En quoi cette affaire a bouleversé le XVIII ème siècle ?

Dans quel sens Voltaire est-il intervenu ?

I) Qui était Jean Calas ?

Calas est né en 1668 et habitait à Toulouse. Il est né dans une famille protestante dans le sud de la France mais est pourtant baptisé catholiquement quatre jours après sa naissance. En 1722, il s'installe à Toulouse comme modeste commerçant de linge. En 1731, il épouse une jeune femme nommée Anne-Rose Cabibel, et ils eurent six enfants : Marc Antoine, Pierre, Louis, Donat, Anne et Anne-rose.

Le 18 mai 1759, Marc Antoine Calas est reçu bachelier en droit. Mais les autorités ecclésiastiques lui refusent le certificat nécessaire à sa soutenance. Il se décide de continuer à mal vivre chez ses parents. Le 13 octobre 1761, il est retrouvé pendu.

II) Les faits

Le 13 octobre 1761, son fils aîné Marc Antoine est retrouvé pendu dans la boutique de son père. Le suicide étant extrêmement mal vu à l'époque et les suicidés subissaient des obsèques honteuses, son père décide de le maquiller en meurtre. Jean Calas n'indique pas tout de suite aux autorités les circonstances de la mort de son fils et prétend l'avoir trouvé étranglé.

Le capitoul (magistrat de la ville de Toulouse), David de BEAUDRIGUE, s'empare de l'affaire et interroge le voisinage.

Le procès s'ouvre, les voisins affirment que Marc Antoine voulait se convertir au catholicisme mais que son père s'y opposait. Sous la torture, Jean Callas, avoue puis se rétracte ensuite.

Les accusés avouent avoir trouvé Marc Antoine pendu puis d'avoir maquillé le suicide en meurtre et d'avoir menti aux enquêteurs.

Le 24 janvier 1761, l'intendant du Languedoc reçoit une lettre du subdélégué de Toulouse, où il lui fait part de la mauvaise volonté de Jean Calas à subvenir aux besoins de son fils Louis, ne vivant plus sous le toit familial et s'étant converti au catholicisme en 1756. Au vu de ces éléments, le clergé toulousain et la populace réclament un châtiment exemplaire pour cette famille accusée d'un crime atroce : avoir assassiné leur fils qui voulait se convertir au catholicisme. Il réclament le châtiment infligé aux hérétiques.

Personne ne mène d'enquête afin de savoir si Marc Antoine avait vraiment l'intention de se convertir. Il est déclaré martyr (personne capable d'aller jusqu'à la mort pour sa foi) dans la pure tradition catholique, son cercueil escorté par 40 prêtres et au milieu d'une foule immense.

Le 18 novembre 1761, les capitouls affirment que Jean, Anne-rose, Pierre Calas, Jeanne Viguière la servante, et Gaubert Lavaisse (invité le soir du drame) sont coupables. On décide de soumettre à la torture Jean Calas, sa femme et son fils Pierre, et d'infliger la question (la torture) à Gaubert Lavaisse et à Jeanne Viguière. Ils font appel devant le parquet de Toulouse.

Le parlement de Toulouse le condamne à mort le 9 mars 1762 (par 8 voix sur 13).

Le 10 mars, Jean Calas meurt roué, place Saint-Georges, en proclamant son innocence. Son corps est brûlé sur un bûcher et les cendres sont jetées au vent.

Le 18 mars 1762, Pierre est banni, sa mère, Jeanne Viguière et Lavaisse sont acquittés ( déclarés non coupables) , les deux filles Calas enfermées dans des couvents. Les biens de la famille sont confisqués.

III) L'intervention de Voltaire

Pierre, un des fils de Jean Calas, exilé se rend à Genève (alors ville calviniste) où il rencontre Voltaire, qu'un marchand marseillais avait prévenu de l'affaire. Le philosophe croit d'abord en la culpabilité de Jean Calas et écrit même une lettre enflammé à propos de cette affaire de meurtre. Cependant il doute de la responsabilité de cet homme tel que le montre cette lettre : «J'en suis tout hors de moi : je m'y intéresse comme homme, un peu même comme philosophe. Je veux savoir de quel côté est l'horreur du fanatisme.Oserais-je supplier votre Éminence de vouloir bien me dire ce que je dois penser de l'aventure affreuse de ce Calas, roué à Toulouse pour avoir pendu son fils ? Cette aventure me tient au cœur ; elle m'attriste dans mes plaisirs, elle les corrompt.» (Lettre au cardinal de Bernis, 25 mars 1762)

Mais il finit par être convaincu par Pierre et forme un groupe de pression avec ses amis de Genève (composé de pasteurs, de négociants, de banquiers ou d'avocats…)et décide d'utiliser son ironie pour prouver l'innocence de Calas et pour que justice soit finalement faite. Son groupe de pression tente d'obtenir des informations, fait des recherches, accumule les preuve mais gère aussi les fonds envoyés par toute l'Europe.

Voltaire s'interroge sur cette affaire, tout en se disant que la culpabilité de cette famille n'avait jamais été démontrée. Il étudie les circonstances du drame, relève des invraisemblances qui prouvent l'innocence de Jean Calas : comment un homme de soixante trois ans aurait pu faire pour étrangler son fils seul, sans l'aide de la famille ? Dans ce cas, pourquoi seul lui a été condamné à mort ? Il est troublé par la persistance de Calas à clamer son innocence : encore sur la roue, il la hurlait et ce jusqu'à sa mort.  Il est persuadé que cette famille est victime du fanatisme religieux et que Calas est innocent, comme le prouve cette phrase qu'il écrivit après  ses investigations :   «Je suis persuadé plus que jamais de l'innocence des Calas et de la cruelle bonne foi du Parlement de Toulouse qui a rendu le jugement le plus inique sur les indices les plus trompeurs ». (21 juin 1762)

Il décide donc de tout faire pour obtenir la réhabilitation de Calas. Il n'hésite pas à mobiliser l'opinion publique et à utiliser tous les moyens possibles pour l'agiter. Par exemple, il fait fabriquer des estampes représentant les adieux de Calas à sa femme (voir ci-dessous) : sorte de « publicité » très moderne pour l'époque qui eut un énorme retentissement et qui fut même, plus tard, reporduite sur des couvercles de tabatières.

Il écrit de nombreuses lettres aux personnes les plus influentes du royaume

En 1763, pour faire rouvrir l'enquête, le philosophe rédige l'ouvrage Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (malgré son interdiction, l'ouvrage eut un énorme retentissement) et la famille obtient un entretien à Versailles auprès du roi Louis XV. La dignité douloureuse de Mme Calas provoque beaucoup d'émotion dont Voltaire s'empresse de profiter.

En 1764, l'enquête est officiellement réouverte et le capitoul qui avait farouchement accusé Jean Calas est destitué de ses fonctions.

En 1765, Voltaire réussit à faire réviser le procès et Jean Calas est proclamé innocent. Le 9 mars, lui et sa famille sont finalement réhabilités devant la cours du roi et devant 80 juges. Les membres de la familles Calas reçoivent une pension de 36000 livres du roi.

Voltaire devient ainsi le premier écrivain français à s'engager publiquement dans une affaire judiciaire, suivront ensuite quelques autres, tels que Emile ZOLA avec J'accuse en 1898.

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MathieuJ

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