Introduction

Le début du Xxème siècle est la période des avant-gardes et la poésie dite moderne prend un nouveau statut, de nouvelles formes, de nouveaux thèmes et de nouveaux intérêts. Le poète qui nous concerne ici, T.S. Eliot, a une position particulière, peut-être parce qu’il devient de plus en plus fervent et que l’on ressent la foi dans son œuvre. Il nous apparaît donc qu’il prend une place singulière dans l’aréopage des nouveaux poètes par cette implication de l’âme dans la création. Notre poème, Marina, qui est écrit en 1930, se situe dans la section des Poèmes d’Ariel où les poèmes ont d’ailleurs une inspiration tout à fait religieuse. Cela dit, Marina fait écart à la règle si l’on pense au Voyage des mages, au Cantique pour Siméon ou à Animula. Le poème que nous commenterons semble, par un ton lyrique et élégiaque, parler du monde moderne, de la condition de l’homme dans ce monde et avec lui du poète.

(Nous nous servons de la traduction de Pierre Leyris)

PB : Il s’agira donc de s’interroger sur la manière dont ce poème, par l’image du bateau, peut-il être compris comme recherche d’une espérance dans une poétique universelle et métaphysique.

I) Il nous incombera dans un premier temps de nous pencher sur ce qui apparaît comme un monde ravagé et le questionnement d’une « terre-vaine »

II) Dans un second temps il nous faudra discerner le « vrai-faux » lyrisme moderne et sa subjectivité

III) Pour finir par nous demander quelle est la nature et le but de cette quête d’un monde métaphysique et d’une parole hermétique

Terre morte, « Terre-vaine » questionnée

a) Onirisme dysphorique, entre interrogations et nostalgie

-Propos inaugural : citation des questions emphatiques, lecteur sympathique (étymologie)

(Sénèque – Hercules Furieux – acte V, premiers mots) Hercules a tué sa famille pris de folie, c’est un questionnement douloureux de la vérité. Dans l’acte IV chœur des thébains : « affreux désordre de son âme »

-Anaphore du « what » (v.1,2,4) [trad. Fr. ajoute un « quelles » et un « quels » (v.3) à la place des « and » conj.] Questionnement liminaire du poème -(v.4) – « Quelles images s’en reviennent » (return) Nostalgie visuelle, images du passé qui reviennent au présent

-(v.5)– « O my daughter » [Interjection du « O » - lyrisme classique] renvoi certainement au titre du poème Marina : personnage de la pièce attribuée à Shakespeare Périclès prince de Tyr. Fille de Périclès, née sur bateau, sa mère meurt en lui donnant la vie sous une tempête. Marina est enlevée par un pirate, devient pensionnaire d’un lupanar puis son père la retrouve. Un périple de 15ans

-Onirisme désenchanté : « sommeil » (v.21) et « mi-conscient » (v.27) « mi-conscient » peut renvoyer à la folie d’Hercules mais aussi plus largement à l’esprit du poème. « sommeil » - comme inconscience, onirisme

b) « Terre-vaine », Terre morte ; Purgatoire

-Monde in suspenso, impression de terre désolée, morte : tonalité morbide ( je commente plus tard) de la 2ème strophe

-Cadre de l’océan : « Il est la véritable « Terre-vaine » » [Chap. L’océan ou l’autre terre-vaine La Relation et l’absolu ; Amélie Ducroux]

-(v.14)– « Sont devenus immatériels, réduits à rien par un brise » (engl. « unsubstantial ») In-substantialité du monde moderne ? Contexte de l’après 1ère guerre M. ? (date à la fin poème : 1930) Perte d’un horizon commun

-(v.16) – « Que cette grâce a par place dissoute » Dissolution du monde moderne, terme sans équivoque quand à ce monde détruit

-La citation latine d’Hercules Furieux, repris au v. 1 non littéralement est un questionnement sur un lieu, un monde : « quae hic locus, quae regio, quae mundi plaga ? » Eliot reprend ce canevas en le changeant un peu ; géographie « mers » ; « rives » « îles ». (v.1) + « place dissoute » (v.16)

-Terre-vaine dissolue, une terre morte stérile comme un purgatoire Dantesque

c) Musique élégiaque ;

-Elégie : genre anciennement musical, ici importance de la musique et la composition réfléchie

Notes pour la Terre-vaine : « Je crois que les éléments par lesquels la musique concerne le plus étroitement le poète sont le sens du rythme et le sens de la structure… L’usage de thèmes récurrents est aussi naturel à la poésie qu’à la musique ».

-Citation inaugurale d’Hercules Furieux reprise traduite au v.1 comme sujet de la composition -rythme cyclique : 1ère strophe et la 4ème (dernière) qui sont très proches mais avec des variations et le v.15 reprend aussi le v.3 – macrostructure de la composition en cycle - comme l'antépériphore du quintil à plan grande échelle– (style de la chanson- on a voulu voir la sémiologie rythmique du jazz, ici ça me paraît très contestable, -> 2ème strophe)

-Utilisation d’anaphores qui servent à « cadencer » le rythme [« quelles » ; « this » (v.29)] + allitération du [f] "This form, this face, this life"

-Strophe 2 : pas d’exemple comparable dans le recueil – Brutalité contenu/forme Rapidité moderniste, beauté de la vitesse [Marinetti] Cadence martelée – Anaphore du sujet en chaque début de vers (Engl.) « Those who » [en Fr. choix des verbes en déb.] (v.6,8,10,12) (je commente le contenu plus tard)

Après ponctuation faible [,] forme en –ing ; p.présent fini le vers Puis substantif « death » en rejet ; forme un vers monosyllabique (v.7,9,11,13) Alternance des vers dans un cadre répétitif de structure. Le substantif « mort » en rejet après p.présent (-ing), formant un vers monosyllabique intervient comme un coup de tambour morbide « syntaxe de l’éclair » St-John Perse

-Typographie et versification : « archi-écriture » (Derrida) De la grammatologie « espacement » ; retour à la ligne, rejet : « sublimant l’interruption » moyens mis en œuvre pour créer un corrélat objectif de brutalité, de tension et de mort

Sujet et subjectivisme du « vrai-faux » lyrisme moderne d’Eliot

a) Ethos ; lyrisme

Boileau : « Il faut que le cœur seul parle dans l’élégie »

-Construction d’un sujet lyrique, d’une subjectivité par laquelle passe les sensations (v.3) « senteurs de pin » ; « chant de grive » ; « brume » Odorat, ouïe et vue + « images » (v.4) perceptions des sens

-Ethos (v.23, 24) « I made this, i have forgotten and remember » [trad. Fr. pas « et » -« je »] récurrence du sujet se remémorant « and remember » en rejet- nostalgie (v.30, 31) parle de sa vie : « my life » d.possessif « my speech »

-Ecrit après une dépression – a joué ?

-Lyrisme ; construction d’un appel élgiaque à Marina (v.5) « O ma fille » dernier vers « Ma fille » adresse de Péricles à sa fille perdue ? (v.17,18,19) Image, visualisation « visage » ; « bras » parallélisme – « moins ; plus » adv. de degrés « less » + forme suffixale –er [le plus] (v.19) « plus loin de que les étoiles et plus proche que l’œil » (peut renvoyer à Dante, œil de Béatrice et étoile divine → La Divine Comédie ; vers comparable dans Les Hommes creux de Eliot)

3 oppositions qui disent l’éloignement physique et le rapprochement affectif ? [moins clair/plus clair ; plus fort/moins fort ; plus loin/plus proche] + question rhétorique « donné ou [bien – rajout en fr.] prété ?] opposition

-(v.29) répétition ternaire démonstratif « this » - « forme, visage, vie » [trad. Fr.+ « et voici »] reprise du thème des vers v.17 et 18 Marina décrite ou sujet lyrique ? car « this life » apparaît également (v.31) ; équivoque Problème de la référentialité de la description

b) Autobiographie et intertextualité : avatars de l’humanité ?

-Le poète utilise des avatars comme sujets- Hercules [citation de Sénèque] perdu en recherche de la vérité propos liminaire en latin et Périclès [pièce de Shakespeare] pour la plainte adressée à sa fille Marina qui prend le titre du poème

-Intertextualité savante : Personnages d’œuvres classiques – connaissance de la culture classique européenne. Connivence érudite, civilisation occidentale lecteur peut davantage (ou pas) coller à la vision de l’avatar

-Motif autobiographie du bâteau (v.26) « between one June and another Sempember » tps. Des vacances d’été – nous savons qu’Eliot faisait du bateau jeune à Cap Ann Massachusetts. Connaissance particulière du champ lexical -Vocabulaire qui montre qu’Eliot a vraisemblablement un connaissance de la voile

-isotopie technique du bateau à voile : -« proue » (v.2) -« gréage » (v.25) ensemble du matériel de propulsion sur le pont -« beaupré » (v.22) mât qui pointe devant -« virure de gabord » (v.28) [nous reviendrons dessus] -« vergues » (v.33) [idem]

-En mêlant motif autobiographique et usage d’avatars de héros classiques, alliant référence au bateau pour la personne réelle d’Eliot mais aussi de Périclès (voyage en bateau de 15ans) et de Hercule on peut penser : universalité

Topos du bateau qui sert de canevas à un « jeu de chaise musiscale » des subjectivités. Eliot par-là même recherche un lyrisme universel ?

-C’est le sujet lyrique tel que - [Figure du sujet lyrique – D.Rabaté (dir.)]

- « conjurer la condition humaine et donner à la souffrance une voix » Philippe Beck, revue poésie n°136, Réalité, monologue et subjectivité dans la Poésie moderne du Xxème siècle [concept d'intersubjectivité Kantienne]

- Jung – Poète médiateur des éléments de l’inconscient collectif

Quête d’un monde métaphysique et d’une parole hermétique

a) Le voyage de l’homme-bateau vers l’espoir ?

-Premier vers« Quelles mers » reprenant la citation de Sénèque

- (v.2) « quelle eau lapant la proue » - animalisation de la mer, p.présent : action entrain de se faire ; navire entrain d’avancer- décor planté

-Pas de mention de l’océan, du bateau etc avant le v.22 « Le beaupré craqué par le chaud, la peinture craquée par le gel » Parallélisme de « craqué » mais opp. Par la raison : chaud/froid Le bateau semble mal-en- point

-(v.25) « gréage flanche » ; « voiles pourries » - embarcation défectueuse -(v.28) « La virure de gabord fait eau, les coutures veulent de l’étoupe » Peut être compris comme la métaphore filée du poète et avec lui du monde moderne ?

Expressions courantes : « Le bâteau prend l’eau » ; « embarqué sur le même bâteau » Topos courant

-« Les coutures veulent de l’étoupe » - Fils de lin ou chanvre pour colmater les brèches image d’une navire qui coule qu’il faut réparer, le monde qu’il faut conserver

-(v.33) « towards my timbers » - « mes vergues » - d.possessif avec terme technique bateau alors que les termes techniques avec articles (« le gréage » ; « la virure ») homme-bateau ?

-Espoir : (v.32) « L’éveil, les lèvres ouvertes, les nouveaux navires » « éveil » - sortie du sommeil, de l’inconscience dysphorique « lèvres ouvertes » - béatitude ? attente heureuse ? « nouveaux navires » - confirmation de la métaphore – monde « nouveau »

-Amelie Ducroux : le voyage est un déplacement dans le Tps. et l’espace qui « suppose un changement du « moi » » - Image du sillon comme un passé, le présent comme moment du poème (progression du poème = progression du bateau) et l'horizon incertain comme le futur

-Frédéric Fladenmuller, La voix neutre du chaos : étude sur la compléxité des textes modernes Si l’océan est une Terre-vaine : Chap.4 : « Qu’est qu’une terre vaine sinon un autre Topos narratif, un lieu de purgation et de réstauration de l’ordre ? »

Donc l’océan suppose d’arriver « à bon port » ; « ordre » restauré Du purgatoire au paradis : schéma Dantesque – traverser la mort, accomplir la quête

Ce vers est le dernier (sans compter la reprise cyclique des premiers vers) – Espoir ? d’un nouveau monde et un nouveau moi (A.Ducroux) mais le cycle musical referme le poème → Tonalité angoissante, cloisonnante, ambivalence du sentiment final

b) Recherche d’une métaphysique « extratemporelle »

L’océan, s’il est une terre- vaine, lieu « extratemporel » (Proust)

-Amélie Ducroux : - « L’océan apparaît comme le lieu de la création poétique, le lieu relations libres. Il n’a pas d’âge, contient tous les temps » - « Si le fleuve semble représenter la durée, l’océan est quant à lui un symble du temps éternel »

-(v.30) « Vivant pour vivre en un monde de temps par delà moi » Polyptote de « vivre »  → p.présent (forme -ing) et infinitif (aspect intemporel) dit la différence de « vie » [vie « temporelle » (terminologie Catholique) et vie « extra-temporelle » : «  un monde de temps » et un monde que l’on peut comprendre comme métaphysique par l’expression « beyond me »

-Eliot a suivi les cours de Bergson à Paris théorie du temps : opp. temps scientifique/ « durée » (intuition du tps à la conscience, Bergson le développe dans La pensée en Mouvement ; L’évolution créatrice) Bergson dit que nous avons une tendance Zénoniste à concevoir le temps

Zénon : présocratique – logique étrange du temps (à voir...) Poètes sensibles : P.Valéry, Le cimetière marin : « Zénon, cruel Zénon »

-(v.30) « let me » puis rejet du verbe « resign » (v.31) « résigner ma vie pour cette vie, ma parole pour l’imprononcée » (« that unspoken ») même idée : opp. « ma » d.possessif / « cette » démonstratif (my/this) ; différenciation vie temporelle pour une vie métaphysique Parole prosaïque pour un langage qui dépasserait le dit ? « that unspoken »

-Difficulté de saisir le sens, caractérisation du style métaphysique [transition] – Eliot, The Métaphysical poets : « Il apparaît comme vraisemblable que les poètes, à notre stade actuel de civilisation doivent être « difficiles » […] Le poète doit englober de plus en plus de choses, procéder de plus en plus par allusion et par touches indirectes […] Nous avons là quelque chose qui ressemble beaucoup à la métaphore des poètes métaphysiques ».

c) De l’Hérmétisme à l’herméneutique – un style moderne

-Hugo Friedrich – Structure de la poésie moderne, Chap. La poésie européenne au Xxème s. « L’interprétation d’un poème moderne doit nécessairement s’attarder beaucoup plus longuement aux techniques de l’énonciation qu’aux contenus, thèmes et motifs »

-Il faut relativiser cette citation (position structuraliste) car – biographie et lien avec le monde moderne certainement et intertextualité qui servent au sens

-Cela dit : volonté d’un poème « difficile », cet hermétisme peut nous dire également autant que le contenu. Le lecteur se confronte à un « verrouillage » (Eliot)

-Style de l’« incongruence », style « baroque » de juxtaposition d’ « images surprenantes »

Conrad Aiken, T.S. Eliot – The man and his work : « Je pense donc que le poème doit Etre considéré et qu’il s’offre généreusement comme une succession de perceptions et De sensations aiguës, singulières, vaguement reliées entre elles […] violemment Juxtaposées (à des fins de dissonance), pour nous donner l’impression d’une Conscience profondément moderne […] se percevant non comme une unité mais Comme un corrélat ou un conglomérat fortuit de fragments qui déteignent les uns sur les autres ».

-(v.1,2) décor de l’océan, d’un cadre maritime puis (v.3) c’est l’image du bois brutalement « scent of pine » ; « woodthrush » (grive des bois [pas de trad. Fr.]) passage d’un univers, d’une émotion, d’un ressenti à un autre spatialement (Fait penser à Apollinaire → Zone)

-Fragmentations d’images – imagisme (images concrète pour exprimer l’abstraction où les faits causals empiriques sont troublés) [Ezra Pound -> maître d'Eliot)

-(v.20) « Murmures, petits rires entre le feuilles et les pas pressés » foule caractérisée dépréciativement : « small laughter » ; « hurrying feet » Puis violemment le v.21 change d’image : « sous le sommeil, là où [toutes] (je trad.) les eaux se mêlent » (meet – se recontrent ?) dissonance de l’incongruence, labilité des images

-H. Friedrich : « La poésie moderne impose à la langue cette tâche paradoxale d’exprimer une signification et en même temps la cacher »

La métaphore

Bestiaire de la 2ème strophe : « chien » ; « oiseau-mouche » ; « soue » (archaïsme : étable de porcs) ; « l’extase des animaux » difficulté de la référentialité, métaphores in abstentia, verrouillage volontaire images cryptées car absence du comparé, seul reste le comparant.

-Nous pouvons trouver une herméneutique qui soit satisfaisante dans une relation à la modernité ? (mention de la date à la fin du poème) « aiguisent la dent du chien » - belliqueux ( entre-deux guerre) « rutilent des gloires de l’oiseau-mouche » - pavoisent, se vantent « croupissent dans la soue » - animalisation de l’homme ? guerres (tranchées) « Subissent l’extase des animaux » - je ne me prononce pas.. (aha)

-Nous pouvons aussi y voir les pêchers capitaux (la mort chez Eliot est souvent liée à la perte de la foi « Dieu est mort » (Nietzsche)

-Jeu métalittéraire : « meaning » ou « signifiant » → dit au lecteur qu'il n'a pas nécessairement besoin de comprendre la métaphore, il faut qu'il ressente l'image et qu'il sache que cela signifie « mort » métaphore filée du bateau est comprise car Topos

-H.Friedrich : «  La métaphore ne naît pas du besoin de ramener l’inconnu au connu » perte de la valeur analogique ; difficulté, devient alors une métaphore que l’on peut appeler « substantielle », toute puissance de Demiurge qui a sa propre substance évocatrice

-La poésie « difficile » ( « pousser la figure rhétorique jusqu'au point extrême de la faculté d'invention » Eliot) va de pair avec la métaphysique des poètes comme le dit Eliot et comme nous l’avons vu dans le poème. Comment comprendre cette recherche eu égard à notre problématique ?

-L’hermétisme qui suppose cette herméneutique délicate peut être comprise, au regard du poète moderne qu’est Eliot, comme distance avec le monde moderne L’homme, parmi les théories scientifiques de plus en plus poussées (« théorie des Explosions cosmiques, les calculs par années lumière » [H.Friedrich]) devient au Rang de « hasard » dépourvu de toute signification. L’hermétisme poétique Permet donc à l’homme de pénétrer le monde métaphysique pour sauvegarder sa condition et sa liberté

Conclusion

Eliot recherche une espérance dans la poésie qui pourrait résorber le plainte du monde. Par sa difficulté, la poésie d’Eliot a choisi le moyen de percer l’irréel par l’hermétisme. Le maigre interstice par lequel on saisit le poème l’est par le style imagé et les sensations convoquées par les usages d’une poésie moderniste, polyphonique, incongrue, dont on parvient tout de même à comprendre le sens ; c’est l’idée du corrélat objectif que développe Eliot dans The sacred wood, essays on poetry and criticism dans le chapitre Hamlet et ses problèmes. Il reproche à Shakespeare de ne pas assez rendre compte du sentiment par l’équilibre du sens et de la forme. Notion abstraite qui devient claire à la lecture d’Eliot. La poésie d’Eliot oscille parfaitement entre la volonté d’un lyrisme universel, d’une intersubjectivité et de l’autre côté un hermétisme que certains peuvent trouver autotélique. Mais l’hérmétisme peut également laisser chacun avec l’altérité qui le traverse et c’est aussi ce que soulignait T.S. Eliot qui voulait que le rapport poète/poème soit différent que le rapport lectorat/poème. Marina semble donc un poème qui rentre tout à fait dans une vision eliotienne de la recherche d’une poétique, à la fois moderniste et à la fois universelle. C’est une quête d’espoir, de renouveau -par le topos du bateau- et d’espace libre et métaphysique que seul peut atteindre la poésie face au monde moderne dépouillé de toute foi.

Vous avez aimé l’article ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (Aucun vote)
Loading...

Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !

Vous avez aimé
cette ressource ?

Bravo !

Téléchargez-là au format pdf en ajoutant simplement votre e-mail !

{{ downloadEmailSaved }}

Votre email est invalide