L’importance relative de la mémoire

Elle fait progresser le narrateur vers une vocation d’écrivain, elle est importante mais insuffisante à elle-même. La félicité que le narrateur ressent n’est pas provoquée par la substance du souvenir mais par le mécanisme mémoriel en tant que tel. Ce mécanisme apporte l’évidence qu’il existe une vie intérieure qui échappe au temps. Le narrateur accumule des expériences diverses : l’expérience amoureuse, du voyage, des tentatives de créations artistiques. Toutes ces expériences sont décevantes. Ce souvenir est celui d’une vie décevante synonyme de désespoir (d’absence de perspective), il n’apporte rien. Si le contenu de la mémoire est stérile, la mémoire involontaire en tant que mécanisme est une porte d’accès à l’éternité.

Diné de tête, le narrateur est malade, il découvre par le spectacle des autres qu’il est aux portes de la mort (il se rend compte que les autres ont vieillis et lui aussi).

En buttant sur les pavés inégaux de la cour de l’hôtel de Guermantes, lui fait revivre son déséquilibre qu’il avait vécu lors de son voyage sur les marches à Venise. Quelques minutes après, un mettre d’hôtel apporte au narrateur un plateau avec dessus une serviette, le touché de cette serviette provoque une réminiscence qui lui renvoie au touché du linge de l’hôtel lors de son voyage à Baldec. La 3èmeréminiscence est provoquée par le bruit d’une cuillère qui teinte sur une assiette et qui fait remonter en lui le bruit que faisait un chemineau en tapant sur une barre de fer sur la roue de la locomotive lors d’un voyage en train.

« Hors cette cause (de la félicité), je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions qui avaient entre elles ceci de commun, que je les éprouvais à la fois dans le moment actuel est dans un moment éloigné où le bruit de la cuillère sur l’assiette, l’inégalité des dalles, le goût de la madeleine allaient jusqu’à faire empiéter le passé sur le présent, à me faire hésiter à savoir dans lequel des deux je me trouvais » Le narrateur « se sent comme un être (écrivain qui est le contraire de l’homme du monde) qui n’apparaissait que quand par une de ses identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il put vivre, jouir de l’essence des choses c’est-à-dire en dehors du temps ». « Situé hors du temps, que pourrait-il craindre de l’avenir ? »

La phrase proustienne

C’est une prose déroutante mais pas obscure. Le contenu factuel, les évènements sont banals, « réalistes ». La phrase proustienne est classique, elle respecte les procédés du discours et les rhétoriques les plus classiques mais des phrases déroutantes. C’est aspect déroutant n’est pas du au style de la phrase mais c’est la nature grammaticale de la phrase qui est déroutante. La « recherche » n’est pas intellectuelle ni existentielle, c’est une réflexion personnelle. Elle se fait à l’insu de celui qui la fait. Le narrateur croit toujours trouver une expérience radicalement nouvelle, importante, qui va donner un sens à sens, mais il ne toujours pour finir que le banal, le journalier. Il accumule les expériences « en vain » et celui crée chez lui un sentiment d’ennui, d’absence d’horizon, de « déprime douce » qui donne à sa vie une sensation d’absurde (cf. ennui). « Tædium vitae » → sentiment de trop plein, d’écœurement de la vie. La recherche du narrateur aboutie à cet état intérieur indéfinissable qui ne peut être rendu que par le récit de soi-même, de son aventure intérieure. C’est cette prose qui rend la phrase proustienne déroutante, Proust veut nous faire ressentir un sentiment de pesanteur, un sentiment de zigzaguement, d’accumulation… le volume est nécessaire à sa compréhension. Le livre est long car la vie est longue. Ce qui est vrai pour le livre est vrai pour la phrase, mais cela ne tient pas au nombre de mot. La phrase semble courte car Voltaire accumule les verbes d’actions. Chez Proust à l’inverse, on a peut de verbes (bcp de noms, d’adverbes et adj qui ralentissent le débit). Il emploi des verbes d’état plus que d’action. Il utilise aussi les propositions subordonnées et il emploi beaucoup aussi les parenthèses ou les tirets droits. La phrase Proustienne semble être très statique comme si le sentiment de durée est une donnée in évacuable de se moment et tout dans la phrase doit la faire ressortir. C’est  un roman lumineux, qui traduit une fois dans l’art, il y a une base continue fondamentale et la phrase essaye de le dire. La structure de la phrase sert à exprimer l’apesanteur mais aussi  l’illimitation. Proust part d’un nom, ce nom renvoi à un objet banal du quotidien. La phrase est toujours enchâssée dans le quotidien. Autour de ce nom, il va disposer un certains nombre de déterminants et de qualificatifs qui fait qu’à la fin on ne sait plus de quoi il était question. Proust s’ingénie à surdéterminer à en exprimer toutes les qualités, les facettes d’un objet et à la fin il le fait disparaitre, il le fait disparaitre non pas en le niant mais en l’examinant. La description proustienne réduit à néant les objets décrit. Il nous propose une expérience de contemplation (il nous propose pas une description réaliste). La madeleine c’est pour lui « un coquillage si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot ».

L’importance de la métaphore

La métaphore c’est le seul mode réel d’expression selon Proust.  Le mot métaphore signifie en grec : transport, transfert, transposition. La métaphore consiste à exprimer le sens d’un mot par l’emploi d’un mot différent de façon que le sens de ce deuxième mot soit transféré dans le premier, et qui vienne ainsi compléter le sens du premier. C’est un procédé du langage commun, en littérature elle est très vite devenue d’ornement un peu banal. La métaphore n’est pas secondaire chez Proust. La métaphore sert à superposer une sensation à une autre sensation surgie de la mémoire ou même de l’imagination. La métaphore présente le même mécanisme que la réminiscence.

Tous les objets dont nous faisons l’expérience, rencontrés dans le monde sont autant de signes qui nous renvoie au monde intérieur → la métaphore c’est le seul moyen d’approcher de près une expérience authentique, d’exprimer une réalité intérieur à priori incommunicable. La métaphore est plus efficace que la description réaliste du roman classique. C’est le moyen de construire une œuvre d’art (un roman) en arrêtant la fuite du temps. Ce que nous nous appelons la réalité est entrainé dans un écoulement sans fin, de changement sans fin. La littérature dite réaliste qui prétend se modeler sur la réalité en se contentant de la décrire de manière objective est en réalité mensongère. Par la métaphore, l’écrivain tire de la réalité deux éléments distincts mais qui présente une analogie, et il les combine en un objet nouveau qui est un objet littéraire, et c’est cet objet que l’on appel la métaphore. Le rapport ainsi établie entre les deux sensations différentes les fixe, les immobile entre des objets réels donc fragiles, transitoires deviennent ainsi un objet littéraire stable et universel. La sensation que veut communiquer  la métaphore est en fait la traduction de l’essence profonde des choses.

La métaphore c’est le procédé technique par lequel l’œuvre d’art lutte victorieusement contre la fragilité des apparences, la mortalité des êtres vivants, l’instabilité de la vie psychologique → contre l’érosion du temps. Elle crée consciemment et durablement ce que la réminiscence donne de manière involontaire et temporaire c'est-à-dire l’extra-temporalité, l’essence secrète et éternelle des choses, leur seule réalité véritable et digne d’intérêt.

« La grandeur de l’art véritable, c’était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître, cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d’épaisseur et d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquons fort de mourir et qui est tout simplement notre vie. La vraie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue c’est la littérature. »

Il faut se délivrer de nos chaînes et nous dire que cela est une illusion (cf. la Caverne de Platon) la réalité est autre part. La perception que nous donne la réalité, les images nous donnent une fausse réalité, des illusions.

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Agathe

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