Maboul à zéro de Jean-Paul Nozière, aux éditions Gallimard.

Résumé

Le livre se déroule à notre époque, sur environs une année scolaire, dans une petite bourgade du nord-est de la France, Sponge (p.130), près de Dijon. Aïcha Djemaï est une brillante élève de 14 ans, qui se prépare à passer le bac. Sa mère, Zohra, gardienne du collège « Geordes Brassens », la soutient dans son projet, et voit en sa fille celle qu’elle aurait pu devenir, si elle n’était pas née en Algérie à Aïn Menara, où, aux alentours des années 1980-1985, les dirigeants de la ville avait décidé de favoriser le développement des richesses locales plutôt que les relations avec des pays étrangers. Le père d’Aïcha, Karim, ignore beaucoup de son projet, puisqu’il est souvent absent de la maison familiale (qui n’est autre que la loge du collège dont Zohra est la gardienne), à cause de son travail. Enfin, Aïcha a un frère, Mouloud, handicapé mental qui s’invente chaque jour une nouvelle identité, et fait la vie dure à sa sœur.

Le récit se construit autour de la vie quotidienne des Djemaï, de leurs difficultés à s’intégrer dans cette petite bourgade, où les habitants n’aiment pas les étrangers, les relations d’Aïcha avec son professeur de français, Monsieur Dieudonné, qui la soutient également, et lui donne des cours particuliers de temps à autres. Beaucoup de parents des élèves du collège, ne sont pas pour que ce soit des « arabes » qui soient à l’accueil ; Aïcha l’a appris en lisant des lettres qui ne lui étaient pas destinées. Depuis, elle a appris à se méfier des gens, à ne pas se fier aux apparences. Elle essaye de rester indifférente face à cette injustice, simple question de religion ou d’apparence, mais le résultat des votes tombe en mai 2006, et elle doit se rendre à l’évidence : « on » ne veut pas d’eux ici, en France.

Au fil des chapitres, Zohra raconte sa vie d’adolescente à Aïn Menara. Elle décrit ces moments difficiles, comme quand son père lui a interdit d’aller au lycée, pour pouvoir faire ses études ; quand les hommes de là bas, se sont moqué d’elle parce qu’elle envisageait de devenir professeur de français et donc de faire des études; quand la télévision, la radio et tous les moyens de communication avec le monde, ont été supprimés. Zhora n’a pas accepté cette mise à l’écart, et elle raconte à sa fille, comme une sorte de témoignage.

Cadre historique

Le récit de Zohra se situe dans la période où, en Algérie, les membres du GIA (groupe islamiste armé) exerce leur influence sur les petites villes rurales comme Aïn Menara, et force des centaines de personnes de quitter leur pays, pour partir ailleurs, loin de la tyrannie qu’ils exercent. Dans ce livre, on apprend de quelles manières les membres de cette organisation peuvent soumettre les Algériens à leurs idées et à la religion stricte islamiste, en supprimant l’antenne satellite par exemple, empêchant ainsi les gens d’être au courant des informations mondiales et en les forçant à s’intéresser aux informations nationales.

Le narrateur

Dans la quasi-totalité du livre, il s’agit d’un narrateur extérieur à l’histoire : conjugaisons à la troisième personne du singulier « Elle pensa sombrement : « Tu seras une star du foot, et moi Miss Univers » (p.29). Ces passages sont au conjugués au passé et sont entrecoupés du présent de l’énonciation (dialogues) : « Aïcha pénetra dans la loge. Elle tendit les enveloppes à Mouloud.

-« Cours donner ces lettres à maman. Elle les a oubliées. »

Le reste du livre, composé du récit de Zohra, est donc narré par elle même, « Je ne suis pas retournée au cinéma cet été là, Aïcha (p.68) ; il est conjugué également au passé, principalement à l’imparfait « … Ne croit pas Aïcha que tes grands parents étaient mauvais… ils étaient ignorants… ils ne savaient ni lire, ni écrire… » (p.72)

La réaction des personnages face aux conflits

En temps que témoignage de victime des conflits ayant eu lieu en Algérie aux alentours des années 1980, on peut considérer Zohra comme unique témoins de ces conflits.

Cette période trouble représente pour elle son adolescence, son passage d’enfance, à la vie adulte. Elle l’a vécue comme un empêchement de grandir, d’évoluer, de pouvoir espérer un avenir autre que celui d’une femme algérienne, étouffé par les mœurs strictes de son pays natal. Les actions du GIA algérien sont pour elle l’incapacité d’étudier et de pouvoir travailler, de vivre indépendamment d’un homme, à qui elle devrait en somme quelque chose. Sa réaction est donc entièrement négative face à ces conflits qu’elle ne comprend pas.

Point de vue personnel

Ce livre parle des choses dont a peur de parler, le racisme, principalement. Certaines vérités m’ont choquées, car je n’imaginais pas que le racisme pouvait être si pronnoncé en France.

Des passages expriment clairement le ressentiment des gens, face à une famille d’origine algérienne « Sondage : 63% des Français estiment qu’il y a trop d’Arabes en France. Cette opinion est partagée par une majorité de jeunes. Sans doute est-ce là l’information la plus surprenante du sondage : les jeunes, que l’on croyait à l’abri d’un jugement aussi sommaire…

Le cœur d’Aïcha s’accéléra. Il lui faisait mal. (…) Elle tourna la tête à gauche, puis à droite, comptant le nombre de personnes, employés compris, qui étaient encore présentes à la pizzéria Version Latine. Vingt-six. Aïcha calcula. 63 % de ces vingt-six personnes trouvaient qu’elle était de trop. Seize. Elle calcula encore. Deux cents élèves venaient au collège Georges Brassens. Cent vingt, en passant devant la loge, pensaient qu’elle et sa famille étaient de trop. Aïcha continua à calculer. Sa présence gênait douze professeurs et huit autres membres du personnel. Sur les mille habitants de Sponge, six cent trente la trouvaient de trop. (…) Elle mit sa main devant la bouche afin de retenir un haut-le-cœur. » (p.100) ; d’autres, comme les extraits de lettre sont plus crus et plus clairs « J’interdis que mon fils Alexis, élève de la classe sixième, traîne dans la loge pendant les récréations. Il est inadmissible que des enfants passsent leurs récrations à discuter là, sans être surveillés par un personnel qualifié et autorisé. Le danger me semble d’autant plus réel que mon fils Alexis affirme que ce local est souvent occupé par un adolescent normal dont les réactions sont imprévisibles. J’ajoute, même si c’est une opinion personnelle qui vous semblera déplacée dans ce courrier, que la loge est tenue par des Arabes. Je suis en droit de m’étonner qu’ils accèdent à des emplois de l’Éducation Nationale, alors que tant de nationaux se voient refuser ces postes. Vous voudrez bien, madame la Principale, remédier à cette insufisance pédagogique, faute de quoi je me verrai dans l’obligation d’en averir l’inspection académique.

(…) P-S : La sœur de l’anormal est une moins que rien qui s’est permis d’insulter Alexis. Pourquoi ne va-t-elle pas à l’école ? Tous les parents se le demandent. Est-ce normal qu’une smala tienne la loge ? » (p.14). J’ai bien aimé ce livre pour son « franc-parlé » qui m’a permis de prendre conscience dela méchanceté et de la bassesse du racisme. Ce livre aborde deux thèmes différents : le racisme face aux étrangers, et la violence des membres du GIA algérien, prêt à tout pour imposer ses idées.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !

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