Ces textes de Rousseau sont connus ; on peut les aborder sur un mode ironique qui n'aurait pas déplu à Monsieur Voltaire 😉

Monsieur Rousseau écrit (alors qu'il passe sa vie à écrire) :

"Dans le premières opérations de l'esprit que les sens soient toujours ses guides [de l'enfant] : point d'autre livre que le monde, point d'autre instructions que les faits. L'enfant qui lit ne pense pas, il ne fait que lire ; ils ne s'instruit pas, il apprend des mots. Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir sa curiosité, ne vous pressez jamais de la satisfaire ; mettez les questions à sa portée, et laissez-les lui résoudre. Qu'il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, mais parce qu'il l'a compris lui-même ; qu'il n'apprenne pas la science, qu'il l'invente. Si jamais vous substituez dans son esprit l'autorité à la raison, il ne raisonnera plus ; il ne sera plus que le jouet de l'opinion des autres."

Monsieur Rousseau nous livre une anecdote de sa jeunesse :

"On donnait ce jour-là un grand dîner. Par hasard, on vint à parler de la devise de la maison de Solar, qui était sur la tapisserie, avec les armoiries : tel fiert qui ne tue pas. Comme les Piémontais ne sont pas, pour l'ordinaire, consommés dans la langue française, quelqu'un trouva dans cette devise une faute d'orthographe et dit qu'au mot fiert il ne fallait point de t.

Le vieux comte de Gouvon allait répondre ; mais, ayant jeté les yeux sur moi, il vit que je souriais sans oser rien dire : il m'ordonna de parler; alors je dis que je ne croyais pas que le t fût de trop, que fiert était un vieux mot français qui ne venait pas du nom ferus, fier, menaçant, mais du verbe ferit, il frappe, il blesse ; qu'ainsi la devise ne me paraissait pas dire : tel menace, mais tel frappe qui ne tue pas.

Tout le monde me regardait et se regardait sans rien dire. On ne vit de la vie un pareil étonnement. Mais ce qui me flatta davantage, fut de voir clairement sur le visage de Mlle de Breil un air de satisfaction. Cette personne si dédaigneuse daigna me jeter un regard ; puis, tournant les yeux vers son grand-papa, elle semblait attendre avec une sorte d'impatience la louange qu'il me devait et qu'il me donna en effet si pleine et entière et d'un air si content que toute la table s'empressa de faire chorus. Ce moment fut court, mais délicieux à tous égards. Ce fut un de ces moments trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel et vengent le mérite avili des outrages de la fortune." (Indiscrétion de M. Rousseau lui-même. L'anecdote se passa lorsque, âgé de seize ans il fit office de laquais chez le comte de Gouvon, premier écuyer de la reine de Piémont et chef de la maison, de Solar)

Nous lûmes ce qui suit dans le livre V de l' Émile ou De l'éducation paru en 1762 :

"Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme, et négliger celles qui leur sont propres, c'est donc visiblement travailler à leur préjudice. Les rusées le voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant d'usurper nos avantages, elles n'abandonnent pas les leurs ; mais il arrive de là que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres parce qu’ils sont incompatibles, elles restent au-dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre, et perdent la moitié de leur prix. Croyez-moi, mère judicieuse, ne faites point de votre fille un honnête homme, comme pour donner un démenti à la nature ; faites-en une honnête femme et soyez sûre qu'elle en vaudra mieux pour elle et pour nous.

S'ensuit-il qu'elle doive être élevée dans l'ignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage ? L’homme fera-t-il sa servante de sa compagne ? Se privera-t-il auprès d'elle du plus grand charme de la société ? Pour mieux l'asservir l'empêchera-t-il de rien sentir, de rien connaître ? En fera-t-il un véritable automate ? Non, sans doute ; ainsi ne l'a pas dit la nature, qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié ; au contraire, elle veut qu'elles pensent, qu'elles jugent, qu'elles aiment, qu'elles connaissent, qu'elles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes qu'elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qu'il leur convient de savoir. [...]

De la bonne constitution des mères dépend d'abord celle des enfants ; du soin des femmes dépend la première éducation des hommes ; des femmes dépendent encore leurs mœurs, leurs passions, leurs goûts, leurs plaisirs, leur bonheur même. Ainsi toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance. Tant qu’on ne remontera pas à ce principe, on s'écartera du but, et tous les préceptes qu'on leur donnera ne serviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôtre."

Décidément, Monsieur Rousseau n'aime pas les femmes ! Allons plus loin.  L'auteur de notre chère Héloïse tempête contre certaines guenons savantes qui emplissent les salles de spectacle, "tournant en effronterie la mâle et ferme assurance de l'homme", déshonorant "à la fois leur sexe et le nôtre" - celui des hommes donc - par cette "odieuse imitation". Il nous reproche nos "intervalles d'inaction" lors de nos écoulements sanguins. (Indiscrétion de Monsieur d'Alembert).

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !