Fils d'un maître des Eaux et des forêts champenois dont il reprend la charge, écrivain français du 17éme siècles, il reste attaché jusque dans son œuvre aux décors champêtre de sa campagne. Il est reconnu par la cour est ses contemporains grâce à des contes licencieux (qu'il reniera à la fin de sa vie) et surtout à ses fables. C'est donc avant tout chose un grand fabuliste, qui s'adresse à un public élargi, responsabilité de pédagogue.

Ses fables sont divisées en 12 livres, livres de 1 à 6 parus en 1668, livres de 7 à 11 en 1678 et le livre 12 en 1694, o,t immortalisé son nom. Des fables essentiellement animalière jusqu'au livre 6 puis les animaux et les humains cohabitent ensemble, philosophie.

Inspiré d'une fable latine, « le Philosophe scythe » se trouve dans livre 12, c'est la fable 20. Dans celle-ci l'auteur y réunit de manière inattendue, dans l'espace offert par la nature, deux personnages à la fois semblables et différents, le narrateur les observe et les compare. C'est une fable concise, simple, plus plaisante apparemment mais difficile.

Demandons nous maintenant comme le fabuliste intègre et retrouve une réflexion empreinte de gravité à l'intérieur d'une simple anecdote ?

I La confrontation des deux protagonistes

a) identification des personnages :

*origines géographiques : Scythe (philosophe, références nombreuses à son pays), rien n'est dit sur ce pays forcément mal connu du lecteur symbole d'un pays si éloigné qu'il devient même abstrait. Grec (sage) est chez lui, ce qui lui confère une valeur d'adéquation avec le milieu.

*traits distinctifs : Grec vit dans un lieu propice à la vie, où la nature est féconde. La demeure du Scythe ne bénéficie d'aucun espace prometteur (seulement défini sur le mot « triste »).

=> Présentation des ces deux personnages est complétée par des références complémentaires, positives pour le grec (Virgile) réductrice pour le Scythe (accompagné d'un jugement ouvertement désapprobateur, vers 29…).

b) leur confrontation est mise en scène par un bref dialogue au style direct (16-20) :

Des paroles qui s'insèrent dans le récit : permettent de « croquer sur le vif » la rencontre. Des attitudes opposées : 1 Scythe qui s'avère incapable d'observer, d'écouter. 1Grec qui étonne par son style ferme et mesuré : se contente de justifier logiquement ses gestes. Toutefois le Scythe bénéficie de davantage d'attention de la part de LF qui rapport d'abord, ses paroles, au style indirect puis indirect libre : loin de le privilégier, cela renforce la faiblesse de son questionnement et sa précipitation à juger les autres.

c) l'alternance des alexandrins et octosyllabes :

Est riche en sens, souligne le jugement implicite de fabuliste. L'octosyllabe marque les temps forts du dialogue (7, 20) souligne les erreurs du Scythe (24, 27, 28) et des Stoïciens en générale (33), l'alexandrin est retenu pour le développement de la pensée.

II Ces deux personnages ont une dimension qui déborde des limites de l'anecdote et permettent donc une vraie réflexion

a) Le choix appuyé de l'indéfini :

« Un » (1, 2, 4, 7), « certain » (trois fois). Un emploi délibéré du pluriel : suggestion de d'autres réalité où cette situation serait observable.

b) Une portée universelle est rendue possible :

Par l'ambiguïté maintenue (vers 5) au sage ? Ou Virgile ? L'exemple de la fable aura une portée d'universalité et de complexité.

→ deux figures superposées : celle de la fable et celle du personnage littéraire érigé en véritable mythe. De même le Scythe chercher maladroitement à coïncider avec le modèle, de rejoindre ainsi tous les êtres.

c) Enfin le dimension de l'anecdote se trouve élargie par le figure du temps :

Vers 8-17 : se développe au cœur de la fable, image de la mort assimilé à un jardinier (sympathique ou redoutable ?), elle frappe aveuglement et n'importe quand. La valeur dramatique renforcé par la force des mots et sonorité en t (19-20-22).

d) quel est l'art de vivre proposé ?

Scythe : son exemple (saccageant son jardin) est exactement le contraire de ce qu'il faut faire. Il copie sans comprendre, LF lui donne tord car il ne tient pas compte des différences de vie selon les pays. Qui a perdu toute sensibilité envers la nature, condamnation des stoïciens. Grec : respect la nature, il veut l'améliorer, pas imposer son point de vue, il ne donne aucun conseil il ne fait que se justifier, humilité, modestie, mise en valeur…

→ Pas de moralité collective, juste individuelle (fruit de l'analyse, l'expérience), des vérités qui viennent de nous-même.

=> Cette réflexion sur le bonheur sera poursuivie et prolongé au siècle suivant par des écrivains, comme Voltaire avec Candide. Réflexion sur la vie, sur la nécessité de l'autonomie de l'homme (même réflexion que chez LF). Différent, pas tout à fait le même sens, mais toujours cette sorte de sagesse individuelle. Ne pas se laisser distraire par le reste du monde. Cela manque un peu de panache, dépassement de soi, côté trop sécuritaire (peut être décevant).

Vocabulaire du texte

Abstrait = qui résulte de l'abstraction (une idée qu'on extrait de la réalité concrète / faire abstraction de : ne pas tenir compte ; s'abstrait : s'isoler du milieu ambiant). Qui se développe indépendamment de l'expérience sensible, de tout référence à la réalité concrète.

Adéquation = approprié, convenant parfaitement à son objet.

Propice = bien disposé, favorable.

Désapprobateur = qui désapprouve.

Implicite = qui n'est formellement exprimé dans un énoncé, qui n'est pas dit, qui est sous-entendu, mais qu'on peut néanmoins supposer ou déduire.

Stoïciens = qui témoigne d'une impassibilité (qui ne manifeste aucune émotion, trouble, sentiment) courageuse devant le malheur, dans la douleur.

Délibéré = voulu, intentionnel, prémédité.

Mythe = récit populaire ou littéraire mettant en scène des êtres surhumains et des actions remarquables.

Humilité = modeste, humble.

Austère = sévère à l'égard de soi même ou des autres.

Virgile = poète latin du 70-19 avant JC

Emondait = élaguer, retrancher les branches.

Languit = abattement, fatigue, manque d'énergie, absence de dynamisme.

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Mathieu

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