Introduction

La rencontre entre la Princesse de Clèves et le Duc de Nemours est pour le lecteur un événement attendu et retardé  par des péripéties romanesques, en effet Melle de Chartres vient d’épouser le prince de Clèves. Pourtant la narratrice constate que M. de Clèves ne trouve pas que Melle de Chartres eut changé de sentiments en changeant de nom. La qualité de mari lui donna sans doute de grands privilèges mais ne lui donna pas une autre place dans le cœur de sa femme. La narratrice ajoute que Mme de Clèves était exposée au milieu de la cour mais qu’elle paraît comme une personne que l’on ne peut pas atteindre. L’écrivain souligne avec insistance que le Duc de Nemours se trouve à Bruxelles occupé de ses desseins (=décisions) pour l’Angleterre et elle souligne également  hâte du Duc de Nemours qu’il a de venir au mariage de la fille du roi Claude de France. La narratrice ajoute que Mme de Clèves a entendu parler du Prince de Clèves à tout le monde, comme ce qu’il y a de mieux et de plus agréable à la cour. Mme la Dauphine lui avait dépeint le duc de Nemours. Pourtant Mme de Clèves se considère comme étant hors du champ de séduction. Cette rencontre se présente comme un coup de foudre et elle renvoie à la première rencontre de Melle de Chartres chez le joailler. Nous nous attacherons donc à montrer la singularité de ce coup de foudre partagé d’abord par l’observation des mœurs de la cour puis par l’analyse de l’importance du regard et nous conclurons sur la fatalité de la passion.

Conclusion

Le récit de cet événement attendu allie à l’intérêt dramatique -Mme de Clèves découvre enfin l’amour-un intérêt tragique – mariée, elle n’est plus libre de son sort- et une dimension psychologique- finesse de l’analyse de la reine Dauphine- qui en font tout la richesse. La véritable intrigue commence « avec la mise en place d’un personnage hors du commun défiant le comportement habituel des gens de cour » (Jean Mésnard). Mais comme le dit Albert Bégain « le plus profond c’est la forme ». Mme de La Fayette joue savamment avec un art qui tient de la poésie et de la musique. La poésie naît de cette quête de l’invisible dans laquelle l’imagination est sollicitée mais pour aller au-delà de l’image

Dans la seconde moitié du 17ème siècle, la mode est au récit d’aventures sentimentales situées dans un cadre historique. Mme de La Fayette dont le goût pour l’histoire est attesté par ses ouvrages postérieurs. Elle s’est documentée très sérieusement pour écrire La Princesse de Clèves. Le passage proposé relate à la ligne 1 un événement historique : les fiançailles du Duc de Lorraine avec la seconde fille du roi. La scène se passe le soir au bal et au festin royal qui se fait au Louvre, qui était le lieu de résidence de la famille royale. Le roi Henri II est présent, comme les reines ; c’est-à-dire Catherine de Médicis qui a donné 10 enfants au roi, et la reine Dauphine qui a été mariée en 1558 au Dauphin.

Marie Stuart est la fille de  Jacques d’Ecosse, elle est reine d’Ecosse depuis sa naissance car même année de mort que son père en 1542. Elle a été mise en sécurité en France par ses oncles a paris, qui avaient décider Henri II de faire une expédition en Ecosse en 1548 pour soustraire l’enfant aux intrigues du cour. Elle a été ramenée en France en 1548 et fiancée la même année a l’âge de 6 ans au futur François II, qu’elle épousera en 1558.

M. de Guise appartient à une prestigieuse famille proche du roi. Il est lui aussi sous le charme de la Princesse de Clèves qui est apparentée à la reine Dauphine. Et il se rendra compte de son émotion lorsqu’elle va danser avec le Duc de Nemours qui est aussi un personnage historique. Il est  réputé pour avoir des histoires galantes. La romancière transforme aussi le personnage peu connu de Jacques de Clèves qui est le mari de la princesse de Clèves et qui va mourir très tôt, comme dans la réalité. Jacques de Clèves à épousé Diane de Marck. Mme de Clèves est un personnage inventé par Mme de La Fayette.

Le cadre reflète celui de Louis 14. C’est une » parfaite imitation du monde de la cour et de la manière dont on y vit ». C’est Mme de La Fayette qui écrit à une amie et qui le dit. Pour bien comprendre cette scène de bal, il faut savoir qu’à la cour d’Henri II, comme à la cour de Louis 14, l’amour est la grande affaire du temps. En présentant Mme de Chartres comme une mère attentive, donnant des conseils à sa fille, elle veut nous montrer que cette famille cultive une vertu particulière mais elle ajoute aussi. Pour cet événement mondain d’une telle importance, il faut noter que la maitresse du roi, la duchesse de Valentinois  est absente. Dès la première page du roman, elle est discrètement critiquée. Le comportement de la duchesse V rappelle le comportement de la maîtresse de Louis 14, Mme de Montespan ( ?). La cour d’Henri II comme celle du roi soleil est ordonnée autour des personnes royales qui assistent à la rencontre entre le Duc de Nemours et la Princesse de Clèves. L’invitation du roi, il lui cria de prendre celui qui arrivait l.10, ne souffre pas une hésitation. Il faut obéir au roi, de même pour le dialogue. Chaque parole royale est un ordre sans répit. La reine les interrompit pour faire continuer le bal. Le monde de la cour est dominée par la parole royale auxquelles doivent obéir les courtisans.

La cour apparaît comme un univers où l’on dissimule ses sentiments. La Princesse de Clèves dans ce monde du paraître apprendre à dissimuler ses sentiments. La reine Dauphine sert d’intermédiaire entre les deux héros pour qu’une conversation soit possible. Elle se substitue à la Princesse de Clèves pour dire à M. de Nemours qu’elle l’a reconnu l.39-47. La perspicacité de la reine Dauphine influence le lecteur comme elle a influencé auparavant Mme de Clèves. La Dauphine le lui avait dépeint le Duc de Nemours de telle sorte qu’elle lui a donné de l’impatience à le voir. La reine Dauphine rend inéluctable la passion entre le Duc de Nemours et la Princesse. La princesse qui évoluait avec aisance dans ce monde du paraître où elle est réputée pour être très belle. Elle ressent l’arrivée du Duc comme une rupture,  rupture de l’harmonie entre son être et son paraître. Désormais elle apprend à dissimuler ses sentiments. Et la cour est considérée comme une ennemie.

Dès la première phrase qui commence par « elle » et qui se termine par « Louvre », elle est entièrement préoccupée par son apparence et sa parure.

L3 correspondance parfaite entre la princesse et le monde. Paraître et être

En revanche dans la deuxième partie du texte, nous notons une opposition entre elle (la princesse) et le roi tout puissant qui lui intime l’ordre de prendre celui qui est arrivé.

Seconde rupture, la reine Dauphine répond ensuite pour elle au Duc de Nemours. Pour la première fois sans doute, elle ment en disant qu’elle ne le reconnaît pas, elle est embarrassée car elle n’a pas l’habitude de mentir. Rupture entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle veut révéler au monde. Mme la Dauphine lui fait remarquer avec une grande perspicacité. Ainsi Mme de Clèves n’est plus à l’aise dans la cour, son unique harmonieux s’est brisé comme le révèle le jeu des pronoms personnels. D’abord « je » et « vous » réunis, puis séparé, elle ne veut plus que la reine soit sa confidente, elle ne veut plus que la reine devine ses pensées. Mme de Clèves va devoir apprendre l’art de feindre. La structure du texte qui alterne constamment la narration et le commentaire nous avait déjà révélé que la Princesse n’était pas insensible au charme du Duc. L.11-14
La Princesse de Clèves semble être prise dans étau où tout le monde essaie de percer ses sentiments.

Le regard de la cour encercle les deux personnages et madame de Clèves comme le duc de Nemours semble avoir besoin du regard de la cour pour être en harmonie avec eux-mêmes. Il est noté dans le texte qu’elle a passé tout le jour à se parer pour le soir. Avant d’affronter le regard de la cour, Mme de Clèves a porté sur elle-même un regard d’admiration pour s’apprêter. La répétition des verbes pronominaux se parer, se trouver, révèle la part d’activité qu’elle exerce sur son corps et elle obtient le résultat escompté puisque lorsqu’elle arriva, l’on admira sa parure et sa beauté. L’admiration de la cour comme celle de la narratrice est suggérée par les 4 premières lignes par les allitérations en « l » et les assonances en « a »qui donnent une note musicale à cette rencontre. La narratrice constate de la même façon que le Duc de Nemours ce soir-là avait particulièrement sa parure. Les verbes « se parer » l.1 et à la ligne 17 se font écho. La narratrice révèle ainsi que la parure sert de faire-valoir à la beauté comme elle le constate à la ligne 16-17. Le soin qu’elle avait pris de se parer augmentait l’air brillant qui était dans sa personne. L.3 et 4, cette parure, certaine d’écrin est renvoyée au thème de la première rencontre : chez le joailler.  Le réseau lexical du regard est particulièrement présent puisque la rencontre entre les deux héros est fondée sur le regard. La narratrice se souvient des romans qu’elle a lus. (L’Astrée de Honoré d’Urfe et les poèmes de Pétrarque et deBembo). Elle est influencée par l’esthétique précieuse, et elle note que le regard précède la parole dans le langage amoureux et qu’il révèle la puissance de l’amour. En effet Mme de Clèves voit un homme qu’elle reconnaît immédiatement et qui apparaît extraordinaire (s’écarte de la norme). Il s’écarte aussi des conventions et des bienséances.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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