Série de dix-huit lettres écrites par Blaise Pascal sous un pseudonyme (ou Lettres écrites par Louis de Montalte à un Provincial de ses amis et aux R.R. Pères Jésuites), publiées entre 1656 et 1657. Une dix-neuvième lettre dont nous n'avons qu'une ébauche est fréquemment incluse avec les autres.

Contexte

Antoine Arnauld, chef de file des jansénistes depuis la mort de Jean Duvergier de Hauranne, était en désaccord avec la Sorbonne au sujet d'une bulle d'Innocent X (mai 1653). Cherchant à défendre l'un de ses amis, le marquis de Liancourt, il s'attira les foudres de la Sorbonne. Les jansénistes cherchèrent un défenseur en la personne de Pascal.

Pascal accepta, assurant qu'il savait (selon Sainte-Beuve) « comment on pourrait faire ce factum », mais qu'il ne pouvait promettre qu'« une ébauche » que d'autres se chargeraient de « polir ». Pascal commença à publier les lettres à partir du 23 janvier 1656 sous le pseudonyme de Louis de Montalte. Pascal lança une attaque mémorable contre la casuistique, une méthode morale populaire chez les penseurs catholiques, particulièrement les jésuites. Pascal dénonça la casuistique comme l'utilisation d'un raisonnement complexe pour justifier une morale laxiste. Sa méthode pour argumenter fut subtile : les Provinciales prétendaient être les Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux R.R.P.P. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces pères. Il s'adresse à un ami qui vit en province à propos des discussions sur la morale et la théologie qui excitaient les cercles intellectuels et religieux de la capitale, particulièrement la Sorbonne. Pascal allia la ferveur d'un nouveau converti et l'esprit brillant d'un homme du monde, avec un style de la prose française inconnu jusque là. À côté de leur influence religieuse, les Provinciales ont été une œuvre littéraire populaire. Pascal se servit de l'humour, de la moquerie et de la satire méchante dans ses arguments, pour permettre une utilisation publique des lettres qui influenceront plus tard des écrivains français comme Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.

Présentation

Les cinq premières lettres promeuvent les principes majeurs des enseignements jansénistes, par exemple les dogmes du « pouvoir proche » (Lettre I) et de la « grâce suffisante » (Lettre II) et expliquent pourquoi ils ne sont pas hérétiques. La lettre V (20 mars 1656) est particulièrement virulente. Ses attaques contre les autorités prennent, selon Jean Lacouture, un ton polémique tel que « Voltaire lui-même n'a jamais peut-être atteint à cette fulgurance » : il nomma personnellement et par écrit un grand nombre de personnalités. Les dernières lettres montrent Pascal davantage sur la défensive – les pressions sur les jansénistes de Port-Royal pour qu'ils renoncent à leur enseignement sont croissantes pendant ce temps – et contiennent l'attaque contre la casuistique. La Lettre XIV présente une seule excuse : « Je n'ai fait celle-ci (= cette lettre) plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte. » ce qui voudrait dire « Je voudrais avoir écrit une lettre plus courte, mais je n'en ai pas le temps. »

La série de dix-huit lettres, publiées entre 1656 et 1657 par Pierre Le Petit, choque Louis XIV, qui a commandé en 1660 que le livre soit déchiqueté et brûlé. En 1661, l'école janséniste de Port-Royal était condamnée à son tour et fermée, ceci aboutissant à la signature d'une bulle papale condamnant l'enseignement des jansénistes comme hérétiques. La dernière lettre défiait le pape lui-même, provoquant Alexandre VII à condamner les lettres le 6 septembre 1657. Mais ceci n'empêcha pas la France cultivée de les lire.

Le pape Alexandre VII, alors qu'il s'opposait publiquement à elles, était convaincu par les arguments de Pascal. Il ordonna une révision des textes casuistiques juste quelques années après, en 1665 et 1666. Le pape Innocent XI condamna le « laxisme » dans l'Église en 1679.

Mais avant cela, la position officielle de l'Église romaine était de déplorer l'aveuglement de Pascal qui ne se rendait pas compte que, par de tels écrits, il donnait des armes aux adversaires du catholicisme. On en aura un exemple dans l'Encyclopedi Catholique :

« Que Pascal ait pensé faire un travail utile, c'est toute sa vie qui en témoigne, aussi bien que ses déclarations à son lit de mort. Sa bonne foi ne peut pas sérieusement être mise en doute, mais certaines de ses méthodes sont plus discutables. S'il n'a jamais sérieusement altéré les citations des casuistes qu'il faisait, comme on l'a quelquefois accusé injustement de l'avoir fait, il les arrange un peu et de manière peu sincère; il simplifie à l'excès des questions compliquées et, dans sa façon de présenter les solutions des casuistes il se permet quelquefois de mêler sa propre interprétation. Mais le reproche le plus grave qu'on puisse lui adresser est d'avoir injustement fait tort à la Société de Jésus, en l'attaquant exclusivement et lui attribuant un désir d'abaisser l'idéal chrétien et de mitiger le code de la morale dans l'intérêt de sa politique; il a par là discrédité la casuistique elle-même en refusant de reconnaître sa légitimité voire, dans certains cas, sa nécessité, si bien que ce ne sont pas seulement les jésuites, mais la religion qui a souffert dans ce conflit, même s'il a contribué à accélérer la condamnation par l'Église de certaines théories laxistes ».

Ainsi, sans le vouloir ni même s'en rendre compte, Pascal a fourni des armes aussi bien aux incroyants et aux adversaires de l'Église qu'aux partisans d'une morale indépendante.

Les Provinciales ont été largement diffusées dès leur parution, à plus d'une dizaine de milliers d'exemplaires.

Voltaire les a jugées "le meilleur livre qui ait jamais paru en France", et quand il a été demandé à Jacques Bénigne Bossuet quel livre il aurait aimé écrire, il a répondu, les Provinciales de Pascal.

Quant à leur forme littéraire, les Provinciales sont, à leur époque, le premier chef-d'œuvre en prose de la langue française, grâce à l'humour de leur satire et à leur éloquence passionnée ».

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Mathieu

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