Lorsque Molière écrit Dom Juan, il vient d'essuyer une première interdiction de Tartuffe en 1664. La cabale menée par les dévots a influencé le dramaturge. Cette tirade permet donc en même temps à Dom Juan de mettre en évidence son système de valeur fondé sur l'hypocrisie et à Molière, à travers cet éloge paradoxal, de lui donner une portée polémique.

Introduction : Dom Juan est pressé de toutes parts, il recourt à des expédients pour gagner du temps : il vient de recevoir son père et lui a joué la comédie en l'assurant de sa conversion. Ce texte de Molière nous présente le portrait d'un hypocrite, sa particularité est que c'est Dom Juan qui se dépeint lui-même. Cette auto-analyse lui donne toute sa force. Dom Juan veut briller par son habileté devant la foi conventionnelle et grossière de son valet Sganarelle. La noirceur du personnage fait que nous nous demandons si nous sommes encore dans une comédie. Le séducteur se révèle de plus un hypocrite militant, ses talents d'illusionniste s'exercent aussi dans le domaine de la foi, le libertin n'assume pas les conséquences sociales de son athéisme et entend donner le change. Il est bien le "méchant homme" que décrit son valet au début de la pièce. Molière dénonce l'être derrière le paraître, le diable (ou le mal diabolique parce que commis en toute lucidité) derrière le masque du faux dévot.

            Sganarelle voudrait que son maitre renonce au péché mais Dom juan va lui expliquer qu'il a décidé d'être hypocrite. Sganarelle est alors scandalisé et Dom juan va lui répondre en faisant l'éloge de l'hypocrisie. Il explique d'abord qu'à son époque l'hypocrisie n'a plus rien de scandaleux : « L'hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu » (-> maxime = genre de proverbe). Dom juan profite que l'hypocrisie est à la mode pour faire de lui-même un hypocrite. Il estime qu'il est très avantageux de jouer l'hypocrite, il parle même de profession d'hypocrite. En effet, l'hypocrisie est respectée et même lorsqu'elle est découverte, personne n'ose s'y opposer et les hypocrites jouissent de l'impunité (=fait de ne pas être puni). Ensuite, Dom juan explique comment on s'y prend pour devenir hypocrite. Il faut faire alliance avec les dévots car ils sont solidaires entre eux. C'est pratique d'être hypocrite pour racheter des erreurs de jeunesse. La religion sert de bouclier aux hypocrites. Même lorsqu'ils sont connus de tous, ils jouissent de l'estime de tous. Dom juan veut se sauver (son âme) et il se réfugie dans l'hypocrisie pour y parvenir. Dom juan continuera à séduire les femmes mais désormais il le fera avec plus de discrétion. Il critiquera les autres et s'il est attaqué il sera défendu par les dévots. Il conclut sa tirade par une sorte de morale, il faut profiter des vices de son temps dit-il.

Conclusion : Il y a beaucoup de cynisme de la part de Dom juan dans cette tirade. Ce choix dramaturgique exprime la volonté de Molière de condamner la fausse dévotion. En effet, dans un monde où l'on ne peut plus rattacher le signe à une vérité du divin, seule l'éthique humaine peut garantir le bon usage des signes sociaux. C'est là précisément ce que pervertit le " faux dévot " : il sape le fondement social (l'honnêteté) en prêtant aux hommes les faux signes d'une relation avec le divin.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !

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