Autobiographie de Jean-Jacques Rousseau publiée à titre
posthume en 1782 et 1789.
Le titre des Confessions a sans doute été choisi en
référence aux Confessions de Saint-Augustin, publiées aux IVème
siècle après Jésus Christ. Rousseau, qui était protestant, accomplit dans son
libre arbitre un acte catholique, celui de l'aveu des pêchés, de la confession.
Composé de 12 livres, il est souvent considéré comme le
premier du genre littéraire qu'est l'autobiographie. La première partie de l'œuvre
(livres I à VI) a été publiée en 1782 et la seconde (livres VII à XII) en 1789.

Contexte

Un pamphlet anonyme, attribué par la suite à Voltaire,
circule en France, accusant Rousseau d'avoir abandonné ses enfants, lui, auteur
d' Émile ou De l'éducation portant justement sur l'éducation des enfants.
Rousseau écrit ses Confessions pour se justifier et répondre aux
nombreuses accusations dont il est victime et auxquelles il ne sait répondre
qu'après coup. Rousseau aurait été, de plus, victime de paranoïa à ce moment de
sa vie.

Extraits notables

L'incipit
Avec l'incipit du livre : « Intus et in
cute » (à l'intérieur et sous la peau), Jean-Jacques Rousseau donne
le ton de son livre. Il s'agit de confessions intimes et au plus profond de
lui-même. La suite du préambule vient compléter cet incipit :

« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple,
et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables
un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. »

Dans les premières lignes de son autobiographie, Rousseau
nous présente un projet unique. Il entend, comme le souligne sa première
phrase, se démarquer de ses prédécesseurs. Cette œuvre ouvrira la voie à
d'autres (en préparant notamment le romantisme, avec le culte de l'intime).

Ainsi, l'auteur à travers ce livre cherche à raconter avec
le plus de sincérité possible sa vie, mais surtout à se justifier. Il entend
aussi que ces ennemis de l'époque se jugent eux-mêmes à la lecture de son
livre, comme en témoigne cette incitation, qui vient en deuxième page (en
s'adressant à Dieu) :

« Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied
de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il
l'ose : je fus meilleur que cet homme-là. »

Rousseau souhaite donc à la fois se justifier mais aussi
prouver qu'il n'est pas moins bon, si ce n'est meilleur, que les autres hommes
qui l'accusent.

Le vol du ruban (Livre II)
Cette partie des Confessions est exemplaire du
respect du "pacte autobiographique". Le texte témoigne d'un souci du
détail et de l'exactitude. Quand Rousseau entreprend l'écriture des Confessions,
il a alors 53 ans (vers la fin de sa vie, donc). Le vol du ruban, une
bagatelle, montre un effort et un souci considérable de se souvenir, alors
qu'il aurait pu oublier cet épisode. C'est une petite anecdote, mais marquante,
elle est restée imprégnée en lui. Rousseau raconte toutes les circonstances (le
fait que les biens d'une vieille femme aient été répartis), il décrit l'objet
très précisément, et dépeint avec soin le personnage de Marion (caractère,
origines - tous les traits de la candeur et de l'innocence -, rôle modeste...).
Il continue en relatant toutes les phases de l'interrogatoire et de la
confrontation qui succèdent au vol (paroles de Marion même en discours
direct) : compte rendu judiciaire.

Le vol des pommes (Livre I)
Rousseau est alors apprenti chez un maître qu'il juge
tyrannique. L'anecdote de ce souvenir qui le fait "frémir encore et rire
tout à la fois" est celui d'une chasse aux pommes. Ce passage est une
parodie épique et une référence biblique au jardin des Hespérides où Rousseau
nous explique le stratagème qu'il met en place pour voler une pomme au fond
d'une dépense. Mais il se fait surprendre par le "dragon" (son maître).
Ainsi à travers de cette anecdote autobiographique, Rousseau tente de revivre
ce moment passé avec l'intensité d'autrefois. Mais le recul de l'auteur qui a
50 ans au moment de l'écriture permet la dimension burlesque de cette chasse
aux pommes racontées comme la chasse des nobles mais avec des armes dérisoires
("broche"...). Le but est aussi d'attirer la compassion du lecteur
"lecteur pitoyable partagez mon affliction".

A partir d'une anecdote, Rousseau moraliste réfléchit sur la
conséquence de ses actes "je serai battu: soit je suis fait pour
l'être."

À noter Madame d'Épinay,
brouillée avec Rousseau, pensait que les Confessions de son ancien ami
étaient une collection de ragots parisiens et qu'elle ferait partie des cibles
de ces ragots. Tel ne fut pas le cas (Les Confessions n'ont comme sujet
que Jean-Jacques Rousseau lui-même), mais à l'aide de Grimm et de Voltaire,
elle rédigea un texte, les Contre-confessions, dans lequel, de manière
déguisée - les noms étant changés -, elle justifiait ses propres choix de vie.

On remarque que des œuvres en parties autobiographiques
avait déjà été écrites, comme Les Essais de Montaigne ou encore Confessions
de Saint-Augustin. La déclaration de Rousseau dans son incipit, « Je
forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura
point d'imitateur », porte donc parfois à débat bien que ce soit moins
l'autobiographie qui était une entreprise inédite (en intitulant son livre Les
Confessions, Rousseau fait allusion à Saint-Augustin : il sait à quoi
s'en tenir), que le fait de faire une autobiographie sans fard, qui insiste
lourdement sur des épisodes honteux.

Les enfants abandonnés
L'abandon de ses cinq enfants par Rousseau est aujourd'hui
considéré comme un fait scandaleux, à tel point que c'est souvent ce seul
épisode de sa vie que tout le monde connaît. À l'époque, le scandale est un peu
différent d'aujourd'hui, ce n'est pas tant l'abandon d'enfants (qui se
pratiquait dans toutes les classes sociales, chaque fois qu'un enfant n'était
pas désiré - né d'un adultère par exemple - ou qu'il était matériellement
impossible de s'en occuper) qui choque, mais le fait d'oser l'avouer, car la
plus grande hypocrisie régnait alors sur le sujet de l'éducation des petits
enfants : séparés de leurs parents en bas-âge, ils étaient envoyés à la
campagne chez une nourrice d'où l'on ne comptait pas nécessairement le voir
revenir. En justifiant sa décision, Rousseau explique que les enfants-trouvés
(l'assistance publique) donnaient plus de chances de survie à ses enfants. Il
démontre aussi la détresse de l'intellectuel sans fortune de son époque :
dépendant du caprice des princes qu'il côtoyait, Rousseau était, malgré son
exposition médiatique, incapable de subvenir aux besoins d'une famille entière.

Cinq fautes graves aux yeux de
Rousseau :
Son goût pour le plaisir masochiste (livre 1)
L'accusation mensongère de vol portée contre une jeune
cuisinière, Marion (livre 2)
L'abandon à Lyon de M. Le Maître (livre 3)
Le placement de ses cinq enfants aux "enfants trouvés"
(livre 8)
L'abandon de Madame de Warens (livre 9)

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Mathieu

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