Cet ouvrage de Diderot est un long dialogue qui contient toutes sortes d'aventures, de récits et de digressions variées. Il n'y a pas d'action suivie, ce qui lui donne son caractère avant-gardiste et moderne : l'intérêt est porté sur le processus du dialogue et la dialectique des idées.

Jacques et son maître sont des personnages errants toujours prêts à raisonner de tout et à philosopher sur la vie de l'homme. Nous ne savons pas, nous lecteurs, d'où ils viennent, où ils vont, ni pourquoi ils se déplacent. L'auteur, intervient souvent pour commenter la conduite de ses personnages, sur ses propres hésitations quant à ce qu'il leur fera dire ou pas. Leur dialogue est sans cesse interrompu par des incidents, des rencontres ou des sautes d'humeur.

Le valet Jacques n'hésite pas à reprendre et à blâmer celui qu'il sert. C'est un personnage typique de cette fin de 18e siècle, et qui renvoie au personnage de Figaro. Il n'en a cependant pas l'esprit d'intrigue.

Jacques est un bon garçon, ingénieux et qui sait se tirer des mauvaises situations. Pour distraire son maître, il a choisi de lui raconter l'histoire de sa vie et ses amours. Jacques a une conception particulière de la vie et du destin : tout ce qui arrive serait déjà écrit sur un grand registre de destin et il ne peut en être autrement. La vie ne serait qu'un enchaînement de force que l'homme n'a que l'illusion de commander. C'est la conception même de Diderot, mais, une fois de plus, Jacques met en scène par ses doutes et ses remords ainsi que ses conduites, la difficulté qu'éprouve l'auteur à se résigner. Jacques incarne les contradictions de l'esprit humain, comme souvent le font les personnages de Diderot, et en particulier à travers le dialogue.

Dans l'extrait présenté, on perçoit toute l'évolution du statut du valet tel qu'il est représenté en littérature : sa condition ne limite en rien son esprit critique et il incarne la pensée juste, le bon sens.

Il parvient à expliquer en quoi la relation de service qu'il a à l'égard de son maître rend ce dernier aussi, sinon plus redevable à Jacques. Il incarne ce paradoxe dans la distinction entre le « titre » et la « chose », opposant ainsi l'abstraction de l'étiquette au caractère concret de la tâche effectuée. Lorsque son maître émet une réserve en lui expliquant qu'une inversion de rôle lui serait alors profitable, Jacques achève de « dominer » verbalement son maître en lui assénant que lui même n'aurait aucun mal à obtenir le titre mais que son maître ne saurait maîtriser la « chose », c'est-à-dire serait dans les fait incapable d'effectuer l'équivalent du service de Jacques.

Cette mise en avant de l'interdépendance des personnages, finalement au profit du valet, grâce à la joute verbale, rappelle le jeu de Figaro qui débat avec autant de distinction et de finesse de raisonnement que le Comte. Les mots sont le lieu d'une remise en question du pouvoir social.

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Mathieu

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