Résumé

Roman biographique et autobiographique écrit par Charles
Juliet, paru en 1995.

Première partie : la
vie de la mère biologique.

Aînée de la famille, elle s'occupe de ses trois sœurs. Elle
est un peu la seconde mère de la maison, allant jusqu'à travailler tard le soir
et à en tomber d'épuisement. Elle adore l'école, et obtient la meilleure
moyenne de tout le canton, celle-ci étant due à son envie de manier aussi bien
la langue que son professeur. Lors d'un voyage scolaire, elle découvre la ville.
À la fin de l'année, elle est désespérée de devoir quitter l'école. Si bien
qu'à la rentrée suivante, elle prépare son cartable alors qu'elle sait qu'elle
ne pourra pas intégrer l'école puisqu'elle doit rester chez elle. Son père,
répressif et intimidant, veut qu'elle travaille à la maison. Elle se résout à
s'éduquer par ce qui l'entoure car elle n'a pas accès aux livres. Plus tard,
elle aide une voisine et trouve une bible dans son grenier, en devient
passionnée et commence l'écriture d'un journal intime. Elle raconte la bible à
ses sœurs au cours d'un pique nique familial. Un jour, le maire vient prévenir
le père qu'il a malencontreusement coupé trois de ses sapins mais le père ne
veut pas l'excuser, ceci choquant la fille. Une haine pour lui s'installe chez
elle. Dans le village, tous les gens sont jaloux entre eux, ce qui étonne la
fille. Elle se rend souvent en haut d'une colline pour réfléchir, près du
village de H., et souhaite appeler ses enfants Florian et Geneviève. Elle
rencontre ici un jeune homme, qui habite Paris, est étudiant en vacances chez
sa tante qui habite à H. Sa famille ne sait pas la rencontre, mais la trouve
transformée. Elle veut montrer son journal au garçon mais elle a peur de le
décevoir. Un jour il ne vient pas, il a été atteint par une double pneumonie et
sa tante n'a pas réagit assez promptement, entraînant une mort par la phtisie
galopante. La famille ne sait pas la mort mais respecte la tristesse de la
fille. Plus tard, Elle rencontre un certain Antoine, le seul à avoir une moto
dans les environs. Après le mariage, ils habitent dans une ferme qui avait
appartenu à une tante d'Antoine. Il travaille désormais dans une scierie.
Jamais elle n'a osé parler de son histoire avec le jeune homme de Paris à
Antoine. Elle prend connaissance du bagnard, le fils d'un homme
soupçonné d'avoir mis le feu à une ferme, et mis au ban simplement parce qu'il
en était le fils. Elle veut le voir pour excuser la méchanceté des hommes à son
égard, et accessoirement pour lui demander un chien qu'il lui donnera. Les
naissances rapprochées de ses 4 enfants l'accablent. Elle en vient à être
triste de ne pas s'être faite encorner par un taureau. Elle tente le suicide,
est découverte presque morte par Martine, sa belle-sœur, puis est internée dans
un hôpital psychiatrique. Un médecin découvre son carnet intime, et se rend
compte qu'elle n'est pas folle du tout. Il signe un bon de sortie sous couvert
qu'elle soit accompagnée de quelqu'un pour la garder. Antoine peine à trouver
quelqu'un, elle finit par crier sa haine en graffiti sur un mur, ce qui la
condamne définitivement. Elle meurt de faim à 38 ans.

Une femme meurtrie, accablée par un besoin chronique de
parler et d'exprimer son mal-être intérieur. Elle trouvera des réconforts
succincts dans son professeur qu'elle devra quitter par la suite, puis dans un
petit ami qui mourra, et enfin dans un mari qui ne lui portera pas d'attention,
avant de crier le mal qui la ronge : "Parlez moi, Parlez moi, si
vous trouviez les mots dont j'ai besoin, vous me délivreriez de ce qui
m'étouffe.
"

Deuxième partie : vie de l'auteur.

Il est le dernier des quatre enfants, et fut recueilli par
des voisins : M. et Mme R., parents de cinq filles. Ils l'appelèrent Jean,
ou Jeannot. Il vivra dans une peur constante durant toute son enfance :
notamment celle que ses parents l'abandonnent, ou la peur d'aller chercher le
vin à la cave. Il apprend la mort de sa mère biologique à ses 8 ans, ce qui ne
l'affecte pas plus que ça. Il jure de ne plus contrarier sa mère, puisqu'il lui
avait soutenu qu'on pouvait faire sauter un pont avec une grenade, et sa mère
l'avait traité de "petit Boche". Il réussit son concours d'entrée à
l'école d'Aix en Provence, devient un petit militaire et est indigné de devoir
apprendre l'allemand, langue de l'ennemi, à l'école. Il veut correspondre avec
sa mère mais se rend compte de son manque cruel de vocabulaire, il décide
d'étudier le français du mieux qu'il pourra. Deuxième année à l'école, il
apprend la boxe et commence à apprécier la femme du chef avec laquelle il aura
une relation sexuelle. Il devient obsédée par cette femme. Il veut bien
travailler pour elle, mais il n'arrive pas à se concentrer en cours. Les
retours à la maison pendant les vacances ne sont pas terribles, il se
transforme simplement de militaire à paysan. Il vient d'avoir 15 ans et
entretient toujours une relation avec la femme du chef. Un jour, il se rend à
la maison de son père biologique pour lui demander s'il pourrait avoir un pull,
mais ce dernier le chasse de chez lui. Il tente alors de se suicider à vélo
mais il survit : il mérite de vivre. Il est marginal, reculé, rarement
d'accord avec ses amis mais n'en dit rien. Sa passion pour la boxe le quitte et
il se consacre désormais au rugby. Il finit sa scolarité et quitte sa vie d'adolescent :
la troupe, l'école, la femme du chef, cette région qu'il aimait tout compte
fait. Il entre dans une grande école et hésite entre trois métiers :
enseignant, médecin ou écrivain. Il quitte finalement l'école pour se consacrer
à quelque chose qu'il aime : la littérature. Il devient professeur de
physique-chimie mais, une femme qui avait accepté de partager sa vie, le
convainc de quitter son poste en lui disant qu'elle peut travailler pour deux.
Qu'on croit en lui l'émeut. Il est pris d'une envie d'écrire mais n'arrive pas
à coucher sur papier ce qu'il ressent à l'intérieur de lui, pris du même
syndrome que sa mère biologique. Il commence à se dégouter, à se détester à
cause de son impossibilité à réussir à transcrire sa souffrance intérieure en
mots. Un jour son père biologique lui montre une photo de sa vraie mère et il
commence à entreprendre des recherches. Il rencontre un vieux paysan qui a
connu sa mère, va enquêter auprès de ses sœurs, lis la thèse d'un homme sur L'Extermination
douce des nazis
. Pendant une nuit, il se rend compte qu'il est le fautif.
Si sa mère n'avait pas accouché de lui, elle ne serait pas morte. Il tente de
se suicider mais n'en a pas le courage. Il entreprend de faire le récit de ses
deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse.

Un jeune homme qui a hérité des cicatrices ouvertes qui
meurtrissaient sa mère biologique. Malgré l'amour procurée par une mère
adoptive qui le sauva du suicide moral, il deviendra écrivain et aura pour but
dans la vie de faire revivre la mémoire de ses deux mères, celles à qui il doit
la vie et la perduration de cette vie. Il couchera sur papier ce que ses mères
n'ont jamais pu faire, par manque d'éducation et de vocabulaire. Lambeaux
apparaît comme un livre exorciseur, un puzzle de chair, reconstitué par
l'auteur, mais dont il manque encore de nombreux morceaux.

Commentaires

Dans Lambeaux, Charles Juliet a voulu rendre hommage
à ses deux mères, l'une biologique et l'autre adoptive. Cadet d'une famille de
4 enfants, il est placé dans une famille suisse suite à l'internement de sa
mère dans un hôpital psychiatrique (à cause d'une tentative de suicide). Elle
mourra de faim le jour de ses 38 ans, victime de "l'extermination douce"
orchestrée par les nazis.

Dans la première partie du livre, il retrace les pensées,
l'hésitation, les doutes ou exprime la souffrance de sa mère grâce aux mots
qu'elle n'avait pas. À la fin de la première partie, peu avant sa mort, il
raconte comment sa mère a exprimé son besoin de vocabulaires :

« Je crève

Parlez-moi !

Parlez-moi !

Si vous trouviez

Les mots dont j'ai besoin

Vous me délivreriez

De ce qui m'étouffe »

La seconde partie est l'autobiographie de l'auteur :
son enfance, son amour pour sa famille adoptive, ses études (école militaire
d'Aix-en-Provence, service de santé militaire de Lyon puis apprentissage
autodidacte de la littérature), et enfin son "éveil à
soi-même" : après avoir vaincu sa longue dépression, il devient
écrivain et réalise enfin "combien passionnante est la vie".

Charles Juliet avait au début l'intention d'écrire ce livre
sous forme d'une "lettre" à sa mère (ce livre était un projet de
longue date : l'auteur a longuement enquêté et réfléchi sur la vie de sa
mère biologique, qu'il n'a pas connu), ce livre se présente donc comme
tel : il utilise le pronom tu, ce qui est la principale
particularité de cette autobiographie. Il le gardera d'ailleurs pour se
désigner dans la deuxième partie. À de nombreux points de vue, la construction
de ce livre rappelle des "lambeaux" même si Charles Juliet a déclaré
ne pas en avoir conscience en écrivant ce livre. La disposition des paragraphes
tout comme le déroulement du récit suggèrent en effet des fragments d'écrits,
agencés tout de fois de manière à former un tout cohérent, retraçant ainsi
l'état d'esprit des personnages.

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