Extrait de Diderot, Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de ***

- Convenez donc que vous êtes méchant ou bien fou !

- En vérité, je ne saurais, madame la maréchale.

- Quel motif peut avoir un incrédule d'être bon, s'il n'est pas fou ? Je voudrais bien le savoir.

- Et je vais vous le dire.

- Vous m'obligerez.

- Ne pensez-vous pas qu'on peut être si heureusement né qu'on trouve un grand plaisir à faire le bien ?

- Je le pense.

- Qu'on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ?

- Assurément.

- Et que, dans un âge plus avancé, l'expérience nous ait con­vaincu qu'à tout prendre il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu'un coquin ?

- Oui-da ; mais comment est-on un honnête homme, lorsque de mauvais principes se joignent aux passions pour entraîner au mal ?

- On est inconséquent ; et y a-t-il rien de plus commun que d'être inconséquent  ?

- Hélas ! malheureusement non ; on croit, et tous les jours, on se conduit comme si l'on ne croyait pas.

- Et sans croire, on se conduit à peu près comme si l'on croyait.

- A la bonne heure ; mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus, la religion, pour faire le bien, et une raison de moins, l'incrédulité, pour mal faire.

- Aucun, si la religion était un motif de faire le bien, et l'incrédulité un moyen de faire le mal.

- Est-ce qu'il y a quelque doute là-dessus ? Est-ce que l'esprit de religion n'est pas de contrarier cette vilaine nature corrompue, et celui de l'incrédulité, de l'abandonner à sa malice, en l'affranchissant de la crainte ?

- Ceci, madame la maréchale, va nous jeter dans une longue discussion.

- Qu'est-ce que cela fait ? Le maréchal ne rentrera pas sitôt ; et il vaut mieux que nous parlions raison, que de médire de notre prochain.

Un dialogue relatif à la religion

  1. Deux personnages définis par leur position vis à vis de la religion 2. La question de la foi et de l’incrédulité abordé dans sa dimension morale

Un dialogue ouvert fondé sur le respect de la parole de l’autre

  1. Un dialogue fondé sur le respect 2. Un dialogue ouvert 3. Un dialogue qui progresse à travers des mouvements concessifs successifs

Les enjeux du débat

  1. Le fonctionnement du dialogue peut être rapproché du dialogue socratique 2. En fait, le philosophe conduit la maréchale à mettre à jour les présupposés de son raisonnement 3. Ni convaincre, ni convertir

Conclusion

Leçon de tolérance : la forme du dialogue est en accord avec l’esprit des Lumières. Respect envers les interlocuteurs. Le dialogue est très travaillé, mais il mime le naturel de la conversation, qui permet de séduire le lecteur (idéal de l’écrivain au XVIIIème siècle)

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