Introduction

La première littérature écrite en français sur le continent africain fut le fait des explorateurs, des missionnaires et des aventuriers du XIXe siècle, qui voulurent témoigner de leurs expériences africaines et qui, de ce fait, dressèrent un tableau, souvent incomplet, partial et caricatural, des aspects folkloriques et traditionnels de cette région du monde.

Ces récits constituent surtout un témoignage sur les difficultés de la pensée européenne à appréhender un continent africain mystérieux, voire incompréhensible. Les premiers auteurs noirs de langue française, à partir des années 1930, écrivirent en quelque sorte pour contrer ce flot de textes, avec le souci de préserver l'identité culturelle de leurs pays et de dénoncer les effets destructeurs de la colonisation sur les civilisations africaines.

C'est la naissance du roman francophone. Grâce à ces écrits il est possible au lecteur de voyager d'un continent à l'autre sans se déplacer de chez soi. Ils permettent de mieux comprendre la position des occidentaux mais aussi des africains, soucieux de préserver leurs traditions.

En soit, le roman francophone permet de mieux assimiler les différentes culture. En nous basant sur les trois œuvres analysées, nous mettrons en évidence le choc des cultures d'un point de vu strictement pratique, pour ensuite entamer un voyage spirituel des protagonistes ayant découvert l'occident. La fin du voyage sera finalement dépeinte grâce au sort que réserve l'avenir à nos héros.

Opposition entre deux univers

1. La confrontation de deux styles de vie

Les trois romans francophones étudiés mettent en évidence la découverte d'un monde parallèle : l'occident. C'est ainsi qu'ils n'hésitent pas à montrer les divergences existantes entre des conceptions de la vie totalement différentes.

Ce voyage montre d'une part une culture prônant le capitalisme, la recherche scientifique ainsi que la technologie et d'autre part il expose un style de vie misant sur le spiritualisme, les traditions ainsi que sur l'autosatisfaction. Nous retrouvons dans chacune des œuvres la confrontation brutale des univers. Ainsi Fara, le protagoniste de l'oeuvre Mirages de Paris, ressent cette différence dès qu'il débute la visite de Paris. Cette ville est gigantesque, démesurée, et fortement peuplée de sorte qu'il se heurte à une nouvelle dimension inconnue :

« La foule surtout étonnait ; ces millions d'hommes qui marchaient inlassablement faisaient prodigieux, comparés aux foules d'Afrique, à densité d'autant insignifiante que partout autour d'elles les horizons étaient ouverts sur des places infinis. »

Cette grandeur parisienne est d'autant plus accentuée lorsque Fara nous décrit la hauteur des immeubles ainsi que l'étendue des Champs-Élysées. Il est issu d'un milieu où la démesure et la nudité sont inexistantes, d'où la focalisation sur le Lido qui représente la France affranchie et moderne. Cette évasion loin de chez lui est toujours accompagnée d'un contrepoids, car cette abondance se traduit aussi par une mise en marge des individus différents :

« Cette immensité d'hommes blancs le troublaient. Ce fut la première fois de son existence qu'il eut une aussi forte sensation de son être et de sa couleur ».

Un sentiment semblable s'était aussi emparé du fou dans L'aventure ambiguë. Bien qu'il ne le dise pas clairement, le personnage ressent fortement la différence qui le sépare des européens. Dès son débarquement il est saisi d'une « angoisse indicible » qui crispe son corps mais aussi son cœur. La découverte d'un nouvel univers se traduit à cet instant par un malaise physique :

« Sous moi, mes jambes étaient molles et tremblantes. Je ressentis une forte envie de m'asseoir ».

Tout comme pour Fara, la découverte de cet environnement inconnu perturbe le fou, car la démesure et le luxe qui l'entourent, lui sont inconnus :

« Alentour, le carrelage étendait son miroir brillant où raisonnait le claquement des souliers. Au centre de l'immense salle, j'aperçus une agglomération de fauteuils rembourrés. Mais à peine mon regard s'y était-il posé que je ressentis un regain de crispation, comme une insurrection accentuée de tout mon corps. Je posai mes valises à terre et m'assis à même le carrelage froid. »

On note par ailleurs l'utilisation de l'adjectif « froid » qui montre bien l'absence de chaleur et de protection à laquelle il était habitué en Afrique. Il découvre un nouveau monde dont les habitudes dépassent de loin son expérience personnelle. Ce voyage vers un nouvel horizon se traduit aussi dans Le Gone du Chaâba mais à un niveau différent.

Bien que le héros ne soit pas issu d'un autre pays mais d'une autre culture, il découvre une France scindée en deux parties : celle du français bourgeois et celle de l'immigré. Le choc entre les deux univers est d'autant plus violent vu qu'il se traduit sur un niveau matériel. Ainsi il remarque assez tôt que le français réside dans de vastes maisons finement décorées tandis que l'immigré, faute de moyens financiers, doit se contenter d'un « baraquement » :

« Je sais bien que j'habite dans un bidonville de baraques en planches et en tôles ondulées, et que ce sont les pauvres qui vivent de cette manière. Je suis allé plusieurs fois chez Alain, dont les parents habitent au milieu de l'avenue Monin, dans une maison. J'ai compris que c'était beaucoup plus beau que dans nos huttes. Et l'espace ! Sa maison à lui, elle est aussi grande que notre Chaâba tout entier. […] Moi j'ai honte de lui dire où j'habite. »

Ce voyage au sein même de la république présente l'inégalité existante en France. Azouz, le protagoniste de l'œuvre, est forcé de constater qu'il ne fait pas partie intégrante de la société française. Au fur à mesure que le récit progresse le lecteur en est de plus en plus conscient.

Cette expédition visant à opposer l'occident au continent africain est un sujet récurrent à travers les trois livres. Bien que nous ayons montré que l'exploration d'un autre environnement est toujours accompagnée d'un choc, il est intéressant de se focaliser sur l'école républicaine, qui sur base de sa laïcité et de son statut, forme les élèves de façon équitable.

2. L'école, un lieu d'assimilation et de différence

Ainsi les protagonistes sont plongés dans un univers scolaire qui leur est inconnu. Grâce à ce voyage ils découvrent petit à petit les différences existantes entre les cultures. La définition même de l'école incorpore la notion d'enseignement neutre en matière de religion, de politique et de philosophie.

Cela dit les cours dispensés au sein de ses institutions sont adaptés aux français européens et non pas aux étrangers. Ainsi il n'est pas étonnant de voir certains problèmes sociaux apparaître dans les romans. En effet dans le Gone du Chaâba, l'établissement scolaire républicain tente à maintes reprises de franciser Azouz, afin que ce dernier soit finalement conforme au modèle du citoyen hexagonal. Cette métamorphose débute avec l'apprentissage d'un vocabulaire français correct, dont le héro ne contrôle pas les bases :

« - Azouz ! autorise M. Grand. - M'sieur, on a aussi besoin d'un chritte et d'une kaissa! - De quoi ??! fait-il les yeux grands ouverts de stupéfaction. - Un chritte et une kaissa! Dis-je trois fois moins fort que précédemment, persuadé que quelque chose d'anormal est en train de se passer. - Mais qu'est-ce que c'est que ça? Reprend le maître amusé. - C'est quelque chose qu'on se met sur la main pour se laver…Un gant de toilette? - Je sais pas, m'sieur […] - C'est bien ça, dit-il. C'est un gant de toilette. Et vous, vous dites une kaissa à la maison? - Oui, m'sieur. Mais on l'utilise seulement quand on va aux douches avec ma mère. - Et un chritte, alors, qu'est ce que c'est? - Et ben, m'sieur, c'est comme beaucoup de bouts de ficelles qui sont entortillés ensemble et ça gratte beaucoup. Ma mère, elle me frotte avec ça et je deviens même tout rouge. - Ça s'appelle un gant de crin, conclut-il en souriant. »

L'intégration passe ici par une acquisition correcte de la langue qui est l'élément clef nécessaire à une réussite au sein de la société française. Le père du protagoniste l'a compris depuis longtemps déjà :

« Je préfère que vous travailliez à l'école. Moi je vais à l'usine pour vous, je me crèverai s'il le faut, mais je ne veux pas que soyez ce que je suis, un pauvre travailleur ».

 Outre cet aspect positif de l'école il ne faut pas négliger le revers de la médaille. En effet l'analyse de cette exploration du système républicain montre que l'assimilation s'accompagne malheureusement d'une mise en évidence des dissemblances et des incompatibilités entre les cultures.

 Ainsi L'aventure ambiguë se concentre tout particulièrement sur cet aspect. Se pose la question de l'incompatibilité avec les mœurs ancestrales auxquelles les africains sont tout particulièrement liés. L'école coranique dont est issu Samba Diallo prône les valeurs spirituelles et l'autosatisfaction tandis que le but de l'école française est de préparer les élèves au capitalisme afin d'obtenir un niveau de prospérité matériel élevé :

« Si je leur dis d'aller à l'école nouvelle, ils iront en masse. Ils y apprendront toutes les façons de lier le bois au bois que nous ne savons pas ».

Le voyage au sein de « l'école nouvelle » est donc très problématique, car on ne veut pas brader l'essence même de la culture africaine et s'adonner à la perversion matérialiste de l'occident. La grande question est donc :

« Avons-nous encore suffisamment de force pour résister à l'école et de substance pour demeurer nous-mêmes ? »

Les péripéties de Samba Diallo, sont évidemment celles du peuple africain et de tous les peuples colonisés, soumis à l'acculturation.

L'étude du système scolaire nous a ainsi permis d'exposer les divergences entre les cultures. Les protagonistes prennent par conséquent conscience de l'incompatibilité des deux univers. Elle se manifeste aussi bien au niveau spirituel que matériel.

Il ne nous reste plus qu'à se concentrer sur le lien sentimental pouvant exister entre deux individus d'origine foncièrement opposée. On dit souvent que l'amour peut surmonter les obstacles les plus difficiles.

3. L'amour, un remède impuissant

Bien que le lien, qui noue Fara et Jacqueline soit très intense, il est sans cesse ébranlé par le regard et les préjugés des occidentaux. Nos deux amants sont donc obligés de prendre de nombreuses précautions qui nuisent à leur relation :

« On arrivait près de l'immeuble qu'habitaient les parents de Jacqueline. Par mesure de prudence, on fit arrêter le taxi ; elle descendit seule… »

En s'engageant, les deux protagonistes se lancent dans un périple à grande complexité, car dans une société occidentale où l'africain n'est que toléré, comment un couple mixte peut-il survivre ? Jacqueline le sait bien et c'est d'ailleurs pourquoi elle hésite longtemps :

« Jacqueline avait réfléchi sur sa conduite ; elle avait même pris la résolution de couper court à cette aventure. […] Dans leurs sortirs, des gens les dévisageaient d'une étrange façon ; chez les uns, c'était un peu de surprise […], d'autres, manifestaient de la tolérance ; chez tel spontané, on remarquait une réaction non dissimulée […] il regardait de pied en cap et de cap en pied le nègre qui jouait « au bourgeois » avec une compagne blanche, lui décochait un ricanement narquois ou essayait de le foudroyer d'un regard courroucé ».

La découverte d'un amour défendu se déploie pleinement lorsque la famille de Jacqueline refuse sa liaison avec Fara. En effet, son père pour qui elle avait un très grand respect, se révèle être une personne raciste, hypocrite et bornée :

« Son père manqua d'étouffer de colère ; l'audace de sa fille lui parut monstrueuse. Elle avait osé se lier avec un nègre ; elle avait osé l'avouer, et, par surcroît, elle essayait de l'introduire dans la famille ! C'était trop fort. »

L'amour n'échappe donc pas aux problèmes liés à la différence de cultures. Ce voyage à travers les sphères sentimentales permet de souligner l'incompatibilité entre les deux univers.

L'antagonisme des deux partis domine toute la société, aussi bien la vie quotidienne, que les notions nettement plus abstraites tels que l'amour et l'éducation. On ne peut aboutir à cette conclusion partielle que si on analyse les aventures de tous les protagonistes.

En effet, ce n'est qu'à partir de la confrontation avec le monde occidental qu'apparaissent les différences. C'est le voyage au sein de l'école et des villes ainsi que les risques liés aux aventures amoureuses, qui aboutissent à une prise de conscience.

B) Une prise de conscience

Tant de différences ne peuvent qu'aboutir à de nombreuses réflexions introspectives de la part des protagonistes. Ils sont forcés de constater qu'un abîme sépare leur monde de l'occident. Tandis que les valeurs traditionnelles dominent en Afrique, l'Europe prêche l'enrichissement personnel et l'acquisition de confort matériel.

Cette nette séparation des deux conceptions de la vie suscite une réflexion profonde de la part des personnages principaux. En effet, elle permet d'opposer les valeurs traditionnelles et religieuses au matérialisme occidental. Afin de répondre à cette problématique le voyage introspectif est de mise.

1. Le spirituel se heurte au matérialisme et à la laïcité

La société avance à grand pas et le développement technologique s'accentue quotidiennement. La production massive d'objets de qualité est primordiale pour le XXe siècle car elle permet une croissance de la prospérité au sein des sociétés.

Bien que la France ait depuis un bon bout de temps séparé la religion dès institutions étatiques, il n'en est pas ainsi en Afrique où Dieu joue constamment un rôle important. Pour les peuples africains, céder aux bienfaits de l'Europe revient à abandonner en partie la place primordiale que Dieu occupe dans leur vie :

« Nous sommes parmi les derniers hommes au monde à posséder Dieu tel qu'il est véritablement dans Son Unicité. Comment Le sauver ? ».

L'occident s'est en majeure partie affranchie des contraintes religieuses faisant place à une évolution basée sur l'économie. Les personnages de L'aventure ambiguë sont conscients de ce phénomène et ils savent bien qu'ils seront tôt ou tard appelés à se conformer à ce changement :

« Il est certain que rien n'est aussi bruyamment envahissant que les besoins auxquels leur école permet de satisfaire. Nous n'avons plus rien… grâce à eux, et c'est par là qu'ils nous tiennent. Qui veut vivre, qui veut demeurer soi-même, doit se compromettre. Les forgerons et les bûcherons sont partout victorieux dans le monde et leur fer nous maintient sous leur loi. »

La question est donc de l'ordre du temps, car « il est certain que leur [nouvelle] école apprend mieux à lier le bois au bois et que les hommes doivent apprendre à se construire des demeures qui résistent au temps ».

Il s'agit donc de bien analyser le phénomène en faisant tout le tour de la question. Cette excursion au fin fond du problème nous permet par la suite d'établir un parallèle avec le Gone du Chaâba, où la religion domine au jour le jour.

En effet selon Azouz, Allah gouverne sa destiné et il n'est donc pas un homme libre. Le contraste entre l'école laïque fondée sur l'égalité des chances et la foi que le protagoniste possède, est accentué lorsqu'il remercie Allah de lui avoir donné un sujet libre en cours.

« Ce matin n'ayant prévu aucun programme, le prof proposa un sujet libre de rédaction à traîter à la maison et nous envoya à la rue. Allah avait guidé mes pas, car j'attendais cette chance depuis de longs mois, et un pied-noir me l'offrait sur un plateau ».

Ceci est totalement paradoxal étant donné que l'institution républicaine écarte toute dimension religieuse dans son fonctionnement.

De nouveau apparaît une grande différence entre le monde occidental où l'homme est responsable de sa destiné et le monde africain où Dieu intervient à chaque instant. Ces voyages d'apprentissages que poursuivent les protagonistes permettent de poser les bonnes questions et de dégager deux conceptions différentes de la vie.

Nul doute que cette trouvaille aboutit finalement à une remise en question de soi et du style de vie. Bien que les fondements même de la vie soient ébranlés elle permet ainsi à Samba de se découvrir.

2. La découverte de soi

Samba Diallo a eu la chance ou bien le malheur de passer entre les mains de l'école coranique et de l'institution scolaire occidentale. Ce voyage à travers les différentes sortes d'enseignement lui ont permis d'acquérir une objectivité qu'il applique en confrontant les deux mondes dont il est issu.

La France et son système d'éducation critique lui ont donné les éléments nécessaires à l'analyse de la situation africaine. En effet, tandis que le fou s'obstine à s'adonner à une foi aveugle, Samba refuse tout simplement ce comportement :

« Prions, oh prions ! implora le fou. Si nous ne prions plus immédiatement, l'heure passera et tous les deux ne seront pas content. »

Il a trop vu et il s'est posé trop de questions pour croire en Dieu de façon incontestable. Il refuse tout simplement ce comportement qui ne permet pas à la société de se développer :

« Samba Diallo le repoussa et se leva pour s'en aller. – Tu ne peux pas t'en aller ainsi, sans prier, lui cria le fou. Tu ne peux pas ! »

Cette introspection basé sur des événements rétrospectifs aboutissent finalement à un rejet partiel des valeurs religieuses fondamentales :

« Tu ne saurais m'oublier comme cela. Je n'accepterai pas, seul de nous deux, de pâtir de Ton éloignement. Je n'accepterai pas. Non… »

Et c'est sur une répétition du segment « Non… je n'accepte pas… » que nous constatons que Samba penche en faveur du modèle européen.

Ce voyage au plus profond de soi-même permet de mieux se connaître et d'être honnête avec sa propre personne. Nul doute que les protagonistes des trois œuvres ont fait chacun un autre choix selon leur aventure personnelle. Les péripéties de la vie quotidienne ainsi que la mise en évidence des différences entre deux cultures forcent les personnages à opter pour une solution.

Certes dans quelque cas elle n'est pas heureuse, mais elle marque la fin d'un voyage à travers l'âme et la société.

C) Un profond bouleversement

En se basant sur les événements décrits dans ces trois romans francophones, nous avons pu dégager de nombreux éléments issus de l'exploration et de la découverte du monde occidental ainsi que de nombreuses conclusions issues d'un voyage au cœur de l'âme.

Nul doute que l'européen arrivera à imposer son style de vie sur le continent africain, c'est d'ailleurs ce que décrit Samba Diallo à un moment du livre :

« Je ne suis pas un pays des Diallobé distinct, face à un Occident distinct et appréciant d'une tête froide ce que je puis lui prendre et ce qu'il faut que je lui laisse en contrepartie. Je suis devenu les deux ».

1. Une fin tragique

La fin du voyage de Samba Diallo se termine par sa mort. En effet, étant pris dans un tourment profond il n'arrive pas concilier les deux style des vies foncièrement opposés. D'une part il refuse de brader les traditions ancestrales, mais d'autre part il rejette toute forme de souffrance liée à l'attente de son Dieu.

Ainsi la tragédie se déploie pleinement lorsqu'il refuse finalement de prier. Cette mort ressemble de très près à un suicide, car c'est la seule échappatoire existante. Ne sachant plus quel camp choisir et ayant un penchant pour l'occident, le protagoniste opte pour la mort :

« Le fou était devant lui. – Promets-moi que tu prieras demain. – Non… je n'accepte pas… Sans y prendre garde, il avait prononcé ces mots à haute voix. C'est alors que le fou brandit son arme, et soudain, tout devint obscur autour de Samba Diallo. »

Bien que le protagoniste de l'Aventure ambiguë ait opté pour la mort, il en est tout à fait autrement pour Fara. Ce dernier a goûté aux joies de Paris et un retour dans son pays lui paraît en premier lieu inconcevable. Etant devenu en parti sédentaire en France il craint la nostalgie parisienne dans le cas où il rentrerait en Afrique.

2. Un retour appréhendé

Le voyage à Paris est comblé de hauts et de bas, car d'une part Fara découvre l'existence d'un autre monde où la grandeur ainsi que la liberté sont de mises et d'autre part cette aventure loin de chez lui est liée à la mort tragique de Jacqueline, sa bien-aimée.

C'est précisément cet événement qui le bouleverse et qui lui fait envisager un éventuel retour en Afrique. Il souffre tellement de la perte de cet être qu'il donnerait tout pour oublier ce malheur :

« Puisses-tu dire vrai, répondit Fara, je voudrais rentrer en Afrique et pouvoir oublier. »

Cela dit il se heurte à problème de taille, en effet, ayant bénéficié de tout le confort que peut offrir ne ville comme Paris, Fara craint d'être plongé dans le spleen parisien dans le cas d'un éventuel retour dans son pays d'origine :

« Bon, reprit Fara, mais là-bas, la silhouette d'un navire sur la mer, une affiche, un mot dans une conversation pourraient me donner la nostalgie de Paris et aussi le désir de revenir ».

C'est à ce moment que le protagoniste doit choisir et prendre son destin en main. Cela marque la fin de son voyage au sein d'une société occidentale :

« Le fonctionnaire écouta, avec bienveillance, les doléances de Fara et lui promit de le faire rapatrier dans la dernière quinzaine de décembre. »

3. Un étranger au sein de son pays

Bien qu'Azouz soit issu d'une famille algérienne, il est né en France. Il ne connaît pas l'Algérie, car pour lui son vrai pays natal est l'hexagone. Cela dit nous notons bien qu'un abîme sépare le protagoniste du français classique, étant donné qu'il n'a pas été éduqué selon les codes de la culture métropolitaine.

Son style de vie, mais aussi son environnement font de lui un étranger au sein même de son pays. Le gone du chaâba relate les aventures d'un enfant en quête de son identité. D'une part il se sent français étant donné qu'il est né sur le territoire national, mais d'autre part il est arabe vu qu'au quotidien il côtoie principalement la communauté du chaâba. Se créent ainsi une recherche d'appartenance, souvent mise en évidence :

« Une discussion s'engage entre les élèves français et le maître […] Nous, les Arabes de la classe, on a rien à dire ».

D'un côté Azouz ressent un lien étroit qui le rattache à la communauté arabe, mais d'un autre côté il a un vif désir de s'en détacher en devenant par exemple le meilleur de la classe. Il tente ainsi de se rapprocher du modèle du bon élève français :

« À partir d'aujourd'hui, terminé l'Arabe de la classe. Il faut que je traite d'égal à égal avec les Français […] Je suis persuadé que le maître a commencé à comprendre mon orientation ».

Le paradoxe éclate au grand jour lorsqu'à la fin de l'œuvre sa famille est de nouveau obligée de déménage. Ainsi Azouz n'arrive pas à trouver sa place, une attache fixe au sein de la France qui est son pays :

« Il faut qu'on déménage d'ici, conclut [Zohra] abattue. Ma gorge se serre. Soudain, dans ma tête, tout s'écrole. Un tremblement de terre qui engloutit Babar, Ali et Kamel, la rue de la Vieille,le Chaâba, le lycée Saint-Exupéry, M.Loubon. Je ne parviens plus à penser à une chose précise. J'ai mal à la tête. Je n'ai plus de force dans les jambes. »

C'est un voyage à l'intérieur du pays qui semble ne jamais prendre fin. Cette recherche de l'identité ne sera probablement jamais comblée et Azouz devra apprendre à lier le concept français à sa culture étrangère. Cette fin n'est donc pas fortunée, au contraire elle se termine sur une question ouverte.

Conclusion

La décomposition des trois romans francophones nous permet d'aboutir sur une omniprésence du voyage à travers tous les domaines. En effet, qu'elle soit introspective, exotique ou bien interne, la découverte des différences entre la société occidentale et africaine se déploie sur tous les niveaux.

Elle permet au lecteur de découvrir une autre culture, mais aussi de se remettre en question. Finalement le roman francophone prône la tolérance en mettant en évidence les conflits résultants de la confrontation de deux conceptions de la vie.

Elle permet aussi bien au lecteur occidental qu'africain de découvrir et de comprendre en partie un autre visage du monde. Nous pouvons donc clairement affirmer que le roman francophone est un roman de voyage.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !

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