Méthode

Nous travaillerons tout d’abord sur l’analyse des titres d’ouvrages (avec la mention de l’auteur et de la date de publication), puis nous nous attacherons à l’étude du paratexte relié au texte. Analyser les titres d’œuvres : Voici un titre d’ouvrage, accompagné du nom de l’auteur et de la date de publication. Il s’agit d’exploiter ces informations pour un premier aperçu : Le Dernier jour d’un condamné, Victor Hugo, 1829. Le titre : il montre que l’auteur place l’action de son ouvrage dans un espace temporel particulier, celui qui marque la rencontre de la vie (« jour ») et de la mort (« dernier ») ; d’autre part, le cadre est celui de la prison (« condamné »). On peut donc déduire assez facilement que le thème est celui de la peine de mort. En affinant les repérages et l’analyse, on remarque l’opposition entre l’article défini « le » et l’indéfini « un » : le premier insiste sur l’imminence, le caractère inéluctable de la mort, tandis que le deuxième renvoie le condamné à l’anonymat, lui donnant ainsi paradoxalement une valeur générale. Il s’agit donc, pour Hugo, de raconter les derniers instants de la vie d’un homme qui sait que, dans quelques heures, il va mourir car il a été condamné à la peine capitale. Victor Hugo : L’engagement politique d’Hugo est essentiel dans ce contexte : défense du peuple (Les Misérables), dénonciation d’une justice aveugle et autoritaire (le personnage de Jean Valjean, condamné au bagne pour avoir volé un pain), prises de position humanistes, en particulier contre la peine de mort. Il s’agit, pour Hugo, à travers la narration fictive des derniers moments d’un condamné à mort, de s’élever contre cette peine, considérée comme barbare et inhumaine, et de plaider pour son abolition. La date de publication : 1829, confirme ces premières analyses : la peine de mort existe alors en France.

Repérer et analyser le paratexte

Jacques Lantier, jeune cheminot sur la ligne Le Havre-Paris, vient d’errer en pleine nuit dans la campagne déserte. Soudain il assiste à une scène qui, par ses conséquences tragiques, modifie l’existence de tous les héros du roman. Jacques vit d’abord la gueule noire du tunnel s’éclairer, ainsi que la bouche d’un four, où des fagots s’embrasent. Puis, dans le fracas qu’elle apportait, ce fut la machine qui en jaillit, avec l’éblouissement de son gros œil rond, la lanterne d’avant, dont l’incendie troua la campagne, allumant au loin les rails d’une double ligne de flamme. Mais c’était une apparition en coup de foudre : tout de suite les wagons se succédèrent, les petites vitres carrées des portières, violemment éclairées, firent défiler les compartiments pleins de voyageurs, dans un tel vertige de vitesse, que l’œil doutait ensuite des images entrevues. Et Jacques, très distinctement, à ce quart précis de seconde, aperçut, par les glaces flambantes d’un coupé, un homme qui en tenait un autre renversé sur la banquette et qui lui plantait un couteau dans la gorge, tandis qu’une masse noire, peut-être une troisième personne, peut-être un écroulement de bagages, pesait de tout son poids sur les jambes convulsives de l’assassiné. Déjà, le train fuyait, se perdait vers la Croix-de-Maufras, enne montrant plus de lui, dans les ténèbres, que les trois feux de l’arrière, le triangle rouge. Cloué sur place, le jeune homme suivait des yeux le train, dont le grondement s’éteignait, au fond de la grande paix morte de la campagne. Avait-il bien vu ? et il hésitait maintenant, il n’osait plus affirmer la réalité de cette vision, apportée et emportée dans un éclair. Pas un seul trait des deux acteurs du drame ne lui était resté vivace. La masse brune devait être une couverture de voyage, tombée en travers du corps de la victime. Pourtant, il avait cru d’abord distinguer, sous un déroulement d’épais cheveux, un fil profil pâle. Mais tout se confondait, s’évaporait, comme en un rêve. Emile Zola (1840-1902), La Bête Humaine, 1890.

  1. Coupé : compartiment d’un wagon.

Exercices corrigés se rapportant au texte ci-dessus (la consigne étant à côté de « exercice x », le corrigé se trouvant en dessous).

Exercice 1 : Quels éléments constituent le paratexte ?

- Le nom de l’auteur : Emile Zola - Les dates de naissance et de mort de l’auteur : 1840/1902 - Le titre de l’œuvre : la Bête humaine - La date de publication : 1890 - Les lignes d’introduction - La note sur le terme « coupé ».

Exercice 2 : Analyser les informations relevées sur l’auteur, le titre de l’œuvre et la date de publication.

Emile Zola est le chef de file du naturalisme, mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle qui rejette toute idéalisation du réel et veut, en se référant aux sciences expérimentales, ne s’en tenir qu’aux éléments donnés par la nature. A partir de 1865, Zola décide d’écrire « le roman expérimental », Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire. Zola décrit donc, à travers ses ouvrages, différentes catégories sociales, particulièrement le milieu ouvrier. Le titre de l’œuvre, La Bête humaine, montre l’alliance de deux termes antithétiques (oxymore) qui évoque la part animale (issue de la nature) existant chez l’homme. La date de publication, 1890, est à mettre en relation avec la Révolution industrielle : la formation et le développement de la classe ouvrière, dans des conditions souvent difficiles ; le développement des techniques et des moyens de transport (le chemin de fer, notamment).

Exercice 3 : Quelles indications les lignes d’introduction nous fournissent-elles ?

Elles nous donnent des informations sur le personnage principal (son nom « Jacques Lantier », son âge, son métier « jeune cheminot »), ainsi qu’une précision sur ses agissements au moment qui précède l’action (« vient d’errer »). Le lieu est situé grâce aux notations « dans la campagne déserte » et « sur la ligne Le Havre-Paris », de même que le moment « en pleine nuit ». L’importance de la scène décrite dans le texte est marqué par les indices de rupture (« soudain », « modifie ») et par la notation sur la tonalité : « scène qui, par ses conséquences tragiques… ». Le point de vue adopté est celui du personnage (« il assiste »).

Confronter les analyses du paratexte et les relier au texte

Les éléments relevés et analysés ci-dessus permettent de définir : - le milieu choisi : le monde du rail (termes du texte, fonction de Jacques Lantier), l’importance de la machine (contexte historique, naturalisme, description dans les premières lignes du texte). - les circonstances : « en pleine nuit », une « campagne déserte ». Création d’une atmosphère inquiétante à relier à la tonalité, au titre du roman, à l’évènement décrit dans le texte (vision d’un assassinat). La rapidité du passage du train et l’obscurité expliquent l’indécision de Jacques Lantier. - l’importance du personnage : Jacques Lantier apparaît comme l’unique spectateur ou témoin du crime.

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Agathe

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