1/ L’imitation d’une image : définition platonicienne de l’art

Selon la conception platonicienne, le monde est un monde
d’idées : l’Idée du cheval n’a ainsi rien à voir avec le cheval lui-même.
Elle lui est supérieure en ce qu’elle constitue son modèle. Le cheval ne sera
qu’un exemplaire parmi des milliers de l’idée de cheval. Il est ainsi de tous
les objets qui constituent le monde. La représentation qu’un artiste peut faire
du cheval s’éloigne donc encore davantage de son Idée. L’art est selon Platon
une imitation au second degré et
partant ne saurait être un gage de vérité.

On retrouve cette ambiguïté dans la fameuse représentation
de la pipe de Magritte[1].
Le peintre invite à faire le départ entre l’objet, sa représentation et le mot
qui lui est adjoint. (cf. Ceci n’est pas
une pipe)

2/ Un point de vue sur la réalité

L’artiste opère nécessairement un détour en tâchant de
représenter le monde. Il le perçoit à travers le prisme de son éducation
(familiale, historique, artistique…), de sa personnalité. Il rend une vision
nécessairement subjective de celle-ci, même lorsqu’il s’attache à une forme de
réalisme. A fortiori, quand il décrète de s’éloigner d’une conception ou d’une
représentation traditionnelle, marque-t-il une rupture avec la réalité. (cf. les courants impressionnistes,
expressionnistes et fauvistes). Ce détour opéré est une source créative sans
limite. Les surréalistes (esthètes ou poètes) exploiteront cette créativité et
la pousseront jusqu’à l’absurde, un absurde poétique qui rejette les
contingences matérielles ou historiques.

3/ Sublimation chez Freud

Pour la psychanalyse, l’art constitue une forme de thérapie.
Il permet au patient d’exprimer ses pulsions inconscientes par un médium esthétique
et de libérer ainsi l’individu du poids de cet inconscient. La sublimation est
ainsi en quelque sorte le mouvement inverse du refoulement. Par l’expression
artistique, l’individu transcende ses
pulsions (libidinales et mortelles, Eros et Thanatos) et s’en sert comme
d’une énergie créatrice libératrice. Ce pouvoir salvateur de l’art a donné lieu
à quelques hypothèses. Parmi elles, citons cette interrogation : Hitler
serait-il devenu l’homme politique que l’on connaît s’il avait pu intégrer
l’école des Beaux-Arts ? La sublimation ne lui aurait-elle pas permis de
se libérer de ses pulsions et d’appréhender l’existence et partant la politique
mondiale autrement qu’il ne l’a fait ?

4/ Détournement dans l’art

Si l’art est toujours déjà une forme de détour, qu’en
est-ildu détour dans l’art ?
Assommé par le poids de l’héritage qu’incarne la Joconde de Leonard de Vinci, et agacé par son succès (dit-on)
Marcel Duchamp[2] a donné de ce tableau des versions détournées. Parmi les plus
célèbres, on notera la « Joconde à la moustache » rebaptisée LHOOQ.
L’occasion pour le peintre de montrer qu’il était capable de maîtriser la
technique du maître italien tout en détournant malicieusement son sujet.

Parallèlement à cette démarche, il faut noter la technique littéraire de la réécriture
qui consiste à s’appuyer sur la dynamique d’un texte connu et d’en changer le
sujet afin de d’apporter un regard neuf sur la réalisation. La Fontaine s’est
ainsi inspiré de fables d’Esope (grec) ou de Phèdre (latin) qu’il a
retravaillées en vers pour constituer son recueil. Wajnberg revisite de son
côté le poème de Nerval intitulé « El Desdichado » (in Les Chimères). Son sonnet, « El
Laborado » replace le sujet dans un contexte ouvrier et dénonce les
conditions de vie de ces travailleurs du quotidien. Ce détour à partir d’un
modèle insuffle une vie nouvelle à des œuvres déjà installées.

Récemment, l’artiste
néerlandais Maurits Cornelis Escher[3] a
conçu son œuvre autour de constructions impossibles explorant l’infini et dont
les motifs se transforment graduellement en des représentations différentes.
Largement inspiré par les mathématiques, Escher élabore des constructions
architecturales impossibles mais dessinées grâce à des astuces de perspective.
(cf. Montée et descente). Une autre
série consiste dans des jeux d’ombre et de lumière qui transforment des
poissons dans l’eau en oiseaux dans le ciel. (cf. L’air et l’eau, I)

5/ La bonne distance ou le bon sens : un détour facilitant l’accès

Le principe des anamorphoses
repose sur l’idée que tout le visible n’est pas accessible directement. Les
constructions artistiques utilisant cette technique invitent le spectateur à
regarder le tableau autrement qu’à l’habitude. Certes, de face, le tableau
donne à voir une représentation concrète. Mais le vrai sens du tableau est à
chercher ailleurs, dans un autre point de vue. Ainsi le tableau d’Holbein[4], Les Ambassadeurs, tient-il un double discours. Célébrant
apparemment la grandeur du pouvoir, il cache en réalité une masse informe au
premier plan, qui, si elle est regardée de côté, laisse apparaître un crâne,
inscrivant ainsi le tableau dans la tradition des vanités. L’auteur rappelle par
cet artifice[5], combien la vie est brève
et le pouvoir illusoire. En outre, il invite les hommes au détour qui, seul parfois,
permet un véritable accès aux choses.

Dans un genre différent, Giuseppe Acimboldo[6]
peint des sujets (personnages) constitués de légumes, de fruits, de poissons ou
encore d’oiseaux. C’est le cas dans la toile intitulée Quatre saisons en une tête. Pour le Jardinier, l’effet est double puisque, regardé dans un sens, le
tableau représente une corbeille de légumes ; dans l’autre sens, la
corbeille devient un visage. Là encore, l’intérêt du tableau n’est accessible
qu’au prix d’un détour.

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Mathieu

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