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Repiquer : le coût réel pour le contribuable français

Par Philippe le 02/11/2016 Blog > Cours particuliers > Prendre des Cours Particuliers > Combien Coûte un Redoublement ?
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On croise les doigts pour que cela ne concerne jamais nos enfants…

Mais ce sont des choses qui arrivent, et nous avons tous eu des camarades, pour ces raisons, plus âgés que nous. En bref, ça fait partie du paysage : il suffit de regarder autour de soi pour rencontrer des cas de redoublement.

Frisons la lapalissade : s’il est une évidence, c’est qu’un redoublement allonge d’une année la scolarité d’un enfant. Et l’on peut redoubler plus d’une classe…

Paradoxalement, il concerne les enfants qui, bien souvent, aiment le moins l’école mais qui sont « condamnés » à y rester un peu plus longtemps que les autres.

Aussi, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé vouloir limiter les cas de repiquage (avec l’entrée en vigueur de la loi de refondation de l’école).

Mais quel en est le bénéficie pour eux, et, surtout, pour le coût supporté par la société ?

Le redoublement coûte deux milliards d’euros par an

C’est la conclusion directe et lapidaire d’une étude menée par les économistes de l’IPP (Institut des politiques publiques) et publiée en 2015. Nombreux en furent les commentateurs. Ces 2 milliards sont bien entendu assumés par l’État, c’est-à-dire par l’ensemble des contribuables.

Les jeux éducatifs et les alternatives pédagogiques au redoublement existent bel et bien. 2 milliards d’euros | Le budget de l’EN est à une autre échelle que celle de nos humbles petites économies ! | source : unsplash.com

Cette somme colossale se subdivise en 1,03 milliard d’euros pour le primaire et le collège (0,6 milliard pour les repiquages en collège, contre 0,4 environ en primaire) et en 1 milliard d’euros pour le seul lycée. Ce déséquilibre apparent incrimine en particulier des parents qui souhaitent que leur enfant redouble la seconde ou la première afin d’entrer dans la filière désirée (généralement : S) ou d’avoir un meilleur dossier scolaire en vue des orientations post-bac, comme si un âge plus élevé que la normale n’était pas rédhibitoire pour l’entrée dans certaines classes préparatoires ou écoles prestigieuses.

On comprend mieux ce fait quand on sait que 37 % des Français avaient déjà redoublé en 2011 (contre une moyenne à 13 % pour l’ensemble des nations de l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques).

2 milliards, ce n’est pas rien, notamment compte tenu du fait que le budget annuel du ministère de l’Éducation nationale dépasse à peine les 65 milliards d’euros. Un petit calcul de pourcentage, et vous verrez rapidement le poids du redoublement sur les finances du ministère (plus de 3 %). Soit le salaire de 6 000 profs !

Dans un contexte privé, les familles peuvent espérer échapper au couperet du redoublement en ayant recours à du soutien scolaire, de l’aide aux devoirs et autres cours particuliers avec un enseignant expérimenté ou un tuteur sensibilisé par sa pédagogie aux difficultés scolaires.

Ce que l’on peut dire à la lumière de l’étude PISA

Le plan PISA (« Program for International Student Assessment ») permet d’évaluer depuis l’an 2000 l’efficacité des systèmes éducatifs des différents pays de l’OCDE.

S’intéressant à l’échec scolaire, le document PISA rendu public en 2016 montre qu’un élève de l’OCDE sur quatre est en dessous du seuil de compétences requis. Pour les seules mathématiques, cela concerne 22 % des petits Français. Un fait inquiétant…

Les mêmes analystes font état de ce qui pourrait être la preuve de l’inutilité des redoublements : un enfant ayant redoublé au moins une classe est sept fois plus susceptible que ses camarades n’ayant jamais redoublé d’être encore au-dessous du fameux seuil de compétences à l’âge de 15 ans (cf. Fatim-Zahra Tohry dans L’Économiste n° 4706 du 11 février 2016).

Mais serait-ce pire encore sans le repiquage ?

Impossible à dire pour le cas français, mais la Corée du Sud est là pour nous éclairer.

En effet, cette dernière n’a pas recours au redoublement, et elle a obtenu le meilleur des scores au sein du dernier classement PISA !

Le redoublement remet en cause l'efficacité du système scolaire. Éducation | Redoubler n’est pas une partie de plaisir | source : visualhunt.com

Ce sont les pays aux redoublements rares ou inexistants qui trônent sur le podium, alors que la France et consorts sont abonnés aux dernières places… Il faut cependant préciser que des États comme le Japon, très bien classés, ne connaissent pas le régime du collège unique, ayant à l’inverse des différences de niveau et de réputation extrêmement importantes d’un établissement à l’autre. De même, le système éducatif n’y est pas nécessairement plus épanouissant, ce même archipel occupant une sinistre première place en matière de suicide chez les mineurs (c’est la première cause de décès chez les jeunes).

Le programme PISA a l’honneur de s’intéresser aux alternatives existant pour remplacer le redoublement. Serait également inefficace le changement d’établissement scolaire pour un élève en difficulté disciplinaire aussi bien que strictement scolaire. Une plus grande liberté pédagogique au sein d’une même structure scolaire, comme en Corée, resterait la panacée.

Des économies progressives en cas de suppression du redoublement

Dans ses conclusions, l’IPP explique que la collectivité ferait des économies si l’on supprimait purement et simplement le redoublement (en deux années seulement).

Ainsi, les 2 milliards d’euros épargnés seraient réaffectés ailleurs, le budget de l’instruction ayant de toute façon tendance à grimper chaque année.

Cela revient à dire que ces économies n’entraîneraient pas une baisse des impôts, mais tout au plus une non-augmentation de la ponction fiscale.

L’autorité publique pourrait aussi penser à supprimer le redoublement au collège et au lycée (c’est là qu’il coûte le plus cher), mais à le maintenir dans le primaire, où l’investissement est moins onéreux. D’ailleurs, l’essentiel d’une scolarité reste toute de même la maîtrise de la lecture, de l’écriture et des chiffres, toutes choses qui s’acquièrent plus facilement dans les petites classes, où l’intellect est encore très réceptif et malléable.

Après, il est souvent trop tard. C’est donc au plus tôt qu’il faut essayer d’apporter des solutions efficaces, pour étouffer les difficultés dans l’œuf (CP, CE1…).

Les limites de cette analyse, parfaitement conforme aux désirs de réforme, résident dans la non-estimation des coûts liés aux initiatives qui seront mises en place pour pallier la suppression des redoublements. Car supprimer cette dernière possibilité n’annihilera pas par le fait même toutes les difficultés des élèves, qu’il faudra bien aider pour qu’ils puissent suivre en classe !

L'aide aux devoirs et les cours particuliers peuvent permettre d'éviter un redoublement. Formation continue | Tout professeur stagiaire devrait être sensibilisé aux questions du soutien scolaire et de l’accompagnement personnalisé | source : kaboompics.com

Cependant, tout rapporter aux chiffres et à l’argent, selon un mode économique utilitariste, ne suffit guère : par la même pente, c’est le budget tout entier de l’EN que l’on pourrait remettre en question, puisqu’il grève les finances et ne semble pas remplir toutes ses promesses !

Dans la même veine, on pourrait conclure qu’il y aurait bien d’autres moyens de faire des économies : généraliser et faciliter pour les bons élèves le fait de sauter une ou plusieurs classes, ou encore réduire le nombre d’années où l’instruction est obligatoire (actuellement, de 6 ans à 16 ans, bien que certains penseurs proposent depuis des années déjà de rendre la chose contraignante dès l’âge de 3, 4 ou 5 ans).

Faire des économies pour faire des économies ne rime donc pas à grand-chose. On crée plus de problèmes qu’on n’en résout… Un véritable casse-tête pour nos élites !

Une charge nécessaire : la perception des Français

Le 27 janvier 2015, le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) a publié un sondage-enquête sur la manière dont les Français voyaient le redoublement. Et les résultats ont de quoi surprendre.

D’une manière générale, 80 % des élèves considèrent que repiquer est une sorte de « seconde chance » offerte aux pauvres bougres. C’est donc un moyen de ne pas rester sur un échec et de pouvoir montrer que l’on peut mieux faire.

73 % des personnes interrogées trouvent que redoubler est utile en ce qui concerne l’amélioration des résultats scolaires. Il est en effet plus facile d’assimiler et d’avoir de bonnes notes sur des contenus pédagogiques déjà abordés l’année précédente.

Aussi, la conclusion est sans appel : 69 % des lycéens et des collégiens se disent tout à fait ou plutôt (la question est ainsi posée, ce qui fausse quelque peu son impact) défavorables à la suppression des redoublements.

Mais le tableau est beaucoup moins monolithique… dès que l’on interroge des gens ayant effectivement redoublé ! C’est ainsi que 35 % des redoublants affirment avoir été tentés par le décrochage scolaire à cause du redoublement – sans que cela signifie que ce soit là une cause unique.

De même, un tiers d’entre eux déclare avoir souffert d’une mauvaise intégration au sein de la nouvelle classe, dont les élèves étaient logiquement plus jeunes.

Et l’on comprend mieux cet état de fait quand près de 25 % des redoublants ont déjà été tancés par leurs nouveaux camarades de classe pour le simple fait d’avoir repiqué… Belle ambiance !

L'humanisme concrétisé dans un projet éducatif doit être requis de quiconque souhaite devenir professeur. Insuffisances du processus pédagogique | L’école ne doit pas devenir une prison, mais ouvrir sur des perspectives d’avenir, aussi bien professionnel que personnel | source : stocksnap.io

*

Redoubler, c’est rarement amusant… Ce peut être une véritable épée de Damoclès particulièrement difficile à vivre.

Si les politiciens chargés d’administrer le système scolaire à la française grincent des dents devant le redoublement, c’est moins pour des motifs exclusivement pécuniaires (les 2 milliards d’euros annuels incriminés) qui pourraient être instrumentalisés pour concourir à la suppression de bien des choses, que pour l’intérêt supérieur des élèves.

De fait, les enquêtes PISA n’ont eu aucun mal à démontrer l’inefficacité des redoublements, qui obtiennent un objectif inverse à celui qu’ils recherchent.

Se pose maintenant la question du substitut. Fini les redoublements, certes, mais par quoi les remplacer ? La discussion reste ouverte, avis aux amateurs !

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Philippe
Amateur de matières littéraires et de langues, autodidacte touche-à-tout, transmettre des savoirs par les mots à l'heure du numérique me tient à cœur.

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