Dans les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958, Gallimard), Simone de Beauvoir évoque des souvenirs d’enfance et d’adolescence :
Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Sur les photos de famille prises l’été suivant, on voit de jeunes dames en robes longues, aux chapeaux empanachés de plumes d’autruche, des messieurs coiffés de canotiers et de panamas qui sourient à un bébé : ce sont mes parents, mon grand-père, des oncles, des tantes, et c’est moi. Mon père avait trente ans, ma mère vingt et un, et j’étais leur premier enfant.

1 Définition du genre autobiographique

Le mot "autobiographie" apparaît au début du XIXe siècle en Angleterre et en Allemagne. Il est formé de trois mots grecs, désignant l’écriture (graphein) de sa vie (bios) par soi-même (autos). Ce néologisme apparaît en France en 1829 pour remplacer le mot "mémoires". Si le genre désigne encore au XIXe siècle les romans intimes racontant une éducation sentimentale ou la mémoire de la vie personnelle des écrivains, il s’impose au XXe siècle en désignant désormais un texte dans lequel un individu parle de sa vie.

2 Le pacte autobiographique (Philippe Lejeune)

L’autobiographie appartient au genre de la biographie, qui regroupe les différents sous-genres de la "littérature personnelle" : récits de vie, mémoires, journal intime et biographie. Le critique Philippe Lejeune définit l’autobiographique comme un "récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle nous fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur une vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité". L’autobiographie a ainsi pour caractéristiques :
• L’identité entre l’auteur, le narrateur et le personnage du livre, identité reconnue par la signature, le nom ou le pseudonyme.
• Le récit est recomposé "rétrospectivement" : un laps de temps s’est écoulé entre le temps de la narration et le temps réel.

3 Quelques repères historiques

Dans l’Antiquité, l’écriture de soi répond à une quête de sa vérité intérieure, à un examen de conscience. Marc Aurèle (IIe siècle) rédige ses "Pensées pour moi-même, journal intime d’un empereur stoïcien" qui expose sa philosophie. Au Ve siècle, Saint-Augustin, dans ses Confessions, raconte sa conversion au christianisme. Les Essais de Montaigne marquent au XVIe siècle une rupture dans l’écriture de soi. Il écrit vouloir rédiger "un livre de bonne foi" et y apparaître "en façon simple naturelle et ordinaire, sans contention et artifice".
Au XVIIe siècle, "le moi est haïssable" de Pascal éclipse le genre qui réapparaît avec plus de vigueur dans Les Confessions de Rousseau au XVIIIe siècle. L’écriture de soi devient véritablement autobiographie : Rousseau parle de sa vie, de son enfance et retrace la construction de sa personnalité. Sa préface établit un véritable pacte de lecture, fondé sur la sincérité. C’est au XIXe siècle que le genre autobiographique connaît son apogée. Le romantisme conduit à un certain culte du moi, et l’individu s’affirme : les Mémoires d’outre-tombe (1848-1850) de René́ (1802) de Chateaubriand, Adolphe (1816) de Benjamin Constant, La Vie d’Henry Brulard (1836) de Stendhal, Histoire de ma vie de George Sand. Après la découverte de l’inconscient par Sigmund Freud, le XXe siècle exhibera l’individu sans aucune pudeur : Les Vrilles de la vigne (1908) et Sido (1930) de Colette, les Mémoires d’Hadrien (1951) de Marguerite Yourcenar, Les Mots (1964) de Jean-Paul Sartre, W ou le Souvenir d’enfance (1975) de Georges Perec, Enfance (1983) de Nathalie Sarraute...

4 Les enjeux de l’autobiographie

Le destinataire. On en distingue généralement trois :
• Le lecteur : Rousseau s’adresse à ses semblables pour se justifier. Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. (Rousseau, Les Confessions, Livre I, 1781)
• L’auteur : il est en quête de sa propre vérité intérieure.
• Dieu : c’est le cas des Confessions de Saint-Augustin.
Les visées de l’autobiographie sont multiples : besoin de se justifier, besoin de se connaître (Rousseau, "Passant ma vie avec moi, je dois me connaître"), besoin de témoigner d’une époque, de s’engager, besoin de retrouver une sérénité intérieure ou besoin d’une contemplation narcissique.

L’autobiographie n’est jamais achevée ; c’est pourquoi elle reste un livre ouvert, où il appartient à l’auteur de retrouver la vérité de l’être.

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Mathieu

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