LE
NOTAIRE DU HAVRE

 

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Monsieur Wasselin, voisin de la famille du narrateur, les Pasquier,
vient d'être arrêté par la police pour escroquerie.
Le propriétaire de l'immeuble, M. Ruaux, décide alors
d'expulser la famille Wasselin car il ne veut pas "de voleurs
dans sa maison". M. Pasquier décide d'intervenir.

"Vous
êtes M. Pasquier? Eh bien? Qu'est-ce que cela peut faire?"
- Cela
fait, monsieur, dit Papa, que je vous prie de descendre et de ne
pas troubler la paix de cette maison."
Le
bonhomme devint rouge, puis violâtre, puis noir, et l'on put
croire une seconde qu'il allait tomber, d'une pièce, écumer,
saigner du nez, mouiller ses chausses.
"La
paix de cette maison! Vous parlez de ma maison! Ma maison, monsieur,
ma maison!"
Papa
se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous comprîmes
tous qu'il était parti, sans retour, pour une colère
majuscule, une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois
d'aussi belles dans sa vie.
"Il
est possible, dit-il, que cette maison vous appartienne. Mais c'est
nous qui l'habitons et nous avons droit à la paix, nous payons
aussi pour la paix. Monsieur, vous choisissez l'instant où
le malheur s'abat sur une famille pour faire une chose très
vilaine. Et vous croyez, monsieur, que je vous laisserai faire sans
vous châtier, à ma façon?"
Petit
à petit,mot à mot, mon père élevait
la voix. C'était un crescendo bien contenu, une gradation
savante. Et le bonhomme Ruaux, saisi soudain d'épouvante,
commença de lâcher pied. Il reculait, ligne à
ligne, et bredouillait: "Mais, c'est inimaginable!"
"Oui,
monsieur, je vais vous châtier! Vous ne méritez pas
autre chose. Vous êtes laid. Vous êtes gras. Vous êtes
ridicule et bête. Vous avez le regard faux. Et même,
vous ne vous refusez rien: vous vous offrez d'être chauve!"
[...]
Notre
père était parti. Rien ne pouvait plus l'arrêter.
En vain ma mère et Madame Wasselin s'accrochaient aux basques
de sa jaquette. En vain, Madame Courtois disait: "Vous dépassez
les bornes". En vain les autres locataires, arrachés
à leur terrier, commençaient de monter les marches.
Notre père était en route pour un chef-d'oeuvre de
colère.

Georges Duhamel,
Le Notaire du Havre,
© Ed. Mercure de France

Première partie (25 points)

Questions (15 points)

I. La narration - 5 points

1. Qui est le narrateur ? (0,5 point)

2. a). Dans les propos rapportés au discours direct, ( l. 2 et 12 ), relevez les deux propositions incises du texte. (1 point)

....b). A quoi servent-elles ? (1 point)

....c). A quel temps est leur verbe ? Pourquoi ?(1 point)

3. A quel temps est employé le verbe "faire" à la ligne 11 "...une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois d'aussi belles dans sa vie"? (0,5 point) Justifiez son emploi. (0,5 point)

II. Les protagonistes - 5 points

1. a). Quel procédé de style est utilisé dans la ligne 4 au niveau des trois adjectifs qualificatifs? (0,5 point)

....b). Quelle image le narrateur cherche-t-il à donner du propriétaire ? (1 point)

2. "violâtre" :

....a). De quelle couleur s'agit-il ? (0,5 point)

....b). Donnez deux adjectifs utilisant le même type de suffixe. (0,5 point)

....c). Quelle nuance de sens ce suffixe apporte-t-il ? (0,5 point)

3. En un paragraphe rédigé et en citant le texte, montrez comment le narrateur voit son père (2 aspects). (2 points)

III. La dispute - 5 points

1. Analysez les arguments que monsieur Pasquier utilise contre le propriétaire :
- certains sont justes : lesquels ?
- d'autres sont plus contestables lesquels ? (2 points)
Quel est l'effet produit par l'emploi de ces deux derniers ? (1 point)

2. Trouvez (en dehors du texte) deux adjectifs qualifiant le comportement du père et justifiez vos choix en vous appuyant sur le texte. (2 points)

Réécriture (4 points)

1. "Il est possible, dit-il, que cette maison vous appartienne. Mais c'est nous qui l'habitons et nous avons droit à la paix, nous payons aussi pour la paix."

Réécrivez ce passage en remplaçant "nous" par "je". (3 points)

2. "En vain les autres locataires, arrachés à leur terrier, commençaient de monter les marches." (l; 27-29).

Réécrivez cette phrase en mettant le sujet au masculin singulier. (1 point)

Dictée (6 points)

Emile Zola

Le moulin du
père Merlier, par cette belle soirée d'été, était
en grande fête. Dans la cour, on avait mis trois tables, placées
bout à bout, et qui attendaient les convives. Tout le pays savait qu'on
devait fiancer, ce jour-là, la fille Merlier, Françoise, avec
Dominique, un garçon qu'on accusait de fainéantise, mais que
les femmes à trois lieues à la ronde, regardaient avec des yeux
luisants tant il avait bon air.
..........Ce moulin du père Merlier était
une vraie gaieté.

Seconde partie (15 points)

Sujet

Imaginez qu'à la suite de cette dispute, monsieur Pasquier et monsieur Ruaux soient convoqués devant la gendarmerie pour s'expliquer. Racontez cette entrevue en variant les types de discours (narratif, argumentatif, descriptif) et les manières de rapporter les paroles des personnages (style direct, style indirect...).

Consignes

Votre texte sera un récit qui constitue la suite de cette dispute.
Il inclura des passages de description. Les propos rapportés des personnages seront au style direct et au style indirect.
Chacun des personnages aura une prise de position argumentée.
Il sera tenu compte, dans l'évaluation, de la correction de la langue et de l'orthographe.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !