André Gide reprend le mythe de Narcisse en le transformant en une méditation sur la vie.
Au bord du fleuve du temps, Narcisse s’est arrêté. Fatale et illusoire rivière où les années passent et s’écoulent. Simples bords, comme un cadre brut où s’enchâsse l’eau, comme une glace sans tain ; où rien ne se verrait derrière ; où, derrière, le vide ennui s’éploierait. [...] Or Narcisse regarde, c’est le présent. Du plus lointain futur, les choses, virtuelles encore, se pressent vers l’être. (André Gide, Le Traité de Narcisse, Gallimard, 1891)

Qu’est-ce qu’un mythe ?

- Définition. Le mot vient du grec Muthos, "parole", puis "récit", et désigne, selon Pierre Grimal, "un récit se référant à un ordre du monde antérieur à l’ordre actuel et destiné, non pas à expliquer une particularité locale et limitée (...), mais une loi organique de la nature des choses". Le mythe est ainsi un récit fabuleux qui met en œuvre des êtres surnaturels et donne une dimension sacrée aux événements. On parle de mythe littéraire quand le récit où le personnage mythique est repris dans un texte littéraire qui l’ enrichit de significations nouvelles propres à la sensibilité de son époque.
- Les origines du mythe. Il est important de savoir à quelle aire culturelle appartient un mythe rencontré dans un texte littéraire :
• Les mythes qui offrent une dimension religieuse sont des récits sacrés qui mettent en scène des êtres divins et visent à expliquer la création du monde, la condition mortelle de l’homme et certains phénomènes cosmiques. Ils se transmettent oralement, mais on les retrouve dans les tragédies grecques (Antigone de Sophocle, Électre d’Euripide), dans les mythes gréco-romains (Les Métamorphoses d’ Ovide). Même la Bible contient des récits à caractère mythique.
• La mythologie gréco-romaine offre une source inépuisable de mythes littéraires : on peut citer la tragédie des Atrides qui nourrit encore au XXe siècle le mythe d’Électre.
• Certains mythes ont une dimension sociologique et puisent leurs racines dans l’inconscient collectif en prenant une valeur symbolique. On retrouve par exemple le mythe du surhomme invincible dans les personnages de super-héros (Superman, Batman).

Sens et fonction du mythe

Pour étudier un mythe, il faut prendre en compte les éléments qui en sont constitutifs, et sa valeur symbolique : "Tout mythe est un drame humain condensé. Et c’est pourquoi tout mythe peut si facilement servir de symbole pour une situation dramatique actuelle" (Gaston Bachelard). Ainsi, le mythe peut exercer :
• Une fonction religieuse : le mythe détermine les relations entre l’homme et le sacré. Le mythe d’Adam et Ève et de la chute du Paradis répond aux interrogations sur la création.
• Une fonction sociale : le mythe permet d’assurer la cohésion d’un groupe social. Parvenu à l’âge adulte, Romulus fonde la ville de Rome après avoir tué son frère.
• Une fonction morale : le mythe exprime alors les angoisses, les pulsions inconscientes de l’individu, comme le mythe de Faust.
• Une fonction esthétique : le mythe contribue à la poésie et la beauté d’un texte littéraire, en stimulant l’imagination créatrice. Orphée devient ainsi le prince des poètes.

Les variations du mythe

La permanence d’un mythe est aussi étroitement liée aux variations qu’il subit en s’adaptant aux différents contextes. La reprise d’un mythe peut ainsi s’effectuer par :

• L’expansion : il s’agit de développer un épisode existant ou d’ajouter un nouvel épisode par la création d’un personnage ou l’amplification du rôle d’un personnage secondaire. C’est ainsi que lorsque Racine compose Phèdre (1677), qui reprend le mythe de la sœur d’Ariane, épouse de Thésée, qui conçut pour son beau-fils Hippolyte une passion coupable, il s’inspire de la Phèdre de Sénèque, en inventant une intrigue amoureuse.
• La transposition formelle, ou modification du cadre spatio-temporel. L’action d’Antigone d’Anouilh se déroule en 1944, ce qui permet au dramaturge de dénoncer le régime de Vichy. On assiste à une modification du style (de la prose au vers), du registre (du tragique au comique), du genre (théâtre). Émile Zola reprend le mythe de Phèdre dans son roman, La Curée (1871).
• La réinterprétation du mythe : le mythe du double ou celui de Dom Juan offrent différentes interprétations selon les époques. Si, au XVIIe siècle, Dom Juan est l’expression de la révolte contre Dieu et les lois sociales, au XXe siècle, sa frénésie de conquêtes devient l’expression d’une angoisse autodestructrice.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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