Le magazine qui aime les profs, les élèves, les cours particuliers et le partage de connaissances

La carrière géographique du personnel de l’EN pose-t-elle des difficultés ?

Par Philippe le 28/10/2016 Blog > Cours particuliers > Donner des Cours Particuliers > La Mobilité : Plus Grand Problème du Professeur de la République ?
Table des matières

Au XXIe siècle, on a l’impression que tout s’accélère et que tout bouge en permanence.

Mais est-ce vraiment le cas dans tous les domaines ?

D’après le dictionnaire Larousse, la mobilité désigne la « propriété […] de ce qui est susceptible de mouvement, de ce qui peut se mouvoir ou être mû, changer de place, de fonction ».

Dans la sphère publique, on pensera volontiers aux gendarmes ou aux officiers des armées qui subissent plusieurs mutations au cours de leur vie professionnelle.

En est-il de même pour les professeurs qui instruisent nos enfants ?

C’est que nous allons voir, en passant au crible de notre Analyse cette Mobilité Professorale, parfois vivement critiquée.

Comment fonctionne le système de mobilité des enseignants de l’Éducation Nationale ?

Le ministère de l’Éducation nationale est le premier budget de la nation française. Ses fonctionnaires relèvent directement de l’État, qui les rétribue grâce à l’argent du contribuable.

Les enseignants, qu’ils soient agrégés, professeurs des écoles ou certifiés, sont soumis au droit public, et notamment au Code de l’éducation.

Comme dans toute fonction publique d’État, la sécurité de l’emploi est assurée, ainsi que des possibilités d’évolution et de mobilité. Dans le contexte de l’enseignement public, cette mobilité recouvre plusieurs réalités quelquefois très différentes les unes des autres.

Il y a tout d’abord le cas du changement géographique. Il peut concerner un transfert d’une région à une autre, mais aussi le passage d’un établissement à un autre dans une même académie ou une même commune.

Plus rares, il y a aussi les situations d’enseignement à l’étranger (les lycées français sont encore nombreux à travers le globe) ou, plus largement, de détachement à l’international.

La seconde facette de la mobilité enseignante est de changer de niveau de classe. On se souviendra par exemple des instituteurs qui avaient pu devenir enseignants en collège, ou encore des professeurs des écoles ayant obtenu des spécialisations pour intégrer les RASED.

Il y a également le cas des formations payées qui, paradoxalement, sont le plus souvent accordées à des vétérans proches de la retraite. On a même vu, au pied des Pyrénées, un instit se reconvertir… en berger !

La qualité des ressources pédagogiques disponibles et de l'établissement scolaire d'attache est essentielle pour l'épanouissement de l'enseignant. Paris | La capitale est un cas particulier, car elle demeure attractive, à l’inverse de ses banlieues que les enseignants fuient | source : stocksnap.io

Afin de répondre à toutes les demandes, des commissions rectorales se tiennent pour classer les requêtes et y répondre officiellement.

À titre d’exemple, dans le secondaire, un changement d’académie se fait à l’occasion d’un mouvement interdépartemental fixé chaque année au mois de novembre. Il suffit de faire une « demande d’exeat » auprès de son académie, associée à une « demande d’ineat » dans celle où l’on voudrait exercer. Si l’un des deux dossiers n’est pas accepté, la mutation n’a point lieu.

Les demandes de mutation dans l’enseignement primaire sont centralisées sur le site Internet I-Prof, à l’automne pour la rentrée suivante.

Là-dessus, pour que les décisions de l’administration ne soient pas arbitraires, différents critères sont pris en compte.

Il y a d’abord les priorités dites « légales » : le rapprochement des conjoints, avec prise en compte du nombre d’enfants et des années de célibat géographique ; un éventuel handicap ; le départ d’un quartier à problèmes.

Ensuite, la situation professionnelle est étudiée : ancienneté globale (échelon) et ancienneté dans un même département. On prend également en considération le nombre de demandes antérieures, si le premier vœu reste toujours le même. Tout vient à point à qui sait attendre !

Pourquoi un prof peut se retrouver dans une académie difficile en début de carrière ?

Compte tenu des critères de mobilité recensés ci-dessus, on peut comprendre que les meilleures places sont accaparées par les professeurs ayant la plus grande ancienneté, soit qu’ils les conservent, soit qu’ils les demandent et obtiennent.

Des établissements scolaires réputés d’élite ou calmes seront ainsi recherchés par ces professionnels expérimentés, ainsi que les régions jugées plus agréables à vivre – que ce soit en raison du climat, de la mer ou de préférences strictement personnelles.

À l’opposé, les jeunes débutants n’ont aucun titre d’ancienneté à faire valoir, et rarement encore des conjoints et enfants donnant assez de points pour jouir d’un poste que l’on pourrait dire « tranquille ».

Avec le ministère de l'Enseignement supérieur et le monde de l'université, la politique de mobilité est du tout au tout différente. Mutations | La mobilité ne concerne pas que les mouvements entre un point et un autre de l’Hexagone ! | source : morguefile.com

L’agrégation et le CAPES étant des concours nationaux, les premiers du classement auront une priorité de choix sur les derniers.

C’est ainsi que fonctionne la méritocratie de l’enseignement public. En revanche, le recrutement sur concours des instituteurs (CRPE) via les ESPE se fait académie par académie.

Aussi, il est plus facile – ou, plutôt, moins difficile ! – dans les zones sensibles (Créteil, Versailles et Amiens par exemple).

Les causes de cet état de fait sont au nombre de deux.

  1. Les conditions de vie et d’enseignement font que les meilleurs éléments de ces rudes régions vont passer leur concours ailleurs.
  2. Ces mêmes difficultés font que les lauréats puis titulaires des postes locaux s’empressent au plus vite de trouver une meilleure place (en Gascogne, en Bretagne et dans le Languedoc notamment), loin de ces quartiers posant problème. Ils libèrent donc plus de postes qu’ailleurs, ce qui augmente le nombre de places ouvertes au concours.

Ce système de mobilité semble tout à fait logique : plus on a d’ancienneté, plus on a « donné », et plus l’on engrange de bonifications.

Il présente cependant un vice rédhibitoire : ce sont les néophytes, sans expérience et encore peu armés, qui doivent affronter les situations les plus explosives !

En début de carrière, ce n’est certainement le coup de pouce que l’on attendrait de la part des pouvoirs publics… Un Vrai Cadeau Empoisonné !

Un système de mobilité qui pousse à s’interroger sur sa carrière au sein de l’EN

C’est une histoire connue, qui se répète dans nos entourages respectifs. Une jeune étudiante toulousaine fraîchement mariée décroche le concours. Mais, patatras, elle est nommée à l’autre bout de la France, en région parisienne ou en Picardie ! Son mari travaille dur dans le secteur privé, dans le Sud-Ouest. Aucune mobilité possible pour lui.

Ne se voir que lors des fins de semaine, dépenser son argent et sa fatigue dans les transports… Une joie que peu de stoïciens seraient capables d’apprécier ! C’est une situation dans laquelle le bonheur d’avoir réussi son concours peut rapidement laisser la place à la déprime. On comprend que cette jeune femme s’interroge alors sur la suite à donner à sa carrière au sein de l’Éducation nationale…

Prodiguer des cours particuliers peut sembler beaucoup plus confortable que d'enseigner dans certaines académies à risques. Devenir prof | Une carrière, c’est long ! Et d’une mutation à l’autre, l’attente peut devenir une éternité… | source : pixabay.com

Heureusement, les circonstances ne sont pas toutes aussi extrêmes.

Toutefois, les raisons de remettre en question pour soi le système de mobilité de l’enseignement public sont nombreuses.

Qui n’a pas le rêve de retrouver sa province de naissance, son « pays » ? Ou qui ne souhaiterait pouvoir vivre dans une région dont il est tombé amoureux au détour d’un voyage – tel parc naturel, telle montagne, tel terroir ?

Pour y parvenir, si l’offre de la destination désirée est faible, le professeur devra redoubler de patience. Son désir sera de longue haleine, avec pour éventualité sous-jacente qu’il ne soit jamais exaucé !

Nous pouvons identifier là une des causes de l’explosion du nombre de dépressions et de démissions, devant des conditions de vie déplorables qui semblent devoir être interminables, définitives.

Il faut avoir bien du tempérament pour se dire : Avec un peu de chance, dans trois années, je pourrai quitter cet enfer où l’on crève les pneus de ma voiture chaque semaine, entre autres amabilités…

Non, sans rire, il y a tout de même plus agréable !

Devenir son propre patron en décidant de donner des cours particuliers

La fonction publique enseignante prend la forme d’une vaste hiérarchie.

Nul électron libre en son sein : tout titulaire l’est d’un poste en particulier, et il ne peut en changer que si sa requête est acceptée par ses supérieurs.

En bref, l’enseignant reste tributaire des décisions de son administration. Il n’est pas libre de choisir avec précision le lieu d’exercice de sa profession, ni même quand en changer.

Face à cette inéluctable dépendance, une idée a jailli chez plusieurs enseignants : forts de leurs savoirs et de leur expérience, ils sont les mieux placés pour changer de vie et se spécialiser dans les cours à domicile ! Ils deviennent alors des travailleurs indépendants (auto-entrepreneurs par exemple) et assument tutorat, préceptorat, aide aux devoirs et autres cours particuliers…

Le précepteur dispense alors ses cours heure par heure. Il peut vivre où bon lui semble, la seule condition étant désormais d’ordre économique et corrélée à la présence d’étudiants clients potentiels. De fait, il devient son propre patron côté professionnel, mais aussi le seul maître de sa vie ! La « loterie » des affectations et mouvements disparaît aussitôt !

La principale contrepartie de cette émancipation est la perte de la sécurité de l’emploi. Il est possible d’y remédier en se mettant en disponibilité, ce qui garantit le droit de réintégrer la fonction publique à un moment donné. Dans ce cas, si jamais, on aura cependant perdu une partie de son avancement, en raison des échelons que l’on n’aura point pu gravir.

L'aide aux devoirs peut se faire comme le désire le professeur, sans aucune tutelle de la part de l'inspecteur d'académie. Cours particulier | Une issue tentante pour enseigner dans de meilleures conditions… | source : unsplash.com

*

Pour l’année scolaire 2014-2015, 3800 professeurs des écoles ont changé de département, tandis que 5700 enseignants du secondaire sont passés d’une académie à une autre (source : Repères et références statistiques 2015). Finalement, ça ne fait pas beaucoup, les places sont prisées…

La tentation de l’autonomie en donnant des cours particuliers grandit d’autant plus. Mais elle n’est pas sans inconvénients.

Tout compte fait, la voie moyenne serait peut-être la meilleure : demeurer fonctionnaire pour en retirer les avantages afférents, et donner en parallèle des cours à domicile pour agrémenter son salaire et doper sa motivation !

 

 

Nos précédents lecteurs ont apprécié cet article

Cet article vous a-t-il apporté les informations que vous cherchiez ?

Aucune information ? Sérieusement ?Ok, nous tacherons de faire mieux pour le prochainLa moyenne, ouf ! Pas mieux ?Merci. Posez vos questions dans les commentaires.Un plaisir de vous aider ! :) (Soyez le premier à voter)
Loading...
Philippe
Amateur de matières littéraires et de langues, autodidacte touche-à-tout, transmettre des savoirs par les mots à l'heure du numérique me tient à cœur.

Commentez cet article

avatar
wpDiscuz