Qui était Léopoldine Hugo ?
La belle Léopoldine Hugo, le jour de sa communion. Un visage juvénile, un port altier... La fille de Victor Hugo espérait, elle aussi, vivre de ses écrits. (Peinture de Auguste de Châtillon en 1836).

Victor Hugo est un auteur prolifique, qui a exploré quasiment tous les genres : le roman, le théâtre et la poésie. Chef de file du mouvement romantique, il revendique une complète liberté dans l'art et s'insurge face aux règles classiques qui étouffent le processus créatif. Son génie est d'avoir réussi à être le témoin d'une époque et la voix d'une nation à travers des oeuvres littéraires aujourd'hui mondialement (re)connues.

Du côté de la poésie, Hugo est très attaché au lyrisme. Il use d'une grande sensibilité romantique à la nature, au temps et voit le poète comme un être capable de déchiffrer les choses cachées du monde.

« Demain, dès l'aube...» est l'un des plus célèbres poèmes de Victor Hugo. Il est publié en 1856 dans le célèbre recueil poétique « Les Contemplations » et n'a, originellement, pas de titre. Poème XIV de « Pauca meae » (Quelques vers pour ma fille), il figure dans le quatrième livre des Contemplations.

L'origine de ce poème

L'origine de ce poème est malheureusement assez tragique. Victor Hugo s'inspire, ici, d'une histoire vraie et personnelle pour créer ces quelques vers.

Le 4 septembre 1843, Charles Vacquerie, le mari de Léopoldine Hugo (la fille de Victor Hugo) doit se rendre à Caudebec pour un rendez-vous important. Il s'y rend avec son oncle et son cousin (Pierre et Arthur Vacquerie) en canot de course. Si Léopoldine déclina la première invitation, elle finit par s'y rendre avec eux. Malheureusement, sur la route de retour, les 4 membres de la famille furent surpris par un tourbillon de vent qui fît complètement chavirer le bateau. Léopoldine, son mari, l'oncle et le cousin Vacquerie sont morts dans ce tragique accident.

Cette épreuve fut terrible pour Victor Hugo qui était profondément attaché à sa jeune fille. Cette douleur, il la sublime dans le présent poème.

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C'est parti

Vie de Léopoldine Hugo

Dates Actions
28 août 1824Naissance de Léopoldine Hugo. Elle est la fille aînée de Victor Hugo et d'Adèle Foucher.
15 février 1843 Très courtisée pour sa beauté et son intelligence, Léopoldine finit par épouser Charles Vacquerie. Mais ce mariage n'aura pas eu le temps de perdurer...
4 septembre 1843Les deux amants, accompagnés de deux membres de la famille de Charles, finissent noyés après un accident en canot. L'épreuve du deuil est terrible à supporter pour Victor Hugo et Adèle Foucher...

La structure du poème

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

La forme

« Demain, dès l'aube » est un poème composé de trois strophes de quatre vers chacune. Ces vers sont composés de 12 pieds, ce sont donc des alexandrins ternaires (trimètres romantiques) et binaires en rimes croisées (ABAB). Cet effet stylistique crée un rythme à la lecture : le lecteur doit respecter la ponctuation, avec des césures qui divisent le vers en deux hémistiches.

La tonalité

À la lecture de ce poème, vous ressentirez très certainement une profonde tristesse. Le champ lexical de la solitude et de la douleur est omniprésent, on y voit Hugo seul face au monde et à sa peine. L'atmosphère générale est aussi celle de l'obscurité : « forêt », « campagne », « nuit », « soir »... L'ambiance est morose, même l'espace semble être empli de chagrin.

Les procédés stylistiques vus en cours de francais mettent en lumière cette tristesse incontrôlable. Les rimes croisées jouent sur le sens des mots : le verbe "tomber" du vers 9 renvoie à la "tombe" du vers 11... La chute renvoie à la mort.

L'analyse du poème

Passons désormais à l'analyse du poème. On distingue trois strophes différentes, chacune agissant comme un nouveau tournant dans le récit. En quoi ce poème sublime-t-il les retrouvailles entre Hugo et sa fille Léopoldine ?

I. Un long voyage : vers où ?

L'indication temporelle

Le premier vers fait référence au départ imminent du narrateur. Ce départ, il l'annonce en trois temps différents :

  • « Demain » (2 syllabes)
  • « dès l'aube » (2 syllabes)
  • « à l'heure où blanchit la campagne » (8 syllabes)

Par là, le narrateur introduit son intention de partir et l'annonce avec l'heure et le moment exact où il le fera. Ce voyage ne se terminera qu'au vers 9, lorsque la journée se termine : « l'or du soir qui tombe ». Ainsi, ce voyage dure une journée entière et se déroule sans aucune interruption.

L'indication spatiale

La nature prend une place importante au sein du poème. Hugo attache une certaine importance à révéler le paysage, sans pour autant s'attarder sur les détails de celui-ci. Cela donne lieu à une énumération assez sommaire des lieux qu'il dépasse : « la campagne », « la forêt », « la montagne ». Dans les deux premières strophes, le paysage semble donc assez sauvage, bien que les éléments que nous ayons à disposition restent vagues.

À partir de la strophe 3, un changement de paysage s'opère : « Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur ». En citant une commune normande, Hugo ancre le poème dans le réel. Fini la campagne et la forêt, nous sommes désormais face à l'eau. Ce chemin aux mille paysages agit également comme un symbole : celui de l'homme prêt à affronter vents et marées pour retrouver celle qu'il aime... Et qu'il a tragiquement perdue.

Où se trouve Harfleur ?
La petite commune normande de Harfleur, lieu cité par Hugo dans son célèbre poème « Demain, dès l'aube... ».

La détermination du voyageur

Le voyageur indique son intention de se mettre en mouvement grâce à plusieurs verbes d'action conjugués au futur simple :

  • « Je partirai »
  • « J'irai »
  • « Je marcherai »
  • « J'arriverai »

L'itinéraire est clairement énoncé et chaque verbe marque l'évolution de celui-ci, du départ jusqu'à l'arrivée. À chaque strophe se trouve ces verbes qui marquent une nouvelle étape : on retrouve « je partirai » (v.2) et « j'irai » (v.3) dans la première strophe, qui indiquent l'intention du mouvement ; « je marcherai » (v.5) qui souligne la mise en mouvement ; et enfin « j'arriverai » (v.11) qui traduit la fin de l'action et le but réalisé.

Cette répétition de verbe a pour effet de souligner la détermination sans faille du voyageur, qui a déjà intellectualisé les différentes étapes et qui sait pertinemment où il va.

II. L'expression des sentiments : alliance des registres lyriques et pathétiques

« Demain, dès l'aube... » est un poème rédigé à la première personne, première personne qui s'oppose continuellement au pronom personnel « tu ». Dans le cas présent, Victor Hugo investit le « Je » et Léopoldine est le « Tu ». Pour le poète, il est question de s'adresser directement à sa fille défunte : le poème devient un prétexte pour lui parler, pour se livrer à elle. Ce dessein est à proprement parler lyrique, l'auteur cherche à exprimer ses sentiments à travers le texte.

Mais quels sont les sentiments que nous retrouvons le plus tout au long du poème ?

La solitude

Ce voyage est celui d'un pèlerin, seul face au chemin qu'il décide d'emprunter. Cette solitude se traduit à plusieurs moments dans le texte et est un thème romantique : celui du moi profond confronté à ses sentiments et, notamment, à sa mélancolie.

Qui était Léopoldine Hugo ?
Léopoldine et son mari, Charles Vacquerie, dessinés par la mère de Léopoldine, Adèle Foucher, en 1843. Les deux amants resteront, à jamais, inséparables...

Ici, le champ lexical de l'absence est omniprésent :

  • « loin de toi » (v.4)
  • « sans rien » (v.6)
  • « aucun » (v.6)
  • « seul » (v.7)

Cela traduit la solitude totale du poète et le vide qu'il ressent au fond de lui suite à la disparition de sa fille. Même l'univers semble avoir disparu : Hugo est livré à lui-même dans ce drame. Mais cette solitude a un effet bien plus tragique puisqu'elle mène à la dépersonnalisation du narrateur (« inconnu » v.7).

De plus, le poète est complètement indifférent au monde extérieur, il est seul dans sa bulle :

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit

(...)

Triste, et le jour sera pour moi comme la nuit

Il ne fait plus la différence entre les paysages, ne se soucie plus du temps ni de l'espace. Sa solitude est totale.

La tristesse

Cette solitude s'accompagne d'une tristesse voire d'une réelle souffrance du narrateur. Face à cela, le lecteur ne peut qu'éprouver de la compassion pour Hugo : c'est toute la force du registre pathétique. La douleur est ici physique et morale, elle est omniprésente, omnipotente, elle englobe littéralement le poète :

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées / Triste

Le rejet du mot « Triste » au vers suivant a pour effet d'accentuer la douleur ressentie. Par ailleurs, cette tristesse se lit également dans le procédé stylistique employé : celui de l'accumulation. La juxtaposition des mots, séparés par une virgule, renforce le poids de la douleur.

III. La mort n'est pas une fin mais un renouveau

Entre présence et absence : le dialogue avec la mort prend vie

La mort de sa fille Léopoldine, âgée seulement de 19 ans, a bouleversé la vie d'Hugo. Cet évènement a eu pour conséquence de faire réfléchir l'auteur au sujet de la mort, au sujet de l'après. Comment continuer un dialogue avec un être défunt ? Comment parvenir à trouver une présence dans l'absence ?

Dans ce poème, Victor Hugo joue avec les pronoms « je » et « tu » afin de rendre son interlocutrice vivante et présente, d'où la confusion parfois sur l'intention de ce poème. À la première lecture, on pourrait penser que le narrateur parle d'une femme aimée et se prépare pour une rencontre amoureuse. En réalité, ce poème est entièrement destiné à sa fille, qu'il cherche à retrouver.

Pour rendre à Léopoldine toute sa présence, Hugo utilise le présent d'actualité : Léopoldine est bien réelle, il pourrait presque la toucher. Serait-ce de sa part un déni ? L'une des étapes du deuil ? Possible...

De plus, la jeune fille brille par sa présence en ce que tout ce qui a autour du narrateur est inconsistant. Les paysages et le temps n'ont strictement aucune importance, aucune valeur : seul compte ce « tu » à qui un « je » omniprésent s'adresse sans relâche.

Quand bien même le narrateur ne s'adresse pas directement à la jeune fille, il ne pense qu'à elle. La négation, très présente dans ce texte, marque cet aspect : il n'y a qu'elle, en réalité et dans ses pensées. Ainsi, se révèle à nous une contradiction déroutante : les paysages sensibles sont niés (alors que bien présents) et l'insensible est révélé (alors que foncièrement absent). C'est toute la force des mots : pouvoir faire revivre les morts.

Immortelle Léopoldine ?

Le dernier vers constitue une analyse à lui seul. Victor Hugo utilise deux images très symbolique : le houx et la bruyère.

  • Le houx vert ne perd jamais sa couleur, il reste intacte toute l'année. Il est reconnu pour porter bonheur.
  • La bruyère est, quant à elle, toujours en fleur. Elle vit perpétuellement et ne meurt jamais.

Grâce à ces deux images, Victor Hugo souhaite célébrer la vie éternelle de sa fille. Léopoldine demeura immortelle, dans son esprit et dans ses écrits. Grâce à ce récit, lyrique et romantique, sa fille ne pourra jamais être oubliée. L'éternité de l'homme passe indéniablement par la postérité des écrits.

Conclusion

Où est enterrée Léopoldine Hugo ?
Epitaphe de la tombe où reposent Léopoldine et son mari, Charles. Ici, Victor Hugo viendra déposer le houx vert et la bruyère toujours en fleur...

Ce poème est une vraie déclaration d'amour à Léopoldine Hugo, tragiquement disparue. Pour Victor Hugo, cela va bien au-delà d'une simple expression de ses sentiments : il livre, ici, une incantation. Il souhaiterait pouvoir la voir à nouveau, la tenir dans ses bras. Pour cela, il est prêt à tout, à commencer par entamer ce voyage pour la retrouver.

Paysages, sentiments, solitude, nature : les thématiques romantiques sont toutes réunies. Toutefois, l'auteur offre ce poème d'une façon pudique : il n'y a pas d'épanchement, juste de la sincérité, de l'amour et l'expression intime de la douleur de son deuil. Pour Hugo, il n'est pas question de tout montrer mais de suggérer la peine, la souffrance, le manque.

À l'image de sa fille, Hugo a choisi de rester dans une réserve touchante mais puissante. Ce plein d'émotions que l'on lit entre les lignes, nous donne l'envie de continuer à lire les écrits de ce génie et de découvrir, un peu plus, l'homme qu'il était.

Plongez-vous sans attendre dans ce poème, ode aux retrouvailles espérées.

 

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Morane

Diplômée d'un Master en philosophie et d'une licence en Lettres modernes, je suis une passionnée de lecture et adore transmettre aux personnes désireuses d'en apprendre plus. Mon petit plaisir ? Les voyages ! Et parce que la vie est une aventure, j'entends bien me la jouer exploratrice encore longtemps 😉