Cet extrait efface par sa brièveté, a pour but de faire prendre conscience de l'inhumanité de l'esclavage de par la cruauté qui lui est propre. Voltaire dénonce une pratique qui met en péril la dignité de l'être humain, et réjouit en cela un courant de son époque. En même temps, il apporte une nouvelle preuve pour étayer son argumentation contre les doctrinaires de l'optimisme.

I : Un dénonciation de l'esclavage et de sa cruauté.

1 : Une description explicite de l'horreur.

2 : Un témoignage édifiant : le langage prêté à l'esclave.

3 : Une simplification de réel pour mieux l'émouvoir.

II : Une nouvelle dénonciation de la philosophie optimiste.

1 : Voltaire derrière son personnage.

2 : Les progrès de Candide.

I – 1 : Le ton employé est dépouillé et le « nègre » est évoqué dans sa prostration « un nègre étendu par terre », comme condamné à végéter à même le sol. Puis son état physique est énoncé avec neutralité comme un constat : « il manquait ce pauvre homme … droite ». Aucun adjectif qui ne manifeste la pitié, mais la brutalité même du fait.

2 : La relation Maître / Esclave est pleinement affirmée : le rapport de soumission est fortement marqué dans « j'attends mon maître ». De plus, le nom-portrait « Vanderdendur » = « vendeur-dent-dure » accentue l'effet d'une autorité revendiquée et appliquée. Dans le langage prêté à l'esclave, le choix d'un style dépouillé fait particulièrement ressortir la brutalité des faits : « Quand nous travaillons … la jambe ». Les propositions sont courtes, comme les coups. Les verbes concrets ont une charge de violence ( « coupe » 2 fois, usage du présent indiquant une action habituelle, impersonnalité du « on » = relation déshumanisée, anonymat d'un tortionnaire dans visage ). L'absence d'adjectif souligne la simplicité, l'objectivité d'un constat. On trouve même une certaine ingénuité dans la cruauté : « comme l'usage », avec cette absence de pathétique. L'esclave présente les mauvais traitements comme des faits habituels et anodins.

3 : La simplification du réel accentue encore la rigueur des sévices : on passe directement du « nous attrape un doigt » à « on nous coupe la main » en économisant l'explication ( l'amputation pour éviter la gangrène ). Idem pour « on nous coupe la jambe » : on coupait le jarret des fuyards pour éviter la récidive sans trop nuire à leur rendement.

La soudaineté de la chute fait éclater l'inhumanité en soulignant la disproportion de l'effet par rapport à la cause : « c'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». La juxtaposition est insoutenable entre les membres coupés et la friandise qu'est le sucre.

II – 1 : Le choix de la première personne permet de conférer un registre pathétique à l'évocation. Le narrateur donne surtout la parole à la victime pour plus de retentissement affectif sur le lecteur. De plus, le Nègre dit souvent « nous », soulignant ainsi son appartenance à une communauté souffrante dont il est solidaire.

En fait, Voltaire est derrière son personnage : la tonalité change à partir de « cependant, lorsque ma mère... ». Le registre gagne en pathétique et l'analyse de la situation devient plus intellectuelle. L'esclave adopte le langage d'un homme rationnel et sensible dans lequel on reconnaît Voltaire lui-même.

Le pathétique de la victime est trop lucide. L'esclave analyse et excuse fort bien la décision des parents-vendeurs. Ils sont victimes : de leur misère, de leur confiance et de leur excessive considération pour les blancs. On est face à une dénonciation trop lucide de l'exploitation des peuples simples, victimes de leur misère et de leur crédulité.

Son esprit critique lui vient du narrateur : il sait dénoncer l'hypocrisie du discours religieux sur l'égalité « nous sommes tous enfants d'Adam » et retourner l'argument. Termes utilisés très soutenus, étrangers à l'esclave : « généalogiste », « prêcheur », « Enfant d'Adam ,» « cousins issus de germains ». La dénonciation est virulente, très voltairienne, de la responsabilité des prêtres dans l'origine et le maintien de l'esclavage.

2 : Ce récit marque un pas important pour Candide dans la conquête d'une certaine autonomie de la pensée. La surprise initiale plaide en se faveur, comme son désir de comprendre. Les expressions « mon ami » et « l'état horrible où je te vois » expriment sa compassion.

Il avance sur la voie de la liberté et du jugement. Candide prend encore son maitre à témoin mais il dénonce tout de même dans l'optimisme la « rage … ou est mal ». Il renvoie pourtant son émancipation à plus tard. « Il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme ».

Sa sensibilité s'éveille. Pour la première fois dans ce récit où le malheur fait rire, un personnage pleure sur la misère d'un frère humain. La rareté de l'émotion rend plus atroce la réalité dénoncée.

CONCLUSION : Cet extrait dénonce le point extrême de l'inhumanité. Dans la guerre, chaque armée avait le pouvoir de se défendre. Ici, c'est l'exploitation du faible par le plus fort. Le choix d'une écriture polémique dépouillée crée le pathétique. Le texte montre, au lieu de discourir, il émeut par des faits plus que par des raisonnements. C'est tout l'humanisme de Voltaire qui transparaît.

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Mathieu

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