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Les Deux Banquets ou la Commémoration ?

Par Clément M le 28/06/2012 Ressources > Français > Niveau Collège > 3ème - Français > Texte du Brevet 2012 de Français

Texte du sujet

Il était une fois un calife d’Ispahan qui avait perdu son cuisinier. Il ordonna donc à

son intendant de se mettre en quête d’un nouveau chef digne de remplir les fonctions de

chef des cuisines du palais.

Les jours passèrent. Le calife s’impatienta et convoqua son intendant.

– Alors ? As-tu trouvé l’homme qu’il nous faut ?

– Seigneur, je suis bien embarrassé, répondit l’intendant. Car je n’ai pas trouvé un

cuisinier, mais deux tout à fait dignes de remplir ces hautes fonctions, et je ne sais

comment les départager.

– Qu’à cela ne tienne, dit le calife, je m’en charge. Dimanche prochain, l’un de ces

deux hommes désigné par le sort nous fera festoyer, la cour et moi-même. Le dimanche

suivant, ce sera au tour de l’autre. A la fin de ce second repas, je désignerai le vainqueur

de cette plaisante compétition.

Ainsi fut fait. Le premier dimanche, le cuisinier désigné par le sort se chargea du

déjeuner de la cour. Tout le monde attendait avec la plus gourmande curiosité ce qui allait

être servi. Or la finesse, l’originalité, la richesse et la succulence des plats qui se

succédèrent sur la table dépassèrent toute attente. L’enthousiasme des convives était tel

qu’ils pressaient le calife de nommer sans plus attendre chef des cuisines du palais

l’auteur de ce festin incomparable. Quel besoin avait-on d’une autre expérience ? Mais le

calife demeura inébranlable. « Attendons dimanche, dit-il, et laissons sa chance à l’autre

concurrent. »

Une semaine passa, et toute la cour se retrouva autour de la même table pour

goûter le chef-d’oeuvre du second cuisinier. L’impatience était vive, mais le souvenir

délectable du festin précédent créait une prévention(1) contre lui.

Grande fut la surprise générale quand le premier plat arriva sur la table : c’était le

même que le premier plat du premier banquet. Aussi fin, original, riche et succulent, mais

identique. Il y eut des rires et des murmures quand le deuxième plat s’avéra à son tour

reproduire fidèlement le deuxième plat du premier banquet. Mais ensuite un silence

consterné pesa sur les convives, lorsqu’il apparut que les plats suivants étaient eux aussi

les mêmes que ceux du dimanche précédent. Il fallait se rendre à l’évidence : le second

cuisinier imitait point par point son concurrent.

Or chacun savait que le calife était un tyran ombrageux(2), et ne tolérait pas que

quiconque se moquât de lui, un cuisinier moins qu’aucun autre, et la cour tout entière

attendait épouvantée, en jetant vers lui des regards furtifs, la colère dont-il allait foudroyer

d’un instant à l’autre le fauteur(3) de cette misérable farce. Mais le calife mangeait

imperturbablement.

Michel Fournier, Les Deux Banquets ou la commémoration, Gallimard, 1989.

Mots difficiles

1 Prévention : idée négative

2 Ombrageux : qui se vexe facilement

3 Fauteur : responsable

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