1. « [...] l'image de la littérature que l'on peut trouver dans la culture courante est tyranniquement centrée sur l'auteur, sa personne, son histoire, ses goûts, ses passions [...]. L'auteur est censé nourrir le livre, c'est-à-dire qu'il existe avant lui, pense, souffre, vit pour lui ; il est avec son oeuvre dans le même rapport d'antécédence qu'un père entretient avec son enfant ».

Il faut considérer, tout au contraire, que grâce au lecteur, «tout texte est écrit éternellement ici et maintenant». [...] la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'Auteur» (R. Barthes, Le bruissement de la langue, 1984).

Nous avons 2 critiques différentes qui se proposent au lecteur. En effet nous avons l'ancienne critique et la nouvelle critique. Barthes (Le Bruissement de la langue, 1984) et Foucault (Dits et écrits, 1994), montraient leur foi dans la théorie littéraire des années 1970.

Au départ, ces deux critiques étaient animés par un mouvement d'hostilité à l'égard de l'histoire littéraire lansonienne (de Gustave Lanson, le promoteur, à la fin du xixe siècle, de l'histoire littéraire à la française), dont ils contestaient la domination dans les études littéraires à l'université. Ils s'opposaient à la littérature considérée en relation avec son auteur, ou comme expression de son auteur.

Ainsi la prise de position critique de Barthes et de Foucault, si elle les dressait contre la descendance de Sainte-Beuve et Lanson, est en phase avec la littérature d'avant-garde, celle d'un Beckett, ou encore d'un Blanchot, qui avaient décrété environ deux décennies plus tôt la disparition de l'auteur, et qui avaient défini l'écriture : par l'absence de l'auteur, par le neutre. La question de la place à faire à l'auteur est l'une des plus controversées dans les études littéraires.

Dans tout débat sur l'auteur, disais-je, le conflit porte au fond sur la notion d'intention, c'est-à-dire sur le rapport que l'on suppose entre le texte et son auteur, sur la responsabilité que l'on attribue à l'auteur sur le sens du texte et sur la signification de l'oeuvre. Il est bon de rappeler ici les deux idées reçues, l'ancienne et la moderne.

L'ancienne idée reçue, à laquelle Barthes et Foucault objectaient, identifiait le sens de l'oeuvre à l'intention de l'auteur ; elle avait cours communément sous l'empire de la philologie, du positivisme, de l'historicisme. Si l'on considère la littérature comme une communication entre un auteur et un lecteur, sur le modèle de la linguistique ordinaire où un locuteur envoie un message à un destinataire, la particularité de la littérature tien au fait qu'elle constitue une communication, cela dit, l'auteur n'est pas là pour préciser ce qu'il a voulu dire. D'où l'inquiétude d'une détermination des relations entre texte et auteur, et le grand rôle traditionnellement dévolu à la philologie (étude historique de la langue définissant le sens contemporain de l'auteur), à la biographie et à l'histoire dans les études littéraires, afin de déterminer du dehors ce que l'auteur a voulu dire.

La nouvelle critique (critique formelle) , présente déjà chez Proust, dénonce l'idée que l'auteur a l'intention de déterminer ou de décrire la signification de l'œuvre. Les formalistes russes, les New Critics américains, les structuralistes français l'ont répandue. Dès le début du siècle, les formalistes russes s'opposèrent à la critique biographique : pour eux, les poètes et les hommes de lettres ne sont pas l'objet de l'étude littéraire. T. S. Eliot jugeait ainsi que la poésie est « non l'expression d'une personnalité, mais une évasion de la personnalité ».

Le conflit peut encore être décrit comme celui des partisans de l'explication littéraire : (ancienne critique) comme recherche de l'intention de l'auteur, cad : on doit chercher dans le texte ce que l'auteur a voulu dire), et des adeptes de l'interprétation littéraire (nouvelle critique) comme description des significations de l'oeuvre cad : on doit chercher dans le texte ce qu'il dit, indépendamment des intentions de son auteur.

Barthes exigeait que l'étude littéraire fasse l'impasse sur l'auteur (comme producteur du texte et comme contrainte dans la lecture) ; il proposait en revanche une analyse des discours fondée sur les modèles de la linguistique.

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Agathe

Professeur de langues dans le secondaire, je partage avec vous mes cours de linguistique !

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