L'épistolaire est un genre codifié mais très varié. Il comprend, d'une part, les correspondances authentiques: lettres privées qui, publiées, sortent de leur cadre initial; lettres ouvertes qui servent à diffuser largement les idées. Et d'autre part, les correspondances fictives qui mettent en relation, par-delà les personnages et son lecteur.

Les codes et les caractéristiques de la lettre

Une communication différée

-La lettre s'apparente à un dialogue écrit; mais il s'écoule un certain temps entre son écriture et sa lecture: c'est une communication différée, et non immédiate. -Elle met en contact un locuteur, l'épistolier, et un destinataire, son correspondant, séparés dans l'espace et dans le temps. Souvent, la lettre cherche à combler cette distance. -L'énoncé est fortement ancré dans la situation d'énonciation et renvoie à des éléments du contexte. Plus la correspondance est intime, plus la part d'implicite est importante.

Les règles de composition

On identifie une lettre grâce à la disposition spatiale du texte sur la feuille de papier, et à des formules d'introduction et de conclusion spécifiques. La correspondance intime obéit à des codes moins rigoureux qu'une correspondance officielle, mais suit une structure assez stable: le début de la lettre (exorde) vise à s'assurer la bienveillance du destinataire; il englobe la formule d'adresse, une mise en situation et l'annonce du sujet. Viennent ensuite la narration ou l'argumentation, et enfin la conclusion (récapitulation et formule de congé).

Les codes de la communication

L'écriture de la lettre est adapté à une situation de communication donnée. L'épistolier tient compte de la position sociale du destinataire, des relations qui l'unissent à lui. Cela se manifeste par le choix du vouvoiement ou du tutoiement, des formules d'adresse et de politesse, du niveau de langue et des thèmes abordés. Le non-respect de ces conventions, dans un texte littéraire, est toujours riche de sens.

Les formes et fonctions des lettres

Les types de lettres

Selon la nature des relations locuteur-destinataire, on distingue: -la correspondance intime: lettre d'amour au sens large (entre amants, époux, parents et enfants, frères et soeurs), lettre familière envoyée aux proches parents, aux amis... -la correspondance "distanciée", c'est-à-dire destinée à une simple relation (supérieur, collègue, connaisance): lettre commerciale, administrative, professionnelle... -la correspondance "ouverte", destinée à toucher un plus vaste public que le destinataire parfois mentionné: l'épître, la lettre ouverte (comme le J'accuse de Zola, lettre adressé publiquement au président Félix Faure, en 1898).

Les fonctions de la lettre

-La fonction référentielle (ou informative). Une lettre vise d'abord à transmettre des informations. On écrit pour annoncer un événement important, donner des nouvelles. Jusqu'au siècle dernier, la lettre servait souvent de chronique: elle permettait de diffuser l'actualité (Madame de Sévigné, Lettre au marquis de Pomponne sur le procès de Fouquet, 1664). -La lettre expressive. La lettre constitue un moyen privilégié d'exprimer ses sentiments: elle accorde une large place à la subjectivité de l'épistolier, qui utilise les registres lyrique, pathétique ou polémique (Calamity Jane, Lettres à sa fille, 1877-1902). -La fonction injonctive. La letre permet de communiquer un point de vue et d'argumenter pour le faire partager. Elle est souvent utilisée pour agir sur l'opinion et la conscience du destinataire (Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles, 1758). Ces trois fonctions se mêlent souvent dans une même lettre. Elles peuvent en outre se combiner avec une fonction poétique, quand les lettres procurent à leurs lecteurs un plaisir esthétique et que leur qualité d'écriture retient autant l'attention que le message lui-même.

L'épistolaire dans la fiction

Les lettres insérées dans des œuvres littéraires

Il arrive qu'un auteur insère une lettre dans un roman ou une pièce de théâtre. La lettre y joue un rôle dans l'action, ou bien elle permet de peindre de manière indirecte le personnage qui écrit (Albert Cohen, Les Valeureux, 1969; Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 1897).

La nouvelle et le roman épistolaires

Un écrivain peut aussi adopter la forme épistolaire pour l'ensemble d'une oeuvre de fiction. On parle alors de correspondance fictive (Danielle Sallenave, Un printemps froid, "Une lettre", 1997 : cette nouvelle met en scène une épistolière unique qui n'obtient pas de réponse). Un roman peut compter plusieurs épistoliers dont les lettres s'entrecroisent et se répondent (Laclos, Les liaisons dangeureuses, 1782). Le choix de la lettre fictive répond à deux objectifs principaux: -d'une part, renforcer l'effet de réel (les lettres sont d'ailleurs souvent présentées comme authentiques). -d'autre part, mettre à distance les propos tenus, ce qui permet d'émettre des critiques indirectes.

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Agathe

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