Le magazine qui aime les profs, les élèves, les cours particuliers et le partage de connaissances

La Chine : berceau linguistique de l’Asie

Par Avner le 25/01/2017 Blog > Langues > Chinois > L’influence du Chinois Dans le Monde Asiatique
Table des matières

 

« Si chaque homme chaque jour jetait une fleur sur le chemin de son prochain, les routes de la terre seraient tellement plus agréables ! » Proverbe chinois

A défaut d’avoir jeté des fleurs sur le chemin de son prochain, la Chine et l’histoire de son empire ont influencé bon nombres de ses voisins asiatiques…

Culturellement, mais aussi et surtout linguistiquement, le chinois ancien avec son langage tonal et monosyllabique et ses caractères si particuliers est à la genèse de nombreux alphabets et langues orientales d’Asie du Sud Est.

Son influence a été si forte, qu’on la retrouve même dans les langages européens comme l’anglais avec des mots comme « tea » et « ketchup » respectivement issus des mots chinois 茶 (POJ: tê) et  鲑汁/鮭汁 (koe-tsiap).

  • Ainsi, alors qu’aujourd’hui le chinois fait partie des langues étrangères les plus prisées sur un CV, qu’en était-il jadis ?
  • Pourquoi le chinois et ses idéogrammes furent-ils adoptés par d’aussi nombreuses contrées asiatiques ?

Sans me la jouer “Stéphane Bern de la culture asiatique”, je vous propose d’aller faire un tour dans l’histoire de la civilisation et des langues chinoises pour découvrir qui s’est basé sur cet idiome et qui l’utilise encore aujourd’hui…

Les caractères chinois dans le japonais

La création d'un nouvel alphabet qui pourrait remplacer le kanji chinois n'a toujours pas été créé au Japon. Depuis la fin du XIXème siècle le Japon réfléchit a abandonner les caractères chinois de son alphabet.

Mondialement connu grâce à sa culture – des mangas jusqu’aux jeux vidéos – pour sa gastronomie – des sushis jusqu’aux soupes miso – et son histoire – des samouraï jusqu’à Pearl Harbor – le Japon n’en est pas moins un pays hautement influencé par la Chine.

En effet, bien que près de 60% du vocabulaire japonais moderne soit d’origine chinoise, rares sont ceux qui s’aventureront à dire que le japonais et le mandarin ont une origine commune.

Et pourtant… De l’origami jusqu’aux caractères chinois, la péninsule japonaise puise ses origines dans la profondeur de la civilisation chinoise.

Alors que l’existence d’une écriture indigène japonaise, connue sous le nom de kamiyo moji, n’a jamais été prouvée jusqu’à aujourd’hui (Je vous invite à poursuivre les recherches…) on ne peut nier l’introduction du chinois en terre japonaises dès le 4ème siècle.

Dans un premier temps, le chinois classique était essentiellement utilisé, lu et écrit par la population la plus éduquée de la péninsule. Avant que l’influence chinoise prenne ses marques au Japon de façon prédominante dès le 6ème siècle durant l’époque d’Asuka et de Nara, pour s’éteindre au 12ème siècle sous Heian.

Cette présence au sein du pays du soleil levant a marqué de sa plume linguistique la langue japonaise, puisqu’on y retrouve des caractères créés par les chinois, toujours en “activité” au Japon.

Appelés Kanji, ces caractères chinois en version japonaise sont associés à deux systèmes d’écriture syllabiques qu’on nomme le hiragana et le katakana et servent respectivement pour les mots grammaticaux et pour la transcription de certains termes étrangers.

Souvent considéré comme un pays qui synthétise de manière originale les apports continentaux et orientaux dans sa culture, le Japon reste toutefois indissociable de la Chine.

Pourtant, comme pour se détacher de ses racines lointaines et obsolètes pour certains, voire qui nuisent à la grandeur du pays, le Japon a, dès le 19ème siècle (et le début de sa quête de modernité), tenté de se séparer (mais en vain) des caractères chinois.

Thématique qui fait encore débat au pays du karaté, malgré les bonnes ou officieuse intentions des fervents détracteurs des caractères chinois au Japon, l’intérêt pratique d’une telle action – notamment pour l’insuffisance de la création d’un nouvel alphabet – reste à prouver.

Découvrez également le paysage linguistique de la Chine

L’impact de la culture chinoise en Corée

Le royaume du Sud-Ouest (Paekche) de la Corée entretenait d'excellentes relations avec la Chine. Sous l’influence des idées de Confucius les lettrés coréens adoptèrent, pour eux-mêmes, des noms de famille chinois.

D’un point de vue historique, la toute première influence étrangère en terre coréenne fut celle de la Chine (les Américains n’arriveront que bien plus tard…).

Perçu comme un modèle de civilisation par les Coréens, l’empire chinois a pu assurer son rayonnement culturel en Corée dès le 5ème siècle avant Jésus Christ.

Ainsi, c’est sous l’influence de la dynastie des Tang – l’une des plus avancées de l’histoire de la Chine – que la Corée a incorporé de nombreuses traditions chinoises.

Puissant culturellement, l’empire du milieu a influencé les différents peuples coréens établis dans le Nord-Ouest du pays sur différents domaines :

  • L’agriculture : avec l’intégration des différentes avancées “technologiques” de l’époque pour la culture du riz et de l’orge notamment.
  • L’organisation judiciaire : avec l’ébauche d’un premier code civil et l’adoption du modèle administratif des tang dans une version plus ancienne dès le VIIe siècle.

Pourtant, la marque laissée par la Chine en Corée est une marque d’encre indélébile avec notamment l’adoption des idéogrammes chinois.

Seule langue écrite jusqu’à l’invention de l’alphabet coréen “hangeul” au 15ème siècle, les “hanja” 漢字  sont des caractères chinois – encore utilisés aujourd’hui – agissant en complément des caractères coréens.

L’influence de ces caractères issus de la Chine impériale est telle qu’on retrouve dans certains textes composés « hanmun »  en hanja la formation d’une grammaire chinoise classique.

Ce qui différencie les “hanja” des “kanjis” japonais réside dans le fait que ces caractères sont en tous points identiques à ceux des caractères chinois traditionnels “hanzi” et que seuls quelques exceptions justifient de leur identité coréenne.

C’est dans le vocabulaire que l’influence chinoise étonne car les estimations de l’utilisation de termes “sino-coréens” sont de l’ordre de 60 % à 70 %.

Enfin, ironie du sort de l’histoire, le coréen est aujourd’hui parlé dans les districts frontaliers de la République populaire de Chine (Yanbian).

Découvrez aussi l’histoire des langues chinoises.

L’histoire tumultueuse de la Chine au Vietnam

Une fois que le vietnamien ancien n'était plus d'usage, le chu nôm a été inventé. La légende raconte que l’ancien vietnamien et le cantonais formaient, à la base, une seule et même langue.

Très politisé – au point de me brûler les doigts sur mon clavier politiquement correct – le thème de « l’influence chinoise au Vietnam » est à traiter avec des pincettes (ou des baguettes… si ça peut détendre l’atmosphère).

Il est assez difficile de trouver des informations fiables et authentiques à ce sujet.

Cela provient du fait que les raisons qui pousseraient certains à démontrer que les Vietnamiens sont des Chinois (ou inversement) sont assez politiques.

En termes linguistiques, on sait de source sûre que le chinois et le vietnamien font partie de deux familles de langue différentes. (Au mieux, il seraient donc cousins…)

En effet, le chinois appartient à la famille des langues sino-tibétaines, alors que le vietnamien est une langue membre de la famille des langues môn-khmers. Ainsi, leur structure est donc différente, voire diamétralement opposée.

Alors qu’est-ce qui pousse les linguistes à s’étonner de certaines similitudes ?

La phonétique !

En effet, bien que l’on puisse créer des parallèles grammaticaux entre le vietnamien et le mandarin sur certains points –  notamment dans l’existence de spécificatifs – c’est bel et bien avec le cantonais que la langue vietnamienne possède une proximité phonétique.

Par exemple, le vietnamien est constitué de 6 tons, comme son voisin cantonais. Certes, il ne s’agit pas exactement des mêmes tonalités, mais leur proximité ne fait aucun doute.

Plus proche du chinois ancien, l’influence cantonaise sur le vietnamien correspond à l’histoire commune des deux pays marqué par plusieurs siècles de domination chinoise dans une partie du territoire vietnamien.

Des liens linguistiques se seraient alors formés entre le delta du guangdong (cantonais et minorités non han) et le nord Vietnam descendant des Yue qu’on retrouve dans le vocabulaire administratif et technique dans certaines régions du Vietnam.

Proches à 90% pour certains du chinois, certains mots vietnamiens trouvent leur origine dans le chinois, ainsi que de l’ancienne écriture en sinogrammes, aujourd’hui désuète, le “Chữ nôm”.

Trop compliqué, réservé uniquement à une élite lettrée à la fois forte en chinois et maîtrisant l’ancien vietnamien, le Chữ nôm est parti aux oubliettes une fois que l’écriture “quốc ngữ” type romaine avec des caractères latins, fit son apparition.

S’il y a des professeurs de chinois parmis les lecteurs de cet article, n’hésitez pas à partager votre expérience, car nombreux sont ceux qui constatent une facilité et un niveau certain chez les Vietnamiens pour l’apprentissage du mandarin. On parle, d’un niveau deuxième année, voire licence chez les étudiants vietnamiens en première année d’université.

Singapour : Les quatre langues officielles

C'est au sein même de la Constitution de Singapour qu'on trouve les mesures les plus importantes concernant les langues en usage dans la cité-État. Singapour est une république autonome qui ne possède pas de loi linguistique.

Petit pays en superficie et population, Singapour n’en est pas moins riche en diversités ethniques et linguistiques.

Parmi tous les groupes ethniques qui composent ce pays, la population chinoise est la plus représentée.

Au sein même de ce groupe chinois, on constate la présence :

  • De taïwanais ou “Min nan”,
  • De mandarins,
  • De hakka,
  • De cantonais,
  • De pu-xian,
  • De Min bei,
  • De Baba
  • Et de Hui.

Pour se comprendre entre groupes ethniques, ils utilisent une des quatre langues officielles du pays (oui 4… Vous avez bien lu). Le chinois mandarin est quant à elle la langue véhiculaire pour tous les sinophones.

Bien qu’à l’heure actuelle la tendance des foyers, notamment chinois, est d’employer l’anglais à la maison; on peut affirmer que le chinois mandarin fait entièrement partie de la politique multilinguiste de la cité État de Singapour.

Mais pour celles et ceux qui souhaitent travailler en Chine, quelles langues chinoises privilégier en apprentissage ?

Nos précédents lecteurs ont apprécié cet article

Cet article vous a-t-il apporté les informations que vous cherchiez ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (moyenne de 2,00 sur 5 pour 1 votes)
Loading...
Avner
Rédacteur Web et Consultant en marketing digital et réseaux sociaux. ✈️Digital Nomad passionné par l'histoire et l'expression culturelle à travers le monde.

Commentez cet article

avatar
wpDiscuz