Quelle que soit l'époque ou le mouvement littéraire, les auteurs ont su défendre une cause à travers leurs écrits. Par les moyens que nous allons analyser, nous pouvons nous demander si la littérature est un bon intermédiaire pour exprimer une position. Comment les auteurs parviennent-ils à transmettre leur point de vue à travers leurs ouvrages ? Nous allons étudier trois moyens spécifiques : l'apologue, l'essai puis le dialogue.

L'apologue

L'apologue est un court récit de forme allégorique qui renferme un enseignement, une leçon de morale. Il est souvent utilisé pour faire passer un message, défendre une cause ou dénoncer un vice humain. L'apologue se divise en plusieurs catégories. La fable en est une. Elle est un court récit fictif illustrant une morale. Le plus souvent elle met en scène des animaux personnifiés. Dans Les Fables, Jean de la Fontaine a souvent recours à l'anthropomorphisme pour dénoncer les défauts de la société. La morale est généralement placée à la fin du récit et implicite, comme dans "Le corbeau et le renard" : "tout flatteur vit au dépens de clui qui l'écoute". Selon La Fontaine, "l'apologue est composé de deux parties dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'âme. Le corps est la fable ; l'âme la moralité." (préface des Fables). Mais la morale peut aussi de trouver au début de la fable, comme dans "Le loup et l'agneau", où elle est énoncée clairement : "la raison du plus fort est toujours la meilleure". Dans le style de la fable, on trouve la parabole, développée par le christianisme. Il s'agit également d'un récit moralisateur. Ainsi, dans le Nouveau Testament, les évangiles rapportent les paroles de Jésus sous forme de court récit fictif apportant un enseignement ("le fils prodigue", Evangile selon Saint-Luc, 15.11-32). Le mythe peut aussi être considéré comme une forme d'apologue car il raconte et enseigne. Le mythe peut avoir une connotation religieuse, par exemple Les Acharniens d'Aristophane (425 av. J-C), incitant à la paix pendant la guerre du Péloponnèse. Mais il peut être laïc et philosophique, ainsi que le montre Montesquieu dans les Lettres Persanes avec le mythe des Troglodytes, peuple imaginaire d'Arabie. Il expose à travers cette transposition fictive sa vision de l'histoire du gouvernement. On peut aussi insérer le conte philosophique dans le genre de l'apologue car il a une dimension allégorique. Le conte philosophique critique indirectement la société contemporaine de son auteur. Dans Le Vicomte Pourfendu, Italo Calvino met en scène un chevalier gênois imaginaire fendu en deux par un boulet de canon, dont les deux parties vivent séparément, l'une faisant le bien, l'autre détruisant tout sur son passage. A travers ce conte, Calvino défend la thèse que la vertu et la perversité absolues sont inhumaines. De même, Voltaire énonce dans l'utopie Candide ou l'optimisme, à travers les tribulations malheureuses du héros et de ses accolytes Pangloss et Cunégonde, qu'il y a toujours un bonheur à trouver dans le malheur. Ainsi, on peut considérer que l'apologue est un bon media pour le littérateur, lui permettant d'exprimer des opinions tout en se préservant de la censure (La Fontaine, Voltaire, Montesquieu).

L'essai

Le terme d'essai se réfère à la mise à l'épreuve de l'auteur et de ses idées. Ce type de texte a pour but de livrer des réflexions sans ordre apparent. Il expose un point de vue subjectif et engagé de l'auteur sur le monde. Nous retenons trois périodes où la littérature semble avoir permis l'expression d'opinions fortes, et où l'essai en a été une illustration. L'humanisme est un mouvement culturel et littéraire du XVIIème siècle, qui place l'homme au centre de l'univers. Les philosophes (Erasme) et les écrivains (Montaigne) humanistes croient plus en la nature et en l'homme qu'en la religion. Montaigne, avec ses Essais, donne à ce genre sa première forme. Il traduit la liberté de sa pensée en faisant abstraction des conventions habituelles de l'écriture. Une autre période riche en littérature d'essai est la période des Lumières. Courant du XVIIIème siècle qui a pour but de transformer les mentalités, les croyances, les moeurs et les valeurs, il déboucvhe sur un changement de la conception du monde. Les auteurs des Lumières comme Voltaire, Rousseau ou Diderot ont une aspiration au bonheur, à la liberté et à l'égalité, et se basent sur un idéal de tolérance. Exprimer leurs opinions était délicat à cause de la censure; ils passaient donc par la littérature de fiction. Emile ou de l'éducation de Jean-Jacques Rousseau est un essai qui a eu un fort impact sur la société féminine de l'époque. Dans ce traité, Rousseau contribue à une attitude nouvelle envers l'enfance et pose la question d' "éduquer sans dénaturer". Il adopte un point de vue très personnel selon lequel la "sensibilité est incontestablement antérieure à [l'] intelligence". Le XXème siècle met aussi en avant des auteurs d'essais. Ceux-ci revendiquent des causes plus actuelles, ainsi que le fait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, où elle lutte pour la reconnaissance des droits de la femme en analysant les formes d'assujettissement dont les femmes de son époque ont fait l'objet. Grâce à ses périodes de littérature d'essai, nous pouvons constater que ce type de texte est un autre moyen dont dispose l'écrivain pour mettre en avant ses idées personnelles de façon plus explicite.

Le dialogue

On peut trouver le dialogue dans de nombreux types de textes, mais il n'a pas toujours la même fonction. Dans notre étude il est assimilé au genre délibératif car il conseille (ou déconseille) un ensemble de personnes. Un des interlocuteurs oriente le choix de l'autre par une argumentation pertinente. L'auteur de dialogues argumentatifs use d'hypothèses et de temps formulant une éventualité. On distingue cependant plusieurs formes de discours. L'une d'elles est le discours didactique, dont le but d'un des interlocuteurs est d'exposer son savoir au destinataire. Celui-ci se contente généralement de poser des questions à l'autre pour pouvoir en savoir plus sur le sujet abordé. Corydon d'André Gide fait partie de ce genre de dialogue. L'auteur, qui fut un des premiers homosexuels français célèbres à affirmer son homosexualité en public, défend sa cause à travers ce dialogue. Il se réfère à d'autres auteurs comme Pascal et Montaigne d'une part pour montrer sa culture à son interlocuteur, et d'autre part afin de valider sa thèse. Le théâtre est un autre genre littéraire permettant à l'auteur de la pièce d'exprimer son opinion à travers un dialogue. Ainsi, Molière dénonce des défauts humains sur un ton satirique et ironique. L'Avare, Le Misanthrope ou encore Tartuffe font partie de ces comédies polémiques qui lui ont valu de nombreux ennemis. Bien avant Molière, Aristophane écrivait déjà des comédies dans le but d'exposer ses idées au public. Il écrit L'Assemblée des femmes en 392 av. J-C pour protester contre les projets des nouvelles constitutions. Que ce soit au théâtre ou dans des récits, de nombreux auteurs défendent leur point de vue également par le dialogue. Ainsi, nous avons vu que les auteurs disposent de nombreux moyens pour défendre une cause; les trois plus importants sont l'apologue, l'essai et le dialogue. On peut dire que la littérature est un bon moyen de défendre une cause car elle permet de sensibiliser les gens, les amener à se remettre en question et parfois de les fédérer à la cause défendue.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !