Le sens art artistique est soumission à la réalité intérieure

La réalité n’est qu’intérieure

Le voyage

La déception du voyage

La découverte d’une destination inconnue s’avère toujours être une déception, l’origine de cette déception c’est l’imagination. Cf. « Nom de pays : le nom », cf le nom normand Balbec, les noms italiens : Parme, Venise, Florence, par leurs sonorités même avait fait germer des images merveilleuses dans l’imagination de l’enfant. Le voyage que fait  le narrateur à Venise dans Albertine Disparue le déçoit.

La déception sur ses retours sur ses pas

Il y a d’abord une constatation : au début du temps retrouvé le narrateur retourne à Combray et il se sent compte d’un écart profond entre le regard de l’enfant et celui d’adulte sur Combray. Pour lui sa géographie sentimentale est divisée en deux zones géographiques qu’il oppose :

  • le côté de Guermantes, rivière (Vivonne)
  • le côté de Méséglise (plaine)

Il a l’impression que ses deux côtés sont séparés par plusieurs kilomètres. Quand il revient adulte à Combray, il se rend compte que ses deux côtés lui apparaissent voisins et très similaires. Il a perdu le regard idéalisateur et créateur de l’enfant. Enfant, il imaginait que les sources de Vivonne étaient placées dans les enfers (épopée, chant VI Emeïde de Virgile). Il se rend compte que se sont finalement un vulgaire lavoir, pas très propre. Tous ses paysages d’enfant n’était pas vécu mais rêvé, idéalisé par un enfant imaginatif. Il y a un désenchantement. La cause de cette déception c’est que l’on cherche n’est pas à l’extérieur de nous mais à l’intérieur. Chercher dans le monde réel ce que l’on cherche à l’intérieur de soi ne peut conduire qu’à une déception.

Caractère a priori incommunicable de l’impression personnelle

Les impressions personnelles ne peuvent a priori être confrontées avec les impressions ressenties par d’autres personnes. Dans le temps retrouvé, à propos du journal des frères Goncourt. Gilberte prête au narrateur un volume du journal inédit des frères Goncourt où le narrateur lit un passage qui raconte une soirée chez les Verdurin à Paris. Une soirée à laquelle le narrateur a aussi participé, il ne reconnait rien dans la description des Goncourt, rien des personnes et des détails de la soirée à laquelle il a participé comme lui. Les personnes ne peuvent avoir la même perception d’un même évènement. On perçoit qu’en fonction de son propre regard, c’est lui qui crée pour nous la réalité. Aller vers le réel c’est obligatoirement une déception.

Recherché le temps perdu dans le monde extérieur « le réel » est une entreprise illusoire. La quête de la réalité ne peut être qu’intérieure.

L’autre est impossible à atteindre quelque soit les relations avec lui

L’amitié

Les relations mondaines

Les relations mondaines, purement sociales. Elles s’avèrent décevantes, le narrateur perçoit très bien le mauvais goût, la médiocrité, l’égoïsme, la frivolité des Guermantes (grande famille aristocratiques qu’il idéalise étant enfant, elle possède une maison près de Combray) son but était de rencontrer la comtesse mais elle est décevante. Il a un ami Robert de Saint-Lou qui appartient à cette famille. Il est impossible pour lui d’établir une amitié avec ses gens là alors qu’il en rêvait.

L’amitié profonde

Il a un ami Robert de Saint-lou (neveux de la duchesse). L’amitié est de grande qualité, d’intelligence, d’admiration, d’estime, mais à prendre les choses avec recul c’est une amitié froide. Au sujet de l’amitié Robert de Saint-Lou cite l’amitié « est la meilleure joie de ma vie », cependant il ne cesse de décevoir le narrateur. Il s’avère mesquin puisqu’il refuse pendant très longtemps de le présenter à sa famille et notamment à la duchesse. Il cache son homosexualité au narrateur, il est menteur. Il affecte beaucoup de froideur à l’égard du narrateur de par son côté aristocratique. L’amitié veut se faire passer pour une vertu mais elle n’est le plus souvent qu’une imposture si bien que le narrateur en vient à dire des théories radicalement négatives. Le narrateur est le porte parole de l’auteur. Le narrateur nie que l’amitié est une vertu, il la présente au contraire comme une illusion voleuse de temps et d’énergie qui crée plus de devoirs inutiles que de plaisirs authentiques.

Dans l’amitié « tout l’effort est de nous faire sacrifier la seule partie réelle et incommunicable (autrement que par l’art) de nous même, à un moi superficiel → l’amitié ne permet pas une communication entre les personnes. Le seul mode de communication authentique est donc l’art.

Dans le temps retrouvé, le narrateur écrit : « l’artiste qui renonce à une heure de travail ou à une heure de causerie avec un ami c’est qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas.

L’amour

L’amour avec l’autre

L’amour est décevant car l’imagination idéalisatrice entre en conflit brutal avec la réalité. Exemple : amour du narrateur pour la duchesse. Il tombe amoureux de la duchesse étant enfant alors qu’il ne l’avait jamais vu. Le narrateur peut voir dans l’église à Combray un portrait de la duchesse, il voit aussi représenté un autre personnage Geneviève de Brabant (personne légendaire, elle est revendiquée par les Guermantes comme étant leur ancêtre imaginaire). Il est frappé par la distance entre ce qu’il imaginait et ce qu’il voit. La narrateur croit aimer Gilberte puis Albertine, mais il ne les aime que dans la mesure où elle lui échappe. L’amour se présente souvent comme une jouissance perverse de cette frustration comme si l’amour était un amour déviant, il est déviant dans la mesure où il est pervers. Cette perversion dégénère en folie possessive. Exemple celle de Swann pour Odette, la séquestration d’Albertine par le narrateur (La Prisonnière), folie possessives qui se traduisent par la pratique sadomasochisme (le baron Charlus et la fille de Vinteuil).

L’amour du narrateur pour sa mère

Un amour excessif, infantile et morbide qui est toujours lié à l’angoisse. C’est l’angoisse de la mort. Le narrateur enfant sait plus ou moins inconsciemment qu’il va perdre sa mère un jour, qu’elle est mortel. La cérémonie du baisé est une sorte de conjuration de cette angoisse de la mort et de l’abandon. Il éprouve un sentiment de déréliction : angoisse de la mort. Il y a donc un véritable fétichisme de la mère présenté sans raison véritable comme un être exceptionnel. Ce personnage est en fait dédoublé, cette figure maternelle est divisée entre la mère et la grand-mère. C’est en fait une relation malsaine, elle ne permet pas une communication authentique.

L’être humain est par définition qui s’en va

Il existe deux types de fuites : la fuite où l’on fuit d’un lieu (Albertine sui s’échappe de la prison dorée dans laquelle veut l’enfermer le narrateur par amour). La deuxième la mort. Albartine s’enfuit, le narrateur part à sa recherche et reçoit des nouvelles d’elle en apprenant sa mort, dut à une chute de cheval. La rencontre d’autrui ne semble être que fugitive, donc fausse.

Les intermittences du cœur

Cette expression les intermittences du cœur a failli être le titre de l’œuvre, il l’a finalement gardé comme un titre de sous partie (Sodome et Gomore) elles sont dues à une double fuite : reliée à la fuite de l’être aimé et de celui qui aime, car « aucun être ne veut livrer son âme ».

Quel est le fondement de ces intermittences ? La mort, tout en nous est mortel. Le désir finit toujours par se révéler dans toute sa dérision. C’est pourquoi il ya une profonde incommunicabilité entre les êtres et c’est pourquoi le narrateur lui-même ne connait des personnages qu’il fréquente que peu de choses. On voit ici de Proust rompt avec la technique du narrateur omniscient. Le narrateur procède avec ses principaux héros à un dévoilement différé, pour lui ils portent  « 100 masques », il ne voit jamais leur vrais visages. Il y a une sorte de révélation lente. L’élément qui permet cette révélation c’est le temps, il permet de nous expliquer tous ces changements, ces inversions, ces erreurs rectifiées dans les portraits.

Le réel apparaît comme décevant, il génère cette impression de déréliction, de dégoût de la vie (taedium vitae). Dans le temps retrouvé, le narrateur insiste sur la déchéance physique spectaculaire de plusieurs personnages. Episode de la dance macabre où le narrateur qui participe à une réception où il croit que les participants se sont déguisés en vieillards, il ne les reconnait presque pas, se sont presque des cadavres ambulants.

Le rêve : Il est présent sous 3 formes

La forme onirique du rêve (rêve nocturne)

Il s’agit de celui qui est lié à l’impuissance du sommeil, c’est la forme la plus subit et la plus passive du rêve. Et pourtant le rêve nocturne est très important dans la recherche ne serait-ce que quantitativement.

Le rêve est la manifestation de la manipulation du temps, c’est une expérience d’extra temporalité.

La source du rêve est mystérieuse. Une sensation ou un évènement vécu en rêve ont parfois plus de sens et de force qu’un évènement vécu en était de veille. Le réveil : état d’incertitude où l’on doute, on se demande si on a vraiment vécu l’évènement rêvé.

Il y a  aussi une nouvelle forme du rêve qui est constitutive de la vision enfantine des choses.

L’enfant qui rêvait

Le rêve diurne qui est lié à un travail de l’imagination. En suivant la rêverie de son imagination l’enfant voit et vie le monde comme intemporel. L’enfant est comme une grande expérience d’extra temporalité. L’enfant saisi sans effort l’essence des choses et la vérité profonde des choses. Pour Proust, un enfant qui joue est un artiste en mode passif.

« Parfois ce morceau de paysage amenait ainsi jusqu’à aujourd’hui se détache sans que je puisse dire de quel pays, de quel temps, peut-être tout simplement de quel rêve il appartient » Le rêve est source de réel. Le monde est dispersé seul notre regard imaginatif ou artistique peut le réunifier. La démarche de l’artiste est de retrouver la simplicité, l’unité derrière la complexité, la multiplicité. »

Ce que nous appelons notre « moi psychologique » est pour le narrateur un « empilement d’états successifs ». Seule l’œuvre d’art réunifie le réel et suspend l’écoulement.

La foi qui crée

Par cette expression, le narrateur veut nous dire que l’imagination est la vraie source de la réalité en se plaçant du côté du créateur, de l’artiste. Cf. la technique de description de Proust, dans chap. précédent, qui fait disparaitre l’objet car on rentre en soi. L’artiste réussit la où le voyageur et l’amoureux échouent, car il comprend que le seul voyage qui en vaut la peine c’est un voyage intérieur.

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Clément M

Freelancer et pilote, j'espère atteindre la sagesse en partageant le savoir que j'ai acquis lors de mes voyages au volant de ma berline. Curieux scientifique, ma soif de découverte n'a d'égale que la durée de demie-vie du bismuth 209.

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