifier le rapprochement de ces trois auteurs, dans leur vision de l'enfance comme dans la démarche qu'ils choisissent pour l'évoquer.

Les trois auteurs évoquent leur enfance : ces textes sont autobiographiques ou d'inspiration autobiographique (Colette appelant son personnage Sido, elle n'assume pas l'autobiographie). Ils ont tous trois de leur enfance une vision gourmande. Les couleurs dominent  dans ces extraits : les bonbons acidulés chez Beauvoir, les éléments de la flore pour Colette ou encore les bougies chez Cohen ont suscité d'autres sens encore que la vue : les odeurs, le goût et par extension la joie de vivre liée aux plaisirs des sens est prégnante dans les textes. Les figures maternelles sont centrales : Cohen adresse même ses souvenirs à sa mère comme l'indique le titre Le Livre de ma mère. Elles donnent l'impulsion du goût de vivre ou en assurent la possibilité. Ainsi Beauvoir voit ses désirs réalisés et ne conçoit pas petite de frustration : « J'avais souvent la chance que mon admiration s'achevât en jouissance.» Toutes les narrations enfin sont faites sur le mode autodiégétique (P1).

Le regard rétrospectif que les auteurs posent sur ces moments est empreint de nostalgie. Les formules au vocatif dès le début des textes de Colette et de Cohen attestent la vive émotion qu'ils éprouvent à faire ainsi resurgir ces moments privilégiés : « Ô géraniums » et « Ô mon passé ». Les nombreuses énumérations suggèrent une richesse, une intensité dont la mémoire se fait l'écho. Les trois textes sont rédigés à l'imparfait, temps inchoatif qui s'étend dans le présent : les souvenirs évoqués retentissent encore dans la vie présente, celle des adultes. Ils sont au fondement de leur existence. Le caractère ludique est également très présent : il conditionne un rapport au monde qui n'est pas conflictuel mais au contraire propice à l'épanouissement individuel.

La vision de l'enfance véhiculée par ces trois textes ainsi que la démarche pour l'évoquer ont de nombreux caractères communs.

Sujets à traiter

1)     Commentaire du texte de Cohen

Plan proposé : L'importance de la figure maternelle dans l'univers de Cohen

-  un cadre rassurant : une mère dont la présence structure l'existence, des repères dans l'année de l'enfant (habitudes structurantes), de la petite enfance à la mort

-  la nostalgie de l'adulte : accumulations destinées à rendre le plus d'éléments possibles, je narrant/ je narré, nombreux vocatifs

-  la synesthésie qui se substitue à la mémoire : les sens mêlés évoqués au travers des sensations brutes, pas d'articles mais les termes mêmes

2)     Dissertation : selon vous l'écriture biographique est-elle une manière de se préparer à la mort ou de conserver la saveur de la vie ?

-  recours pour recouvrer le goût de la vie : soit que les ennuis présents soient plus légers par le souvenir d'une enfance heureuse, soit au contraire que d'écrire une enfance malheureuse permette de se soulager sa mémoire et de faciliter l'oubli au quotidien (exorcisation du souvenir malheureux pour le dépasser)

-  se préparer à la mort : faire un bilan, synthétiser les phases de son existence en quelques pages pour avoir sur elle une vision d'ensemble

-  illusion de l'immortalité : consigner permet de laisser une trace, un témoignage, écrire sur soi permet aussi de mieux se comprendre voire peut aider à s'apprécier.

Invention

-  lettre ouverte

-  d'un jeune lecteur aux écrivains

-  défendre une autre conception de l'autobiographie

-  en réaction à une conception trop intimiste de l'écriture de soi

A tous les écrivains du MOI,

Je rappellerai pour commencer ce texte les mots de Pascal dans les Pensées : « Le moi est haïssable mais si je le hais parce qu'il est injuste qu'il se fasse le centre de tout, je le haïrai toujours. » Le moi semble donc inévitable : il structure notre existence, notre pensée, notre vie en société. Pour autant faut-il en faire des pages ?

Si chaque individu est unique, le moi n'est-il pas ce que nous avons tous en commun ? Mon moi  en a plus qu'assez de supporter le vôtre dans lequel il ne voit finalement que lui-même. Quel intérêt ? Ce n'est pas Vous qui m'agacez c'est votre MOI surdimensionné qui fait ombrage au mien, et pourtant lui colle si bien à la peau. Pourquoi alors ne pas convoquer votre Moi autrement ? Faites que nos « moi » respectifs soient uniques !

Donnez-moi à voir autre chose que ce Moi qui est vôtre. Faites-moi vibrer avec des anecdotes haletantes, suggérez votre Moi comme au travers de cloisons japonaises, subtilement ! Cessez de  parler de vos rêves d'enfants, de vos cauchemars, de vos calculs, de vos méfaits. Abandonnez le concret, dessinez un univers qui n'appartient qu'à vous ! Au diable les vocatifs sur l'enfance, les portraits liquoreux de vos parents, les clichés sur le jardin public, les émotions qui vous submergent. A quoi bon aller chercher au fond de vous ce qui fait votre particularité, des goûts décalés pour des choses peu ragoûtantes, des désirs disproportionnés ?  Dépeignez-vous  autrement, épargnez-nous votre éviscération mais inscrivez-vous plutôt dans une époque, faites-nous revivre un contexte, des mouvements d'idées, montrez que vous êtes le fruit de l'Histoire !

L'autobiographie mériterait d'être réinventée. Osez !

Un fidèle lecteur.

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